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Ancien député LR, Thierry Mariani a rejoint la liste du RN pour les Européennes où il figure en troisième position. Il estime possible un grand rassemblement de tous ceux qui, par-delà leurs différences, remettent en cause l’idéologie immigrationniste de Bruxelles et veulent protéger l’identité des peuples européens.
Vous qui venez des Républicains, comment jugez-vous la campagne de la jeune tête de liste RN pour les européennes?
Jordan Bardella fait une très bonne campagne. Que ce soit dans les discours ou dans les débats, il fait preuve d’une grande maturité politique. Élu depuis plusieurs années comme conseiller régional en Seine-Saint-Denis, il a parfaitement compris les dangers qui menacent la France, bien plus que Nathalie Loiseau qui n’a connu que les cabinets ministériels, l’ENA et la haute fonction publique.
Et comment jugez-vous la campagne de François-Xavier Bellamy? Auriez-vous quitté un parti en pleine droitisation?
François-Xavier Bellamy est intéressant mais c’est un peu comme au supermarché, vous mettez une tête de gondole pour attirer les clients. Ensuite, quand on regarde la suite du rayon et le détail des votes que les Républicains ont assumés pendant cinq ans au Parlement européen, cela ne laisse rien présager de mieux pour les cinq prochaines années.
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De toutes les manières, ils se retrouveront tous dans la même majorité au Parlement européen. Regardez le dernier entretien de Manfred Weber, candidat du PPE à la présidence de la Commission européenne : il annonce qu’il veut gouverner au centre avec une majorité rassemblant sociaux-démocrates, écologistes et libéraux. Regardez aussi ce qui s’est passé lors du vote des sanctions contre la Hongrie.
Justement, Nicolas Sarkozy est parti à Budapest soutenir son ami Viktor Orban, vous soutenez sa démarche?
Je n’ai plus de relation avec Nicolas Sarkozy. J’ai toujours été un fidèle mais jamais un intime de Nicolas Sarkozy. Je l’ai revu une dernière fois en 2013. Désormais chacun suit sa route. Je ne dirai jamais de mal de lui. Je lui suis reconnaissant de m’avoir nommé ministre mais j’avoue que j’ai du mal à comprendre ses rapprochements avec Macron.
Vous ne soutenez pas son appel à soutenir Viktor Orban et sa politique migratoire?
Je crois que Nicolas Sarkozy est désormais tourné vers le monde des affaires. Il va en Hongrie mais aussi au Qatar, son « éventail » géographique est très large. Les discours de Nicolas Sarkozy sont intéressants mais c’est dommage qu’ils n’aient pas toujours été appliqués, notamment sur la sécurité et l’immigration. Sinon il aurait sans doute gagné en 2012. Quant à l’attitude des Républicains visà-vis de la Hongrie, je constate qu’ils ont voté massivement en faveur des sanctions contre Orban à Bruxelles en septembre dernier.
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Quelle incohérence entre le discours à Paris et les votes à Bruxelles ! Si vous regardez les vingt eurodéputés élus sur la liste UMP de l’époque, il y en a trois seulement qui ont voté contre ces sanctions : Nadine Morano, Angélique Delahaye et Franck Proust. Les 17 autres ont voté en faveur de ces sanctions, se sont abstenus ou absentés. Ce vote illustre parfaitement le double langage des Républicains : eurosceptiques à Paris mais eurobéats à Bruxelles.
Vous serez très certainement élu dans quelques jours au Parlement de Strasbourg et Bruxelles: avec qui comptez-vous vous allier? Le groupe conservateur ECR qui s’articule autour du PiS polonais et des Tories britanniques cherche également des alliés. Ils ont rencontré les Italiens de la Lega, les Espagnols de Vox, mais ne semblent pas attirés par le RN de Marine Le Pen…
Aux côtés du RN, il y aura plusieurs partis pivots notamment la Lega et le PiS polonais. Jusqu’à aujourd’hui, Matteo Salvini est clair, il fera une alliance avec nous, aux côtés de l’AfD allemand, du FPÖ autrichien et d’un certain nombre d’autres mouvements. Nous serons ensemble à Milan pour un meeting symbolique le 18 mai et cette alliance est ouverte à tous ceux qui veulent une Europe recentrée sur les Nations.
Bien sûr, l’économie est une question importante mais la priorité aujourd’hui, c’est la crise migratoire et identitaire.
Quant aux Polonais, ils veulent jouer leur carte et avoir un rôle de leadership dans l’Est de l’Europe. Cela peut effectivement se terminer avec deux groupes au Parlement européen. Mais cela peut aussi aboutir à un seul groupe si les résultats sont bons et créent une dynamique de la victoire. C’est, bien sûr, cette seconde hypothèse de grand rassemblement que je souhaite.
Vous pensez que votre programme est compatible avec celui du PiS polonais par exemple?
Oui, dans les grandes lignes, nos programmes sont compatibles parce que nous sommes attachés à une Europe qui respecte les nations. Il est vrai qu’il y a une ligne de fracture en politique étrangère entre les pays de l’Est et ceux du Sud. Matteo Salvini souhaite, comme nous, normaliser les relations avec la Russie. Quant aux pays de l’Est, on peut comprendre leur réticence dans la mesure où les chars soviétiques étaient encore sur leur territoire au début des années 90.
Ce sont aussi des partis très libéraux économiquement… toujours méfiants vis-à-vis du socialisme présumé de Marine Le Pen.
La question clef aujourd’hui en Europe, c’est la question de l’identité. Et sur ce point, nous sommes unis. Bien sûr, l’économie est une question importante mais la priorité aujourd’hui, c’est la crise migratoire et identitaire. D’ailleurs, les récentes élections en Finlande avec le succès des Vrais Finlandais ou en Espagne, avec la percée de Vox, montrent que les peuples d’Europe restent viscéralement attachés à leur identité et leurs traditions.
? @ThierryMARIANI : "A chaque fois que les Etats-Unis prennent une position, l'Europe suit… Je n'en veux pas aux Etats-Unis d'être forts, j'en veux à l'Union européenne d'être faible et lâche. Je rêve, moi, d'une Europe indépendante !" @franceculture pic.twitter.com/vIxSscLWGk
— Rassemblement National (@RNational_off) May 6, 2019
Justement la ligne de Vox, chrétienne mais assez libérale économiquement, les rapproche des Polonais et des Italiens et moins de Marine Le Pen.
La poussée de Vox s’explique par le rejet de la vague migratoire qui désormais frappe l’Espagne à la suite de la décision de Matteo Salvini de fermer les ports italiens aux bateaux de migrants clandestins et du gouvernement espagnol de ne pas protéger ses frontières. Ce qui rapproche Vox de Marine Le Pen, c’est donc la question de l’identité et de la protection des frontières nationales.
Autre question brûlante, celle du Brexit. Est-ce que les Brexiters ne pourraient pas constituer un allié de poids au Parlement si jamais la sortie britannique était indéfiniment repoussée?
Je crois que personne aujourd’hui ne remet en cause la sortie britannique. Aucun parti ne propose un second référendum. Et même la Commission européenne n’a pas intérêt à faire traîner les choses. Ils sortiront à un moment ou un autre, le plus tôt sera le mieux.
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Donald Tusk et les libéraux polonais souhaitent absolument arrimer les Anglais à l’Europe.
On l’oublie trop souvent mais dans les traités européens, il n’y a aucune clause de sortie qui définisse les conditions de l’article 50 selon lequel « tout État membre peut décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l’Union ». Ces traités ne prévoient pas de détails concrets sur la manière dont le retrait doit s’organiser. La Commission de Bruxelles n’a d’ailleurs aucun intérêt à ce que la sortie se passe bien, cela pourrait donner des idées à d’autres États. Je suis convaincu néanmoins qu’un accord sera trouvé avant le 31 octobre.
Vous souhaitez personnellement qu’ils partent?
Oui, je le souhaite. D’abord parce que c’est la volonté des Britanniques. Et puis, de Gaulle avait raison, les Anglais n’ont jamais été de vrais Européens. Ils ont toujours été des chevaux de Troie des États-Unis. Ils ne sont d’ailleurs pas membres de l’euro et des accords de Schengen. Ils étaient les seuls à obtenir une ristourne pour compenser leur contribution au budget européen. À l’image de Churchill, les Anglais préféreront toujours regarder outre-Atlantique plutôt que vers le Continent.
Les Anglais ont aussi été un garde-fou contre une dérive supranationale de la technocratie bruxelloise…
Vous avez raison mais je crois que les peuples sont aujourd’hui tellement méfiants vis-à-vis des institutions européennes que la menace fédéraliste est impossible. Les Nations d’Europe centrale sont là pour le prouver.
Propos recueillis par Hadrien Desuin
Manfred Weber
Manfred Weber Membre de l’Union chrétienne-sociale (CSU) – parti partenaire de la CDU en Bavière –, Manfred Weber est député européen depuis 2004. Président du groupe PPE au Parlement européen depuis 2014, il est désigné par celui-ci pour être tête de liste aux élections européennes et donc candidat à la présidence de la Commission.
Depuis, les critiques se multiplient, certains lui reprochant son manque de charisme et d’expérience gouvernementale en Allemagne. Il est également menacé sur son aile gauche par Macron, qui entend attirer à lui les éléments les plus libéraux et europhiles du PPE et n’exclut pas de soutenir les ambitions de Michel Barnier.
Enfin, le PPE se fissure au sujet de parti de Viktor Orban, le Fidesz, aujourd’hui suspendu du PPE, contraignant Manfred Weber à une synthèse de plus en plus intenable au sein de son groupe.
Luc Compain
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