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Candace Owens, le conservatisme en marche

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Publié le

1 octobre 2019

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S’adresser aux foules ne s’apprend pas. Candace Owens a ce talent-là. Sa chaîne Youtube Red Pill Black l’a jetée dans la fosse aux lions. Le titre fait référence au film Matrix dont le héros doit choisir entre ces deux options : pilule bleue, vous continuez de vivre dans un état d’ignorance heureuse, pilule rouge vous comprenez le monde qui vous entoure et décidez de vous confronter à la réalité.

 

Candace Owens enjoint les Noirs américains d’opter pour la pilule rouge, de ne pas ramener leurs problèmes à la question du racisme, de fuir le discours de la gauche américaine qu’elle tient pour condescendant et clientéliste. Icône des conservateurs, cauchemar du Parti démocrate, la trentenaire lookée fait fureur. 1,7 million de personnes la suivent sur Tweeter. Elle a l’oreille du président des États-Unis. What’s next ? Owens a la trempe d’une femme politique.

 

 

Vous avez dit un jour que votre conservatisme vous venait de votre grand-père. Pourquoi ?

Mon grand-père m’a élevée pendant mes années de formation. C’est un homme structuré, qui croit aux vertus du travail, à la famille et aux valeurs chrétiennes. Nous lisions la Bible tous les jours. Jeune, je trouvais cela astreignant. J’aurais préféré aller m’amuser, sortir, vivre plus librement. Avec la maturité je réalise combien cette discipline quotidienne m’a donné le sens des priorités. Mon grand-père a grandi en Caroline du Nord du temps de la ségrégation. À cinq ans il travaillait déjà sur les champs de coton. Il ne s’est jamais arrêté de travailler depuis. Il ne s’est jamais plaint. Voilà quel genre d’homme il est. Il a toujours cru au rêve américain selon lequel celui qui travaille dur et qui se comporte bien est récompensé de ses efforts.

 

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Votre livre Blackout sort en février prochain. De quoi s’agit-il ?

Je raconte mon évasion des « plantations démocrates » et mon combat pour la communauté noire américaine. Nous devons nous libérer de cette vision victimaire qu’on nous a vendue. C’est une posture toxique et paralysante.

La communauté noire est en décomposition. Les démocrates s’imaginent qu’ils peuvent contrôler les Noirs. Vous n’avez qu’à googliser n’importe quel nom de conservateur noir, moi y compris, vous verrez les persécutions dont nous sommes l’objet, juste pour oser prendre nos distances des démocrates.

Qu’entendez-vous par « plantations démocrates » ?

Il faut briser les chaînes qui relient la communauté noire à la gauche américaine. Les esclaves travaillaient gratuitement dans les plantations démocrates et ne recevaient rien en retour. Aujourd’hui, nous donnons nos votes aux démocrates tous les quatre ans et nous ne recevons rien en retour. La communauté noire est en décomposition. Les démocrates s’imaginent qu’ils peuvent contrôler les Noirs. Vous n’avez qu’à googliser n’importe quel nom de conservateur noir, moi y compris, vous verrez les persécutions dont nous sommes l’objet, juste pour oser prendre nos distances des démocrates. Pas une insulte ne m’a été épargnée. J’ai été traitée d’admiratrice d’Hitler et même de suprématiste blanche !

 

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En janvier, vous avez lancé le mouvement Blexit (contraction de Black et Exit) pour affranchir la communauté noire du « joug démocrate ». Quels sont vos moyens d’action ?

On se déplace de ville en ville dans tout le pays, on rappelle quelques vérités sur l’histoire des Noirs en Amérique et les efforts des démocrates pour entraver leur émancipation, comme les lois Jim Crow qui imposaient la ségrégation raciale à l’école et dans les transports. Nous parlons surtout des défis que rencontre aujourd’hui la communauté noire, des nouvelles lois sur l’avortement, des ravages de l’absence du père, de la délinquance. Ce sont des problèmes sérieux. Mettre en cause le racisme n’est pas une réponse. De toute évidence, l’Amérique n’est pas plus raciste qu’elle ne l’était dans les années 60, pourtant la communauté noire se porte moins bien qu’à l’époque. Nous voulons apporter des idées nouvelles. Ce ne sont pas des meetings politiques. On se retrouve dans des théâtres, c’est très gai, très exaltant. On veut inspirer les gens, les encourager à sortir de l’assistanat.

Je ne me considère pas comme républicaine. Je suis plutôt ce qu’on appelle aujourd’hui une Trumplicaine. Je suis conservatrice, supporter de Trump mais pas nécessairement du Parti Républicain. Je soutiens le Président.

Le Blexit a-t-il des liens avec le Parti Républicain ?

Absolument pas. Je ne me considère pas comme républicaine. Je suis plutôt ce qu’on appelle aujourd’hui une Trumplicaine. Je suis conservatrice, supporter de Trump mais pas nécessairement du Parti Républicain. Je soutiens le Président. Ça ne veut pas dire que je m’engage derrière le Parti Républicain à vie. C’est tout le propos du Blexit. Retrouver notre indépendance, faire savoir que notre vote n’est pas acquis.

 

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Commencez-vous à voir les résultats du Blexit ?

CNN a rendu public un sondage selon lequel 15 % des hommes noirs soutiennent Trump, ce qui est une percée indéniable [ndlr : selon ce même sondage, seulement 3 % des femmes noires soutiennent le Président]. Le résultat de 2020 nous dira si notre travail a payé. Trump est de plus en plus populaire en dépit de la rhétorique de gauche qui ne cesse de répéter qu’il est raciste. Les démocrates sentent qu’ils perdent du terrain, alors c’est la surenchère, ils veulent maintenant offrir des réparations aux noirs !

 

En vous adressant à la communauté noire, est-ce que vous ne jouez pas le jeu des politiques identitaires que vous dénoncez par ailleurs ?

Je ne nie pas l’identité. Je suis une noire. Je suis une femme. La politique identitaire consiste à dire « parce que vous êtes noir, vous devez voter comme ceci ». Je refuse ce raisonnement. Ce qui n’empêche pas de garder à l’esprit qu’on est noir, de comprendre l’histoire des noirs et de ne pas donner carte blanche à un seul parti.

 

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Qu’a fait le président Obama pour les Noirs ?

Absolument rien. Si vous trouvez quelque chose d’intéressant qu’il ait fait pour nous, surtout tenez-moi au courant. L’économie a stagné, le nombre de noirs scolarisés a stagné, la criminalité a empiré. Vous pouvez prendre la question dans tous les sens, les noirs américains n’ont rien eu à gagner à part le fait de voir le premier Président noir entrer à la Maison Blanche.

Je ne sous-estime pas la portée de l’élection d’Obama. Pas du tout. Elle a montré de façon éclatante que l’Amérique n’est pas un État raciste. Sans quoi, ce pays à majorité blanche (13 % de la population est noire), n’aurait pas pu élire un président noir.

Cette portée symbolique n’est pas négligeable.

Je ne sous-estime pas la portée de l’élection d’Obama. Pas du tout. Elle a montré de façon éclatante que l’Amérique n’est pas un État raciste. Sans quoi, ce pays à majorité blanche (13 % de la population est noire), n’aurait pas pu élire un président noir. C’est profondément insultant d’entendre dire que l’Amérique est un pays raciste. On aurait pu espérer que l’élection d’Obama ferme définitivement ce chapitre-là.

 

Qu’a fait Trump pour les noirs ?

Avant tout, il a apporté des emplois. Le taux de chômage des noirs est historiquement bas. Quand il demande à construire un mur, qui en seront les premiers bénéficiaires ? Ceux qui souffrent le plus de l’immigration illégale sont les Noirs, car elle représente une concurrence pour les emplois peu qualifiés, en majorité occupés par des Noirs. Sa réforme de la justice a été cruciale. Les démocrates la promettaient depuis longtemps ; Jared Kushner a pris le problème à bras-le-corps. La Loi des Trois Coups [ndlr : loi passée en 1994 qui punit de la prison à vie les récidivistes coupables d’un troisième crime ou délit, même de petite délinquance] est l’œuvre de Bill Clinton. Combien de Noirs a-t-il mis derrière les verrous à perpétuité ? L’administration Trump a rectifié le tir. Trump n’a fait aucun mal à la communauté noire. Il nous a aidés. Mon seul espoir (même si je sais qu’il ne s’est jamais exprimé sur ce sujet) c’est qu’il supprime les aides sociales. Plus le gouvernement se désengagera et libérera la population de sa dépendance des aides sociales, mieux nous nous porterons.

 

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Vous avez rencontré le président Trump plusieurs fois ?

Oui, une vingtaine de fois. La première fois, c’était justement à propos de la réforme de la justice.

Je ne suis pas africaine. Je suis noire, ça oui, mais je ne suis pas afro-américaine.

Vous n’utilisez jamais l’expression « afroamericain » (africanamerican, en anglais). Vous préférez dire noir ?

Je ne suis pas africaine. Je suis noire, ça oui, mais je ne suis pas afro-américaine. Cette expression nous désigne comme une population à part. Les blancs, on ne les appelle pas « Irlando-américains ». On dit blanc, n’est-ce pas ? Donc vous pouvez m’appeler Noire. Je suis Américaine avant tout et noire par ailleurs.

 

En janvier dernier, Jussie Smollett, un acteur noir et homosexuel s’est fait agresser par deux hommes portant des casquettes MAGA (« make america great again »). Une agression raciste et homophobe caractérisée. Ramdam dans la presse, les stars d’Hollywood étaient en pleurs sur les plateaux télé désespérant d’un pays où les minorités sont persécutées. Il est apparu par la suite que Smolett avait orchestré sa propre agression et payé ses assaillants.

Au lendemain de l’agression, les médias se sont précipités vers moi sur le thème : « Alors ? hein ? Candace ? qu’est-ce que vous en dites ? » Il était évident qu’il s’agissait d’une mise en scène. J’ai été une des premières à mettre en doute ce canular. La chorale des indignés s’est emballée. On a crié au scandale – on crie toujours au scandale parce que j’appelle les choses par leur nom. Cette affaire vous donne une idée de ce dont sont capables les médias américains. La victimisation est valorisée par la presse. Alors il ne faut pas s’étonner que les gens aspirent à devenir des victimes même quand tout va bien. C’est un dérèglement mental qui s’est installé en Amérique grâce aux médias de gauche.

 

À la nouvelle de l’agression, Hollywood a volé au secours de Smollett d’un seul élan, en soutien à la communauté noire. Est-ce qu’ils vous soutiennent dans votre démarche ?

Ils ne me soutiennent pas car c’est une bande d’individus narcissiques qui ne comprennent rien à rien et ne savent pas de quoi ils parlent. Ils veulent juste avoir l’air gentil. Je me félicite qu’ils m’aient rejetée, insultée, bloquée sur les réseaux sociaux, cela valide mon analyse : ils se fichent pas mal de toutes ces causes qu’ils défendent devant les caméras. Ils ne s’intéressent qu’à leur propre image.

Nous étions systématiquement accueillis par des manifestations, des menaces de violence de la part des membres des groupes antifas, et souvent obligés d’entrer dans les amphithéâtres par une porte dérobée.

Vous avez été dircom de Turning Point USA (TPUSA), association étudiante libérale et conservatrice. Comment avez-vous été accueillie sur les campus ?

Nous étions systématiquement accueillis par des manifestations, des menaces de violence de la part des membres des groupes antifas, et souvent obligés d’entrer dans les amphithéâtres par une porte dérobée. Ces jeunes se comportent comme des chemises brunes. Ils ne supportent pas qu’une opinion différente de la leur soit entendue. Les choses s’améliorent un peu depuis que Trump a signé un décret qui protège la liberté d’expression sur les campus ; les universités hésitent à favoriser cet environnement gauchiste militant.

 

Pourquoi avez-vous démissionné de TPUSA en mai dernier ?

Je veux concentrer mes efforts sur la communauté noire et mon mouvement Blexit, or seule une minorité de Noirs a accès à l’université. Mais j’ai beaucoup appris avec l’équipe de TPUSA, ç’a été formateur pour moi, mes premiers pas en politique, si vous voulez.

De mémoire, Soros a injecté quelque chose comme 33 millions de dollars dans BLM, organisation qui, je le rappelle, repose sur une vision mensongère de la réalité, selon laquelle les noirs souffrent d’un racisme institutionnel.

Pensez-vous qu’un jour votre Blexit puisse devenir aussi puissant que le mouvement Black Lives Matter (BLM) ?

J’espère que non. Je ne le souhaite pas. Le problème des associations qui deviennent trop puissantes, c’est qu’elles ont besoin de nouvelles causes pour exister, pour perdurer. Les associations qui défendaient les droits des homosexuels, une fois qu’elles ont obtenu le mariage gay, ont tout misé sur les transgenres. C’est ce qui arrive quand on court après l’argent et le pouvoir. BLM a été fondé par des organisations et des groupes d’intérêt de gauche comme les Fondations Open Society dirigées par George Soros. De mémoire, Soros a injecté quelque chose comme 33 millions de dollars dans BLM, organisation qui, je le rappelle, repose sur une vision mensongère de la réalité, selon laquelle les noirs souffrent d’un racisme institutionnel.

 

Lire aussi : Xavier Breton « Je dîne avec qui je veux et je conventionne avec qui je veux »

 

Qui finance le Blexit ?

J’en finance la majeure partie. Il y a la vente des T-shirt. On fait notre promotion par email. Les frais de fonctionnement sont bas, on est une petite équipe, juste moi-même et deux autres personnes.

 

Vous animez le « Candace Owens Show » sur la chaîne Youtube PragerU. Vous recevez un invité par semaine. Quelle est la ligne éditoriale ?

Généralement, les gens vous aperçoivent sur Fox News ou lisent vos tweets, limités à 280 signes. Je voulais dépasser les petites phrases. J’apprécie d’avoir accès à un grand format, en conversation avec des gens passionnants. Cela me permet de me présenter et aussi d’apprendre beaucoup. Dans mon show, on parle d’économie, d’éducation, de culture. J’ai plusieurs cordes à mon arc !

La gauche se livre à une véritable chasse aux sorcières.

Vous qui vous battez contre l’esprit de chapelle, vous reconnaîtrez que vos invités sont en majorité des conservateurs…

Je suis la première à le regretter. Notez bien que si les conservateurs n’hésitent pas à parler aux gens de gauche, ces derniers préfèrent rester dans leur zone de confort. On contacte régulièrement des gens de gauche qui déclinent l’invitation ou se décommandent au dernier moment. Ils ont peur et je les comprends. C’est ce qui est arrivé à l’acteur Mario Lopez, célébrité d’Hollywood, après notre émission. Il s’est fait injurier pour avoir dit qu’il trouvait dangereux que des parents laissent un enfant de trois ans décider de son genre. Il s’est excusé d’avoir dit ça ! Il risquait sa carrière. La gauche se livre à une véritable chasse aux sorcières. Voilà pourquoi j’ai été ravie de recevoir Hawk Newsome de Black Lives Matter. Mais ils ne sont pas nombreux à risquer une conversation franche et loyale.

 

Tout a été très vite pour vous. Quelles ont été les étapes de votre parcours ?

J’étais juste une fille qui faisait des vidéos sur Youtube dans lesquelles je parlais des Noirs américains. C’était l’été 2017. Quelqu’un a posté ma quatrième vidéo sur Facebook et tout s’est emballé.

 

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De quelle vidéo s’agit-il ?

Elle s’intitulait Je me fiche de Charlottesville, du Ku Klux Klan et des suprématistes blancs (« I don’t Care About Charlottesville, the KKK, or White Supremacy »). Après le drame de Charlottesville, je mettais les choses en perspective, je réagissais au discours des médias selon qui le Ku Klux Klan était de retour. Ce qui s’était passé à Charlottesville était la rencontre de deux groupes extrémistes et il était stupide d’en tirer des conclusions sur le pays tout entier. Ma vidéo a été regardée par des millions de gens (elle a d’ailleurs été sous-titrée en français), j’ai été invitée sur Fox News, on m’a proposé des conférences, j’ai rejoint Turning Point USA, il y a eu un effet boule de neige. Puis le soutien de Kanye West m’a apporté une grande notoriété. Il a tweeté : « J’adore la façon de penser de Candace Owens ». C’était le 24 avril 2018.

Mais je reste convaincue que Dieu ne nous demande jamais plus qu’on ne peut endurer. Les moments les plus sombres, je m’efforce de les considérer comme une bénédiction du ciel.

Ça n’a pas toujours été facile. Vous avez été très attaquée…

Depuis le début, je suis constamment attaquée ! (rires) On finit par s’y habituer. Je crois que le moment le plus dur a été quand on m’a associée à la fusillade de Christchurch en Nouvelle-Zélande. Soi-disant mon nom était apparu dans les écrits du tueur. Les médias ont sauté sur l’occasion. Ils se sont dit, « là, on va la coincer ». Je n’ai jamais prêché la violence, ni jamais parlé de l’islam. Mais tous les moyens sont bons pour vous détruire. On a rappelé que j’avais critiqué Sadiq Khan, le maire de Londres. Évidemment que je l’ai critiqué ! C’est un maire désastreux. Il se trouve qu’il est musulman. À partir de là, ils extrapolent et vous associent à un tueur de masse et à cette barbarie. C’était très pénible. Mais je reste convaincue que Dieu ne nous demande jamais plus qu’on ne peut endurer. Les moments les plus sombres, je m’efforce de les considérer comme une bénédiction du ciel.

 

Propos recueillis par Sylvie Perez

 

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