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à bout de souffle

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Publié le

27 décembre 2018

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Crédit Antoine Andrieux pour l'incorrect

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Les Gilets jaunes sont à l’image de l’époque, ce chaos postmoderne. Dans l’univers compassé des hipsters, des commerciaux en costumes serrés et des discours creux des Bisounours globalisés qui ont une calculette à la place du cerveau, leur apparition est salvatrice.

 

Qui sont-ils d’ailleurs ces Gilets jaunes? Au départ, des usagers de la route en colère, agacés par cette technocratie Big Mother étouffante, cette mère trop aimante qui sait « ce qui est bon pour vous ». L’histoire retiendra d’ailleurs que ce n’est pas l’augmentation de la taxe sur l’essence qui aura déclenché le processus insurrectionnel des Gilets jaunes, depuis devenu un phénomène international, mais bien la baisse de la vitesse maximale autorisée sur les routes secondaires à 80 km/h. Erreur majeure des technos qui nous gouvernent, cette réforme fut l’ultime clou planté dans le cercueil d’un pouvoir trop longtemps sourd aux cris d’un peuple aussi oppressé qu’abandonné par l’État.

 

 

Ce peuple, c’est le peuple de France dans son ensemble, son cœur et sa colonne vertébrale : les classes moyennes et les classes populaires. Mieux, les enracinés de province, les Gaulois réfractaires. Gaulois réfractaires, les Gilets jaunes le sont. En coulisses dans les locaux de BFM TV, il fallait voir ce choc des mondes et des cultures, des manières d’être au monde aussi. Inspirant une peur presque physique aux politiciens présents dans les loges, les représentants médiatiques des Gilets jaunes semblaient n’avoir peur de rien, poussant la logique insurrectionnelle jusqu’à l’insolence.

Ainsi de Christophe « Le Forgeron » Chalençon, Gilet jaune fort en gueule du Vaucluse, à l’accent rocailleux: « Mais Macron, c’est un type qui n’a pas d’enfants, qui ne sait pas ce que c’est, qui est marié avec sa mère Brigitte! » Pas de « monsieur le Président », mais simplement « Macron », comme si on évoquait un voisin pénible de son quartier ou de son village. Près de là, les élus et représentants de La République En Marche ne pipaient mot, sidérés par la truculence et la grivoiserie toute hexagonale du bonhomme. Un gouffre abyssal La France virile rendait ici visite à la France des petits marquis poudrés.

 

Lire aussi : Charles Millon : « Ils ne supportent plus cette élite qui les traite de bouseux et de ploucs »

 

Évidemment, les meneurs sont plus exotiques que les Gilets jaunes militant sur les ronds-points. C’est logique, dans une foule disparate sans structure verticale, les plus expansifs se distinguent et prennent le micro. Mais il y avait dans cette scène quelque chose de plus fondamental, de plus apocalyptique : une révélation. Les Gilets jaunes étaient alors, dans les locaux de cette chaîne d’information continue, une incongruité. Pourtant, ils sont une grande partie de la France, cette France livrée au déclin et au désordre public depuis trop longtemps. Entre Ruth Elkrief et eux, plus qu’un simple divorce : un gouffre abyssal.

Enfin, ceux qui sont racontés par les autres, les sachants et les clercs, se racontaient eux-mêmes! Alors qu’un député de La République En Marche justifiait la pression fiscale par les quatre milliards d’euros dépensés chaque année pour la culture, moimême grisé par l’ambiance surréaliste de ces coulisses de la petite révolution en marche, j’osai lancer un: « on a vu ce qu’ils font de ces milliards lors de la fête de la musique à l’Élysée ». En multipliant les petits gestes symboliques désastreux, Emmanuel Macron a alimenté la colère sociale, longtemps recuite en silence.

 

Inspirant une peur presque physique aux politiciens présents dans les loges, les représentants médiatiques des Gilets jaunes semblaient n’avoir peur de rien, poussant la logique insurrectionnelle jusqu’à l’insolence.

 

Il s’est désacralisé et dégradé, permettant la convergence des luttes… contre sa personne et le système qu’elle représente. D’un sentiment diffus désespéré, nous sommes passés à une lutte coordonnée. Puisque l’État ne fait plus régner l’ordre et accorde des primes à la violence ou au chantage à toutes les minorités, la masse a décidé d’agir de même en se montrant jusqu’au-boutiste. La rigidité du pouvoir a donc provoqué un déclic, libéré les énergies, débridé des corps meurtris qui se sont mis à n’en former plus qu’un, tout entier tendu vers un unique objectif: destituer un pouvoir jugé illégitime, voire traître à la patrie.

L’esprit de Verdun, la mystique révolutionnaire dont on a abreuvé les Français, l’impensé de la devise tricolore, se sont abattus de plein fouet sur ceux qui s’en prétendent les défenseurs et les héritiers, soit les élus de la démocratie représentative. Le peuple a considéré que le vote n’était plus le signe du consentement, tant à l’impôt qu’aux institutions, car le vote a été volé et bafoué à de trop nombreuses reprises. Le cas du référendum de 2005 a grandement joué sur la psychologie des Français. Après l’adoption du Traité de Lisbonne, ces derniers ont bien senti que la Ve République était à bout de souffle.

 

Lire aussi : Des revendications conservatrices

 

Besoin de fraternité La France est atomisée, malade dans sa chair, prête à se déchirer. Les Gilets jaunes ne seront d’ailleurs qu’une étape. Comment envisager un retour à la normale de ce peuple en demande de politique ? Pragmatiques, les Français ne sont pourtant pas des intelligences artificielles. Ils attendent que leur destin personnel se fonde dans une aventure collective, une aventure qui les transcende.

Peu importe que leurs colères peignent un tableau brouillon, ils se sont émancipés de la tutelle de la technostructure et entendent bien jouer un rôle dans l’histoire qui s’écrit. Ils ne veulent pas qu’on leur vole leur destin! Surtout par une start-up, dont les ascensions peuvent être aussi brutales que les chutes. À la gestion jupitérienne, ils privilégient la gestion en bon père de famille. Aux luttes LGBT, ils préfèrent les luttes pour les mères célibataires qui peinent à joindre les deux bouts.

 

 

À la France terre d’asile de fous, ils opposent la France du mieux-vivre. Pour l’heure, ils n’ont pas encore d’incarnation politique, leur pulsion de vie étant par trop désordonnée. Toutefois, ce cri lancé à la face des puissants ne sera pas sans lendemain. Plus tard dans la journée, une discussion entre deux médecins âgés du Ve arrondissement illustrait d’ailleurs le profond décalage entre la France prospère et la France misère.

Ne voyant qu’une jacquerie dans ce qui est une démonstration d’amour patriotique et un besoin de fraternité, ces deux préretraités témoignaient d’un monde finissant: celui de la terreur des bien-pensants. Merci aux Gilets jaunes: ils ont tué le politiquement correct.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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