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Wilson Chowdhry « Il y a des poches d’extrémisme au Royaume-Uni »

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Publié le

28 janvier 2019

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Wilson Chowdhry

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Wilson Chowdhry dirige l’Association Britannique des chrétiens pakistanais. Le 24 novembre dernier, alors qu’Asia Bibi, libérée, continuait de craindre pour sa vie au Pakistan, il annonçait que l’Australie lui accordait l’asile politique. Il évoque aujourd’hui le calvaire des chrétiens au Pakistan… et au Royaume-Uni où la montée de l’islamisme menace les réfugiés chrétiens.

Propos recueillis par Sylvie Perez

 

Pourquoi vous être rendu en Australie alors que plusieurs pays occidentaux proposaient d’accueillir Asia Bibi ?

 

Il me semblait essentiel que toutes les démocraties occidentales offrent l’asile à Asia Bibi. Il fallait que le débat ait lieu dans la société australienne. Nous voulions que le sujet soit médiatisé de façon à ce qu’à l’avenir, l’Australie puisse devenir un refuge pour les chrétiens du Pakistan. Nous avons manifesté à Sidney. Le lendemain, l’Australie proposait d’accueillir Asia Bibi. Il est temps de prendre conscience de la condition terrible des minorités religieuses au Pakistan, qu’il s’agisse de la communauté Ahmadi ou de la communauté chrétienne. Le cas d’Asia Bibi a permis de montrer au monde entier le niveau d’intolérance qui règne dans ce pays.

 

Lire aussi : « Dans l’islam, la raison humaine est incapable de saisir le bien » Rémi Brague Partie II

 

Quelles ont été les raisons invoquées par le Royaume Uni pour refuser l’asile ?

 

Le gouvernement craignait des attaques jihadistes contre les ambassades britanniques ainsi que des troubles parmi les communautés islamistes d’Angleterre.

 

 

Asia Bibi serait-elle en sécurité en Grande Bretagne ?

 

Bradford et Derby sont devenues des zones de non-droit. Les islamistes agressent apostats et chrétiens. Nissan Hussain, cet homme né en Angleterre d’origine pakistanaise, marié et père de 6 enfants, a été persécuté pendant dix-sept ans à Bradford, parce qu’il s’était converti au christianisme. Sa femme et ses filles menacées, traitées de prostituées sur le chemin de l’école, sa voiture vandalisée à répétition, sa maison Wilson Chowdhry dirige l’Association Britannique des chrétiens pakistanais.

 

Le 24 novembre dernier, alors qu’Asia Bibi, libérée, continuait de craindre pour sa vie au Pakistan, il annonçait que l’Australie lui accordait l’asile politique. Il évoque aujourd’hui le calvaire des chrétiens au Pakistan… et au Royaume-Uni où la montée de l’islamisme menace les réfugiés chrétiens. Wilson Chowdhry attaquée. Pour finir, en novembre 2016, deux hommes le rouent de coups dans la rue, lui cassent la main et le genou. Des voisins polonais le conduisent à l’hôpital. L’ensemble a été filmé par les caméras de surveillance mais le crime est resté impuni. Nissan et sa famille ont dû quitter le quartier.

 

 

Dans un documentaire, Nissan a osé témoigner des mauvais traitements infligés aux apostats. Ça ne lui a pas été pardonné. La famille a été à nouveau harcelée par des voyous musulmans qui multipliaient intimidations et insultes (« infidèles », « chiens juifs ») jusqu’à ce qu’ils mettent le feu à sa maison. La police a alors demandé à la famille Hussain de quitter Bradford, arguant qu’ils n’étaient pas en mesure d’assurer leur protection. Les Hussain ont fui.

 

Nissan voulait récupérer des affaires chez lui. Je l’ai accompagné. La police nous a demandé de ne pas entrer dans Bradford sans escorte. Ils ont mis en place un convoi de quatre véhicules avec dans chacun d’eux quatre officiers de police armés. Seize hommes en armes mobilisés pour aller récupérer quelques affaires ! Voilà Bradford.

 

Les enseignants non-musulmans étaient harcelés jusqu’à leur démission, on mettait les élèves chrétiens en fond de classe. (Wilson Chowdhry)

 

Nissan Hussain vous parlera de la passivité des forces de police pendant toutes ces années, de la lâcheté du député de Bradford, de la collusion du parti Labour avec les islamistes. Lui qui croyait dans les valeurs de la démocratie anglaise a eu le sentiment de n’avoir aucun recours face à une justice à deux vitesses.

 

Si on ne peut pas assurer la sécurité d’une famille chrétienne en Grande-Bretagne, quelque chose ne va pas…

 

À Derby, en octobre 2017, trois musulmans ont agressé Tajamal Amar, un livreur chrétien d’origine pakistanaise, parce qu’il arborait des poppies sur sa voiture [les coquelicots en papier arborés de fin octobre au 11 novembre en l’honneur des soldats anglais de la Première guerre mondiale N.D.L.R] et avait une croix pour accrochée à son rétroviseur. Il a été retrouvé inconscient sur un parking de Derby. Cet homme avait fui le Pakistan où on lui avait tiré dessus pour le forcer à se convertir à l’islam. Il s’est trouvé confronté au même fanatisme dans les Midlands anglais.

 

Lire aussi : Quitter l’islam

 

Vous avez entendu parler des réseaux de viols organisés par des musulmans d’origine pakistanaise à Telford, Rochdale, Roterham etc ? On sait que la police a détourné le regard pendant des décennies. Et lorsque, récemment un imam de Bradford qualifie de « saint musulman » le meurtrier de Salman Taseer (le gouverneur du Penjab assassiné par son garde du corps pour avoir soutenu Asia Bibi), sa page Facebok reçoit 163 000 likes de musulmans anglais.

 

 

En 2012, Malala Yousafzai, cette écolière pakistanaise victime des talibans a été accueillie à Birmingham.

 

Oui. Sans délai.

 

Alors pourquoi pas Asia Bibi ? La situation s’est-elle tellement dégradée en six ans ?

 

Il y a des poches d’extrémisme au Royaume-Uni. En 2014, à Birmingham, a éclaté le scandale du noyautage des écoles par les islamistes. L’affaire dite « du cheval de Troie » a révélé la prise de pouvoir par les islamistes dans une dizaine d’écoles publiques.

 

Les enseignants non-musulmans étaient harcelés jusqu’à leur démission, on mettait les élèves chrétiens en fond de classe, on s’est mis à enseigner le Coran, on a ouvert des salles de prière, lancé l’appel à la prière par haut-parleur, supprimé les cours de musique, dissuadé filles et garçons de jouer ensemble.

 

Lire aussi : Asia Bibi : chronologie d’une captivité en terre d’islam

 

Combien y a-t-il de tribunaux islamiques au Royaume-Uni ?

Il y a 250 sharia councils. Un sondage publié par Policy Exchange en décembre 2016, réalisé sur une population de 3 000 musulmans, établit que 40 % des Musulmans sont favorables à l’application de la charia (24 % plutôt favorables, 16 % extrêmement favorables).

 

Asia Bibi est-elle libre de quitter le Pakistan ?

 

Après son acquittement, le parti islamiste Tehreek-i-Labbaik a menacé de bloquer le pays à nouveau si Asia Bibi était autorisée à quitter le Pakistan. L’arrestation des leaders islamistes et la fermeté du gouvernement sont un signe positif.

 

Mais il arrive qu’ils fassent un pas en avant, deux pas en arrière. Difficile de savoir s’il s’agit d’un authentique changement d’attitude du régime ou simplement d’une réponse conjoncturelle à une crise internationale. Il va falloir aller au-delà des arrestations si l’on veut protéger la minorité chrétienne.

 

 

700 chrétiennes sont enlevées chaque année et mariées de force à des musulmans (je tiens ce chiffre d’une ONG musulmane). Un million de chrétiens sont soumis à l’esclavage dans des briqueteries où ils travaillent 14 heures par jour 6 à 7 jours sur 7, en dépit de la loi de 1992 qui l’interdit (Bonded Labour System Abolition Act). La police laisse faire, comme l’a prouvé le destin de Tim Iqbal Masih, ce garçon chrétien de 12 ans abattu en 1995 après s’être échappé par deux fois d’une briqueterie.

 

Avez-vous de la famille au Pakistan ?

 

J’ai de nombreux parents au Pakistan mais je ne peux plus y séjourner. J’ai été banni en 2010 après avoir créé l’Association britannique des chrétiens pakistanais.

 

Comment va Asia Bibi ?

 

Une déléguée de notre association est allée visiter la prison de Multan. On lui a interdit de rencontrer Asia Bibi qui y était alors détenue, mais en interrogeant le personnel chrétien, femmes de ménage et gardiens, elle s’est fait dire qu’Asia Bibi présentait d’inquiétants symptômes de traumatisme psychologique.

 

Incapable d’assurer la protection d’une famille chrétienne sur son sol, la Grande-Bretagne préfère traquer les islamophobes. Cette concomitance laisse songeur… (Wilson Chowdhry)

 

Ce n’est pas surprenant, vu les conditions de son incarcération pendant plus de neuf ans. D’abord battue par ses co-détenues, elle a été mise à l’isolement dans une cellule sans fenêtre, infestée de rats et de cafards. Les prisons de ce pays sont médiévales.

 

Menacée, Asia Bibi devait prendre ses repas dans sa cellule. De plus, Multan est à 400 km de son village ce qui rendait les visites de sa famille difficiles. Rendez-vous compte que son jugement d’appel a été ajourné 5 fois parce que les juges craignaient pour leur vie ! Asia Bibi a maintenant 52 ans. Elle n’aura pas vu grandir ses filles.

 

Lire aussi : « La chaîne la plus lourde que l’humanité ait jamais portée »

 

Au moment où le Royaume-Uni refusait d’accueillir Asia Bibi, la Commission Parlementaire sur les Musulmans Britanniques publiait, le 27 novembre, un rapport demandant l’adoption d’une définition juridique de l’islamophobie, texte loué sur-le-champ par le Conseil Musulman britannique (MCB). Incapable d’assurer la protection d’une famille chrétienne sur son sol, la Grande-Bretagne préfère traquer les islamophobes. Cette concomitance laisse songeur…

 

Les extrémistes ont l’oreille des dirigeants. C’est regrettable et cela ne peut que tendre les relations entre communautés. On n’aide pas les musulmans modérés qui en ont tant besoin pour se désolidariser des plus radicaux en leur sein.

 

 

Si l’on veut une société plus sûre, si l’on veut préserver les valeurs occidentales de justice et de liberté, il faut que les musulmans puissent nous aider à lutter contre les islamistes. Nous devons mettre en place des outils pour combattre l’extrémisme.

 

La salle de sport d’Ilford, à l’est de Londres, où s’entraînaient les trois terroristes impliqués dans les attaques du 3 juin 2017 sur le pont de Londres et à Borough Market, ainsi que l’un des responsables des attentats de juillet 2005, avait été signalée par des citoyens musulmans comme un lieu de radicalisation. En vain. C’est la preuve que le programme anti-terroriste Prevent est un échec.

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