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Ce que l’œuvre de d’Annick de Souzenelle dit de notre époque

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Publié le

26 février 2019

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Annick de Souzenelle - Bible

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La trop méconnue Annick de Souzenelle a travaillé sa vie durant à rétablir l’intelligence symbolique des textes bibliques. Portrait d’une âme.

 

Ce qui distingue l’attitude politiquement et culturellement incorrecte de l’attitude correcte, c’est la Tradition. La Tradition ? Le rapport métaphysique à la vie. Est incorrect par temps de progressisme totalitaire, de vivre une recherche liée à la Tradition, c’est-à-dire un chemin d’évolution en relation avec l’Être. Est correct ce qui se réclame du « décalé » mais qui n’est en rien subversif, du subversif mais qui appartient à la pensée unique, bref, est correcte l’intégralité du modernisme, ne tolérant pas que l’on pense autrement que sur le mode de l’Avoir. On repassera donc en matière de conquêtes humanistes et en matière d’avancées sur le chemin de la tolérance.

 

En matière de Tradition en revanche, quelle recherche aujourd’hui porte les valeurs des véritables progrès et innovations, notions absolument arraisonnées par le matérialisme politique ? Car le progrès dont notre époque se réclame comme si elle était l’apogée de la réalisation humaine, cette modernité que tout le monde a à la bouche pour qualifier ce qu’on est incapable de définir, et comme pour dire « c’est nouveau », ce progrès-là, cette modernité-là, en termes anthropologiques n’ont accouché de rien. Nous sommes dans une ère obscurantiste s’ingéniant à faire passer pour conquêtes des droits nouveaux, des techniques nouvelles mais de véritable progrès concernant notre condition humaine, quid ?

 

Lire aussi : PIERRE JOURDE : CONFESSIONS D’UNE TÊTE BRÛLÉE

 

RETOUR AUX SOURCES

 

L’œuvre pionnière des quarante dernières années dans le domaine de la Tradition, nous la devons à Annick de Souzenelle qui, par ses travaux, a porté un éclairage libérateur sur la raison et le but de notre présence sur terre. Née catholique, mais déçue par l’absence de réponses aux multiples questions qui éveillaient sa curiosité d’enfant, elle a affronté le nihilisme occidentalisé avant de faire la rencontre décisive en la personne d’un évêque orthodoxe qui la mit sur sa voie. Elle fut anesthésiste, devint psychanalyste. Les humanités d’alors préparaient les meilleurs élèves au latin et au grec. Maîtrisant ces langues qui sont notre héritage, à nous euro-méditerranéens, son chemin la mène à l’hébreu.

Les incidences de ses traductions à la source relèvent d’un souffle vivificateur, car à l’aune de la langue hébraïque bien comprise le message biblique prend, dans la voix d’Annick de Souzenelle, ce caractère d’intelligence et d’amour qui lui est propre.

Dans un objectif précis : retourner aux Écrits, à l’Ancien Testament pour savoir ce qui y est réellement signifié. Elle y découvre alors une accumulation de traductions erronées ou approximatives, celles sur lesquelles se sont appuyées plusieurs générations avec pour incidence de mésinterpréter le message biblique. Son travail, dès lors, sera d’interroger le texte d’origine en établissant une traduction dans l’esprit du texte premier, forte de ses connaissances en psychanalyse et en théologie. Comme, par exemple, le fait qu’Ève n’est pas née de la côte d’Adam, mais est l’autre côté d’Adam. Adam n’étant pas le premier homme mais le nom générique de l’humanité. Autrement dit, chaque être humain est un Adam, femmes et hommes sans distinction. Les incidences de ses traductions à la source relèvent d’un souffle vivificateur, car à l’aune de la langue hébraïque bien comprise le message biblique prend, dans la voix d’Annick de Souzenelle, ce caractère d’intelligence et d’amour qui lui est propre.

 

 

JE SUIS ADAM

 

Lorsqu’elle revient au texte, d’Ève, Souzenelle comprend que cet autre côté symbolise l’inconscient. De même lorsqu’elle relit, en hébreu, le passage de la Genèse où Dieu demande à l’homme de régner sur les animaux, elle comprend qu’ils sont les énergies archétypales que tout être humain doit dominer, c’est-à-dire intégrer pour atteindre à la conscience d’homme. Idem pour l’Arbre malheureusement traduit comme celui de la connaissance du Bien et du Mal : l’Arbre en question, c’est l’Adam, donc tout humain, le Bien est l’accompli, le Mal l’inaccompli.

 

Autrement dit, lorsque le serpent tente la femme pour que l’homme mange du fruit prétendument défendu, il s’agit de l’inconscient agissant la conscience, l’homme se croyant alors devenu l’égal de Dieu, ce fameux fruit qu’il doit lui-même devenir. Le fruit, c’est l’homme accompli. Comment alors manger de ce fruit si celui qui le mange n’est pas accompli ? C’est entrer dans l’illusion de l’accomplissement. Se faire croire à soi-même ce que nous ne sommes pas. N’est-ce pas le portrait de l’humanité actuelle ?

Comment alors manger de ce fruit si celui qui le mange n’est pas accompli ? C’est entrer dans l’illusion de l’accomplissement. Se faire croire à soi-même ce que nous ne sommes pas. N’est-ce pas le portrait de l’humanité actuelle ?

Souzenelle nous fait ainsi entendre la portée mythologique de ces textes historiques. Le mythe d’Adam et Ève se joue toujours, à chaque seconde, dans nos vies contemporaines, à condition que nous nous soyons élevés au niveau de la conscience que permet son enseignement. Le message du Livre est ainsi d’une brûlante actualité, l’hébreu biblique contenant le savoir originel, et tout le travail de Souzenelle sera dans le même mouvement de rétablir l’intelligence intérieure et symbolique de ces textes et de faire entendre que tous les instants de nos vies sont lourds d’un sens dont chacun, pour sa propre vie, doit accoucher.

 

Dans la poussée de conscience que furent les découvertes de Jung, émancipant l’être humain d’un état d’existence de basse fréquence, Souzenelle revient au cœur de la Tradition en faisant monter une marche de plus à la conscience humaine. De quel autre véritable progrès humain parlons-nous quand nous parlons de progrès ? Car bien évidemment, sa lecture est capable d’embrasser le mouvement historique de la grande aventure humaine et d’en indiquer les écueils et les évolutions possibles.

 

©Jeanne de Guillebon pour L’Incorrect

 

DOMINES PAR NOTRE INCONSCIENT 

 

Nous avons oublié, et seule la Tradition peut nous relier à ce rapport à la vie, que l’Univers nous parle en permanence. À nous, individus, mais aussi à nous, « genre humain ». La capacité d’Annick de Souzenelle à lire les événements extérieurs en résonance avec l’accomplissement, ou plutôt l’inaccomplissement intérieur de l’être humain actuel, est la voie fondamentale de notre sortie de crise. Cet inaccomplissement est dû à une grave surdité concernant le spirituel, au fait que tout ce qui touche à l’invisible a été congédié par la société moderne.

 

Cependant, l’inaccomplissement étant synonyme d’inconscience, l’inconscient, lui, continue bien évidemment de s’exprimer, faisant partie de l’homme, avec les désastres, les catastrophes, les tragédies que peut générer sa non-intégration par la conscience contemporaine. Il faut lire ce que Souzenelle a pu écrire sur la Guerre des Six Jours par exemple.

 

Lire aussi : TROIS CRITIQUES DU MOIS

 

Nul doute, en tout cas, que sa vision nous enseignerait sur l’état d’infantilisme conduisant actuellement le monde, au sein duquel les décisions politiques et sociales ne sont que des projections sur l’extérieur, plutôt que des intégrations à la conscience par les décideurs. Sa vision nous injecterait aussi la bienveillance qu’elle a conquise en elle-même et devant se transmettre. Entendant sa voix, nous comprenons qu’aussi conscients que nous croyons être, la mise en coupe réglée de l’ensemble du genre humain, réalisée par la civilisation moderne, prouve nous sommes très largement dominés par notre inconscient.

 

Notre humanité passe à côté de son essence propre, ne voulant pas s’avouer ses propres défauts. Ni donc ses propres potentiels. C’est à une gestation fabuleuse que nous invite la parole d’Annick de Souzenelle, capable de nous faire sortir de notre état d’enfants capricieux, de nous élever vers notre accomplissement à l’échelle du genre, et d’accoucher de nous-mêmes en recouvrant la sérénité véritable.

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