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« Romería » : jeunesse enfouie
Après Été 93, Carla Simón poursuit sa veine autobiographique avec Romería (qui signifie pèlerinage en galicien). Enfant, la réalisatrice a perdu, victimes du SIDA, ses deux parents toxicomanes. Dans son nouveau film, l’héroïne adolescente, Marina, part à la découverte de sa riche famille paternelle – au double sens du nombre et de la fortune – pour obtenir les papiers d’état-civil qui lui manquent. C’est aussi l’occasion de marcher sur les traces de ses parents, grâce au journal de sa mère qui est retranscrit à l’écran par des plans au caméscope. L’alternance de ces deux régimes d’images laisse la place dans la dernière partie à une séquence onirique – un peu longue – où la jeune Marina et l’un de ses cousins figurent le couple disparu au temps de leur amour. [...]
« Pour Klara » : été meurtrier
Un été sur la côte adriatique, une famille en proie en doute et une adolescente anorexique qui tombe amoureuse du mauvais garçon (il sera accusé de meurtre). Les ingrédients sont connus, mais le slovène Olmo Omerzu s’en empare avec une certaine exigence, travaillant au corps ses acteurs, choisissant ses cadres avec minutie et laissant son intrigue se déployer sans hâte, avec toutes les zones d’ombre que peut comporter une adolescence travaillée par le désir et la culpabilité. [...]
Éditorial culture de Romaric Sangars : Pharisian followers

Nous vous avions parlé de la chanteuse Rosalia, icône pop au dernier album évangélique et au single néo-baroque splendide, « Berghain », rehaussé par Björk, et nous l’avions fait avec enthousiasme (la moitié de son disque, à mon sens, se dissout quand même dans la soupe pop mondiale, mais bon). Eh bien cette Rosalia, donc, s’est récemment repentie publiquement. Mais alors rien à voir avec son catholicisme revendiqué, et tout avec les nouveaux rites d’expiation. Jugez : la jeune femme demandait pardon à ses followers pour avoir déclaré son admiration pour Picasso. Qu’une artiste pop, c’est-à-dire, mettons les choses en perspective : une créatrice de contenu pour adulescents, soit capable de rendre hommage à un artiste majeur du xxe siècle œuvrant dans une discipline pour adultes, la peinture, était plutôt à compter à son avantage, me semblait-il, et quoi qu’on pense par ailleurs du cubisme. Mais le follower de Gen Z s’offusqua qu’on puisse rendre hommage à un mâle toxique ayant maltraité systématiquement ses compagnes, déplaçant le débat sur le seul champ où il s’imagine avoir des compétences, non pas l’esthétique, mais la morale.…

« La Voisine danoise » : un beau chaos scandinave
Une fausse retraitée des services secrets danois se met au vert dans une petite copropriété en Islande. Très vite, elle va s’immiscer dans la vie de ses voisins et régler leurs problèmes de façon parfois expéditive. On avait découvert Benedikt Erlingsson en 2018 avec Woman at war, film plutôt correct et à fantaisie mesurée sur une activiste en guerre contre les nouvelles technologies. Sa nouvelle série, La Voisine danoise, marque des progrès confondants tout en approfondissant ses thématiques de prédilection dans un genre finalement délicat, celui de la comédie noire. On pourra d’abord tiquer devant la couche de progressisme qui englue les second et troisième épisodes avec l’accumulation de grigris sociétaux, VSS, grossesse adolescente, réfugiée libyenne en détresse, n’en jetez plus… Mais derrière cette soumission apparente au goût du jour, la série est beaucoup plus retorse, osant notamment ce qu’on pourrait qualifier d’humour racial intrascandinave où chaque nationalité est débinée par les autres. Les Norvégiens sont « colériques et peureux » et l’héroïne, s’étonnant d’une décoration que les autorités du cru vont lui remettre, se voit répondre par sa hiérarchie que les Islandais ont « une mentalité de colonisés ». On retrouve les ressorts communautaires qui faisaient le sel des deux premières saisons de L’Hôpital et ses fantômes (Lars von Trier, 1994-1997) vibrant d’animosité bilatérale ente Danois et Suédois. [...]
« Compostelle » : sur les chemins de la foi
Tous ceux qui expérimentent chaque année le Carême le savent : comme l’ascension d’un Golgotha intime, le chemin vers la foi consiste à trébucher et à se relever constamment. Compostelle, réalisé par Yann Samuel, qui change de radicalement de genre après le picaresque et très réussi La Guerre des Lulus, comporte sur le papier tous les passages obligés du « film de rédemption », avec des personnages qui sonnent un peu trop écrits dans les premières minutes du métrage. [...]
« Nuestra Tierra » : nouveau western
Le 12 octobre 2009, après une altercation sur ses terres, Javier Chocobar, chef de la communauté Chuchagastas est tué par un propriétaire terrien et deux policiers qui souhaitaient se les accaparer. Il faudra plus de neuf années pour que la justice argentine daigne traduire en justice les accusés. Lucrecia Martel filme le procès au jour le jour, et retrace l’histoire des grandes figures de cette communauté indigène. Nuestra Tierra est ce qu’on appelle un documentaire décolonial. Et comme Dahomey de Mati Diop, il échoue pour avoir appliqué un dispositif trop rigide. L’absence d’exposition – le spectateur est littéralement jeté en pleine audience – oblige à une attention soutenue qui n’est jamais récompensée par la forme. [...]
Les grands oubliés d’Hollywood

L’histoire du cinéma hollywoodien est si profuse et si accidentée que bon nombre de ses meilleurs artisans ont parfois été oubliés. Si le Nouvel Hollywood a effectivement créé un appel d’air vertigineux et ouvert les voies d’une fièvre créatrice sans précédent, on a tendance à mettre au rencard certains réalisateurs antérieurs à cette nouvelle ère, considérés comme de simples « faiseurs ». Grave erreur ! L’âge d’or des majors a permis à tout un tas d’artistes frondeurs et inspirés de faire leurs armes dans le cinéma de genre qui faisait florès à l’époque, à commencer par le western ou le film noir. C’est le cas de Joseph H. Lewis, Budd Boetticher et Don Siegel, auxquels cet essai volumineux et passionnant tente de rendre leurs lettres de noblesse.

Le plus connu des trois, c’est bien sûr Don Siegel, auteur d’au moins deux chefs-d’œuvre : Body Snatchers, brûlot qui utilise la science-fiction comme prétexte à une parabole politique glaçante, et bien sûr L’Inspecteur Harry, épigone du vigilante movie, avec un Clint Eastwood inoubliable en flic revanchard dans les bas-fonds de San Francisco – lançant mine de rien cette mode des héros sans pitié qui allait occuper toute la décennie suivante.…

« Un Jour avec mon père » : un premier film attachant
Un père part avec ses deux fils à Lagos réclamer plusieurs mois impayés de salaire. Ils tombent en pleine reprise en main du pays par les militaires après la destitution du président élu, Moshood Abiola, en 1993.  Le semi-autobiographique Un jour avec mon père a été co-écrit par le réalisateur Akilona Davies Jr et son frère Wade. Si l'exposition semble trop longue, elle installe aussi un rapport particulier avec le temps. [...]

L’Incorrect

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