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André Bercoff : haut-parleur

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Publié le

14 novembre 2018

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

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Journaliste, écrivain, voyageur, au carrefour de plusieurs identités, André Bercoff cultive sa liberté de ton et de pensée comme d’autres cultivent leur jardin.

 

Ce 18 janvier 2016, un ascenseur s’arrête au 26e étage de la « Trump tower ». André Bercoff a rendez-vous avec le Donald. Le futur président américain est simple candidat à la primaire républicaine, tout le monde le prend pour un clown, et personne ne mise un cent sur sa victoire, serait-ce aux primaires. Quelques mois plus tard, André Bercoff devient le seul journaliste français à avoir rencontré le nouveau président des États-Unis, relançant à 76 ans d’une manière totalement inattendue sa carrière de journaliste politique.

Une carrière qui a commencé il y a bien longtemps dans les pages cultures de L’Orient-Le Jour, principal quotidien francophone libanais. André Bercoff est né à Beyrouth en 1940, d’un père haut-fonctionnaire au Commissariat Français au Liban (le pays est alors sous mandat français) et d’une mère d’origine espagnole. Il quitte le Liban en 1966 et durant deux ans le jeune Bercoff se plonge dans un Paris mythique, celui de ses lectures d’adolescence où tel un personnage des Déracinés de Barrès, il s’imprègne des humeurs de la plus belle ville du monde. Il pose sur les événements de Mai 68 un regard amusé : « C’était une vraie fiesta, même si les slogans comme « interdit d’interdire » étaient de pures conneries! »

 

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Avec du recul, il porte un regard plus nuancé sur cette période des années 60 et 70 : « Il y avait sous de Gaulle une certaine hypocrisie patriarcale ; est venue une certaine liberté, mais je me suis rendu compte ensuite que les droits sans les devoirs, ça n’avait aucun intérêt ». Cette prise de contact avec le réel est en partie due aux nombreux reportages qu’il effectue pour le compte de L’Express puis de Jeune Afrique à Cuba, Katmandou, en Afrique du Sud, et toujours au Liban.

« Il y avait sous de Gaulle une certaine hypocrisie patriarcale ; est venue une certaine liberté, mais je me suis rendu compte ensuite que les droits sans les devoirs, ça n?avait aucun intérêt ». André Bercoff

Sa passion des voyages ne le quittera jamais, mais devra peu à peu faire de la place à un autre passe-temps tout aussi chronophage : l’écriture. Bercoff a signé sous son nom ou sous pseudonyme quelque quarante-cinq ouvrages. Des romans, des essais politiques, et notamment un ouvrage qui anticipera dès 1982 le tournant libéral du premier septennat de Mitterrand : De la Reconquête, écrit en collaboration avec un jeune énarque aux dents longues, un certain François Hollande. Se revendiquant « ni de droite ni de gauche », André Bercoff a ce panache et cette liberté de ton des hommes libres de toute attache partisane. Cette liberté, il la met au service du public lorsque dans les années 90, où il anime une émission télévisée sur France 3 sobrement intitulée : « Français, si vous parliez ».

L’homme est bon vivant : aussi généreux avec ses amis qu’avec lui-même, André Bercoff n’est jamais le dernier à déguster un bon livre ou un bon repas. La légende raconte qu’il va régulièrement en Bourgogne boire, manger, puis pousser la chansonnette dans une certaine auberge dont le personnel est devenu sa seconde famille. Parce que Bercoff, c’est surtout une voix. Une voix légèrement rocailleuse, grave, reconnaissable entre mille, au service d’une gueule perpétuellement en quête d’un motif de gueuler.

 

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Dans les années 2000, il recommence à voyager beaucoup : il « se lave le cerveau et les yeux » et entame une collaboration avec l’hebdomadaire Valeurs Actuelles. En roue libre permanente, il a une vision toute levantine de la politique française : « L’opération esthétique qui manque au personnel politique, c’est la grefe de c…! » Devenu animateur d’une émission sur Sud Radio, il crée en 2018 avec l’avocat Gilles-William Goldnadel une webTV, La France Libre : « Les intellectuels ont le devoir de parler et de dire vraiment ce qu’ils pensent ». Car au fond, la cause d’André Bercoff, c’est la défense du bon sens, loin des clivages manichéens et du prêt-à-penser. Libre.

 

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