
2021 touche à sa fin et ce peut être l’occasion de faire un bilan qui ne soit pas d’ordre sanitaire, ou plutôt qui envisage la santé et la crise du point de vue de l’esprit. Il me semble qu’un degré supplémentaire a été franchi cette année dans ce qui m’apparaît comme une crise de la représentation qui affaiblit le langage sous des prétextes idéologiques (comme lors des épisodes totalitaires). Quelques symptômes : la controverse au sujet de la possibilité d’une traductrice blanche à traduire une poétesse noire (Amanda Gorman) ou d’un acteur valide à jouer le rôle d’un handicapé ; l’urgence d’une « représentativité » comprise en termes statistiques et non symboliques ; le succès croissant d’une littérature de témoignage direct (de Springora à Louis). À chaque fois, on constate un mouvement de désymbolisation régressive, un prurit littéraliste, une opacification du « moi ». Seuls ceux qui auraient vécu le même type d’expérience seraient légitimes pour la retranscrire ; la représentation n’est plus conçue comme un transfert symbolique mais comme un décalque pointilleux des apparences ; et l’on privilégie, à l’universalisation du tragique, le petit dégueulis victimaire d’origine contrôlée.…








