
Vous connaissez sûrement le concept un peu fumeux de « film mental » ou « film cerveau », qui désigne, dans la bouche de certains critiques assermentés, l’idée d’un film hautement conceptuel et dont la forme sera l’exacte représentation symbolique de l’esprit de son réalisateur. La quintessence du film-cerveau serait bien sûr, à ce titre, le Shining de Stanley Kubrick, dont chaque papier peint et chaque morceau de moquette renvoie précisément à l’image d’une alvéole, le film entier procédant comme une immense machine bourdonnante et dont le moindre recoin cache une image-clé, un indice ou une métaphore de son propre fonctionnement. En réalité n’importe quel grand film est un film-cerveau, puisque le rôle du cinéma consiste précisément à aligner une succession d’images-temps, comme le disait ce brave Gilles Deleuze, afin de reproduire une appréhension allégorique du réel. Si les critiques conspuent souvent chez Paolo Sorrentino sa forme affectée – clipesque ou muséale – c’est parce qu’ils passent à côté de cet aspect : chez Sorrentino, un film d’abord une énorme machine à produire des évocations, qui semble d’ailleurs se faire plus au montage qu’au tournage.…








