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Après quelques années de succès en pleine vague yéyé, elle a enchaîné avec une honorable carrière de productrice. Les pubs de parfums années 2010 ont redonné une vie inattendue à ses chansons. En 1967, Jacqueline Taïeb a 19 ans. Son premier tube « 7 heures du matin » est diffusé sur les ondes françaises. Avec malice, le morceau pose cette question existentielle aux auditeurs d’alors : « Je mets mon shetland rouge ou bien mon shetland bleu ? »
En pleine période yéyé, ce rock’n’roll sucré évoque le réveil difficile d’une adolescente de son temps – temps retrouvé depuis 2012 – notamment dans l’habillage de diverses publicités misant à la fois sur l’indémodable légèreté de la chanson et cette tonalité vintage que même les moins de vingt ans ont identifiée comme le parfum d’un certain âge d’or.
Il suffira de chercher le clip « La Fac de lettres » pour s’en assurer, la jeune auteur-compositrice « juive tunisienne francisée » ne dénotait pas dans le paysage pré-68. Pourtant, celle que l’on voyait surtout comme la « petite rigolote » évolua d’emblée en décalé. Dans la France des Trente glorieuses, le destin ne pouvait basculer que dans un café : « En vacances en Tunisie, j’accompagnais des copains qui chantaient les tubes du moment et quelques-unes de mes compos en terrasse.
Une dame s’arrête, me dit qu’elle aime beaucoup ce que je fais et me laisse sa carte ». La dame en question n’est autre que l’éditrice Rolande Bismuth qui s’occupe de Michel Fugain. Jacqueline lui fait part de son rêve de composer pour les autres, mais l’éditrice lui fait comprendre qu’elle est elle-même sa meilleure interprète.
« C’est peut-être prétentieux, mais j’avais l’impression que mes chansons étaient meilleures que celles des autres, jusqu’au jour où je découvre Véronique Sanson à la radio. Elle m’a littéralement scotchée sur le siège de ma voiture ! »
À Paris, elle lui présente le producteur Roger Marouani et l’arrangeur Jean Bouchety. Embarquement pour Londres afin d’enregistrer son premier EP d’où sont tirés deux de ses plus grands succès. S’ensuit le scopitone de « La Fac de lettres » tourné à la Sorbonne. Fugain la suit de près : « Mon amitié pour Fufu est incassable et inclassable depuis ». À la fin de la vague yéyé, Jacqueline Taïeb fait quelques allers-retours dans l’industrie musicale, enseigne l’anglais, devient crooneuse de l’ombre et parolière pour jeunes talents, vivant entre Paris et New-York. Sa place au sein du star system ? « C’est peut-être prétentieux, mais j’avais l’impression que mes chansons étaient meilleures que celles des autres, jusqu’au jour où je découvre Véronique Sanson à la radio. Elle m’a littéralement scotchée sur le siège de ma voiture ! »
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Elle revient de manière définitive sur le devant de la scène, en produisant notamment la jeune afro-américaine Dana Dawson (double Disque d’or). C’est à peine si elle évoque Maurane qu’elle a pourtant contribué à lancer : « Dieu ait son âme. Une voix magnifique… Mais aussi un peu d’ingratitude ». Nous n’en saurons pas plus. Ses aventures la feront cheminer un temps aux côtés d’Yves Montand pour une comédie musicale inspirée du Livre de la paix de Bernard Benson. Un énième coup de poker gagnant : « Cette expérience a été l’un de mes grands bonheurs. Personne ne pensait qu’il accepterait notre projet avec mon associée Perle Scemla.
Concernant la nouvelle génération, elle affirme adorer Julien Doré et Bertrand Burgalat avec qui elle a collaboré, mais ne cache pas son dégoût pour Orelsan, qu’elle considère encore comme « un misogyne qui incite au meurtre ».
Il a été formidable, en plus de s’être impliqué totalement dans les chansons. J’ai appris ici que des rêves un peu fous peuvent se réaliser ». Concernant la nouvelle génération, elle affirme adorer Julien Doré et Bertrand Burgalat avec qui elle a collaboré, mais ne cache pas son dégoût pour Orelsan, qu’elle considère encore comme « un misogyne qui incite au meurtre ». Que pense une boomer-type de la société actuelle ? « C’est sûr que c’est moins fun qu’avant », lance-t-elle entre amertume et nostalgie. Avec ses mots acérés, Jacqueline Taïeb regrette un monde plus doux, enseveli entre autres par la montée des communautarismes qu’elle juge inéluctable.
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« Dans ma jeunesse, en Tunisie, je pense que cathos, feujs et musulmans arrivaient à incarner ce fameux concept de vivre-ensemble, à travers la solidarité et une certaine complémentarité. Aujourd’hui, il suffit de regarder autour de nous, cette surenchère de la violence, de la vulgarité et de la médiocrité. Mais ce n’est pas une exception française, le phénomène est quasi mondial ».
Voit-elle un espoir, pour sauver le monde de ce que sa génération a engendré ? « Je pense que nous sommes dans la phase apocalyptique. Jusqu’à la venue du Messie… » En attendant, elle produit le prochain disque de la chanteuse Ortal, continuant de mener à bien sa mission de « tailleur sur mesure », cinquante-deux ans après le lancement de sa propre carrière.
Alain Leroy
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