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Sélectron : neuf slashers pour remplir vos soirées d’automne

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Publié le

27 octobre 2021

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À L’Incorrect, on n’a pas beaucoup d’estime pour Halloween et son cortège d’enfantillages qui sert de prétexte à une régression païenne typiquement américaine. Néanmoins, les nuits commencent à rallonger et la sortie récente d’Halloween Kills nous a donné envie de vous concocter un sélectron des meilleurs slashers, ces films où le destin vous punit toujours cruellement d’être une adolescente en pleine montée d’hormones.
sélectron

On a décidé de vous épargner les classiques du genre, Massacre à la Tronçonneuse et autres Vendredi 13, pour se pencher sur quelques pépites (un peu) moins célèbres.

Le Voyeur de Michael Powell (1960)

C’est bien connu, les racines du mal sont toujours à aller chercher du côté de la perfide Albion. Le Voyeur est basé sur un scénario du mystérieux Léo Marks, agent secret spécialiste de la cryptographie pendant la Seconde Guerre mondiale, et convoque tous les spectres de la psychanalyse alors en vogue dans le monde anglo-saxon. En filmant les errances nocturnes d’un jeune photographe obsédé par le vice des femmes, Michael Powell signe le premier grand chef d’œuvre du genre et évoque pour la première fois tout le mal que peuvent engendrer les caméras et l’enregistrement en général. Souvent imité (notamment par De Palma, qui ne se remettra jamais du film), jamais égalé, surtout pour ses chromos sublimes d’une cité londonienne filmée comme un contre-champ onirique.


La baie sanglante de Mario Bava (1971)

Film canonique et séminal. Mario Bava y invente quasiment le genre, sept ans avant John Carpenter. Sauf qu’ici, le décor type n’est pas une banlieue pavillonnaire assoupie mais la demeure luxueuse d’une famille d’aristocrates décadents, comme Bava sait si bien les filmer. Sur un prétexte étique, le pape de l’horreur italienne déploie une grammaire cinématographique bluffante, colle des caméras sur les boules de billard, fractalise chaque meurtre en points de vue multiples, et magnifie comme jamais les chairs saccagées sur l’autel du sadisme cinématographique. Presque de l’art contemporain, à diffuser pendant vos réceptions pour prouver que vous êtes quelqu’un de goût.


Inferno de Dario Argento (1980)

Deuxième partie de sa fameuse « trilogie des mères » consacrée à l’occultisme et aux « grandes villes à secrets », Inferno est sans doute le film le plus expérimental et le plus jusqu’au-boutiste de Dario Argento. C’est aussi un slasher parfait, presque abstrait, puisque le tueur n’est autre que le Mal lui-même, compris comme une entité douée d’ubiquité, virale, qui va jusqu’à contaminer le moindre figurant – voir cette scène tétanisante où l’occupant d’une gargote en arrière-plan s’en prend brutalement à l’un des protagonistes du film, sans aucune raison apparente. Filmée en partie à New-York et à Rome, Inferno conserve aujourd’hui toute sa force méphitique et impose le style Argento, qui n’a jamais autant ritualisé ses scènes de meurtre, ici opératiques et virtuoses, comme seul le maître transalpin a pu en filmer.

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Candyman de Bernard Rose (1992)

Oubliez le navrant remake communautariste sorti il y a quelques semaines, voici le seul et unique Candyman. Inspiré par une nouvelle du maître de l’horreur britannique, Clive Barker, et mis en image par le très inspiré Bernard Rose (Paperhouse), Candyman est un authentique slasher avec son lot de meurtres crapuleux et sadiques, mais aussi un portrait de femme magnifique (Virginia Madsen, impériale) et une réflexion brillante sur les rapports entre urbanisme et inconscient collectif. Magistral, porté par une partition démente de Philip Glass, passionnant et terrifiant à chaque instant, jusqu’à un final bouleversant à l’intensité dramatique rarement égalée dans un film d’horreur.


Freddy sort de la nuit de Wes Craven (1994)

Bien avant Scream, Wes Craven avait posé les bases du « slasher méta » avec ce septième opus de Freddy qui se passe pendant un tournage de Freddy. Wes Craven et Robert Englund y incarnent donc leur propre rôle, et le croquemitaine aux doigts de sabre profitera de cet habile brouillage des réalités pour faire des apparitions remarquées, à travers une série de meurtres qui évoquent parfois un surréalisme quasi-bunuélien. Audacieux, terriblement drôle, brocardant au passage le gotha californien, ce Freddy sort de la nuit est une perle à redécouvrir d’urgence.


Jeepers Creepers de Victor Salva (1994)

Avec son ambiance d’été cauchemardesque et de champs de blé brûlés par un soleil implacable, le premier long métrage de Victor Salva aurait pu être scénarisé par Stephen King en personne – sans compter un croquemitaine impressionnant qu’on croirait sorti d’une nouvelle de Lovecraft. Brodant sur cette histoire classique, presque mythologique, d’un frère et d’une sœur aux prises avec une entité meurtrière, Victor Salva réalise un slasher dérangeant, flirte avec le fantastique obsessionnel et évacue ses propres démons – le réalisateur ayant été inquiété quelques années plus tôt pour des faits d’attouchement sur mineurs. Glaçant.

Voir la bande-annonce en version française ici

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Haute Tension d’Alexandre Aja (2003)

En France, on n’a pas de pétrole, mais on a aussi des slashers. Et pas des moindres : avec ce premier essai, Alexandre Aja prouve déjà sa maîtrise du cadre et son manque total d’humour. Haute Tension est un slasher au premier degré, ultra violent et presque dépressif, porté par une Cécile de France alors au début de sa carrière (qui n’avait pas peur de mouiller la chemise) et par un Philippe Nahon toujours au top dans les rôles de boucher. Sans concession, presque barbare par moment, Haute Tension se termine par un « twist » qui fut fort critiqué en son temps, mais qu’on trouvera plutôt réjouissant. C’est simple : depuis, Aja n’a malheureusement pas fait mieux.


Dream Home de Pang Ho-cheung (2010)

Démarquage habile de la fameuse catégorie 3 (sous-genre local qui allie comédie horrifique et satire sociale), Dream Home s’attache au quotidien d’une jeune citadine prête à tout pour faire baisser le prix d’un appartement qu’elle convoite, y compris trucider salement tous les locataires qui s’y succèdent. Filmé en pleine crise des subprimes, dans un Hong Kong au bord de l’explosion démographique, le film vaut pour l’interprétation hallucinée de son actrice principale et pour une succession de meurtres particulièrement brutaux. Un slasher social, nihiliste et cruel, en bref : hongkongais.


It Follows de David Robert Mitchell (2014)

Les puristes nous agoniseront en arguant qu’It Follows n’est jamais qu’un film de petit malin, d’étudiant en cinéma, d’adorateur de David Lynch mal dégrossi. C’est en partie vrai : It Follows reprend les codes du slasher et du teen movie pour les tordre habilement et les convertir en objet filmique non identifié. Film sur le SIDA, sur le génocide amérindien, sur le harcèlement des adolescents ? On ne saura jamais vraiment, tant David Robert Mitchell se plaît à brouiller les pistes, non sans signer au passage quelques authentiques scènes de flippe où le hors-champ lui-même devient source de tous les maux. Sept ans après, le film conserve tout son mystère et demeure une expérience assez désagréable.

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