
Culture



Nous vous avions parlé de la chanteuse Rosalia, icône pop au dernier album évangélique et au single néo-baroque splendide, « Berghain », rehaussé par Björk, et nous l’avions fait avec enthousiasme (la moitié de son disque, à mon sens, se dissout quand même dans la soupe pop mondiale, mais bon). Eh bien cette Rosalia, donc, s’est récemment repentie publiquement. Mais alors rien à voir avec son catholicisme revendiqué, et tout avec les nouveaux rites d’expiation. Jugez : la jeune femme demandait pardon à ses followers pour avoir déclaré son admiration pour Picasso. Qu’une artiste pop, c’est-à-dire, mettons les choses en perspective : une créatrice de contenu pour adulescents, soit capable de rendre hommage à un artiste majeur du xxe siècle œuvrant dans une discipline pour adultes, la peinture, était plutôt à compter à son avantage, me semblait-il, et quoi qu’on pense par ailleurs du cubisme. Mais le follower de Gen Z s’offusqua qu’on puisse rendre hommage à un mâle toxique ayant maltraité systématiquement ses compagnes, déplaçant le débat sur le seul champ où il s’imagine avoir des compétences, non pas l’esthétique, mais la morale.…




L’histoire du cinéma hollywoodien est si profuse et si accidentée que bon nombre de ses meilleurs artisans ont parfois été oubliés. Si le Nouvel Hollywood a effectivement créé un appel d’air vertigineux et ouvert les voies d’une fièvre créatrice sans précédent, on a tendance à mettre au rencard certains réalisateurs antérieurs à cette nouvelle ère, considérés comme de simples « faiseurs ». Grave erreur ! L’âge d’or des majors a permis à tout un tas d’artistes frondeurs et inspirés de faire leurs armes dans le cinéma de genre qui faisait florès à l’époque, à commencer par le western ou le film noir. C’est le cas de Joseph H. Lewis, Budd Boetticher et Don Siegel, auxquels cet essai volumineux et passionnant tente de rendre leurs lettres de noblesse.
Le plus connu des trois, c’est bien sûr Don Siegel, auteur d’au moins deux chefs-d’œuvre : Body Snatchers, brûlot qui utilise la science-fiction comme prétexte à une parabole politique glaçante, et bien sûr L’Inspecteur Harry, épigone du vigilante movie, avec un Clint Eastwood inoubliable en flic revanchard dans les bas-fonds de San Francisco – lançant mine de rien cette mode des héros sans pitié qui allait occuper toute la décennie suivante.…

L’Incorrect
Retrouvez le magazine de ce mois ci en format
numérique ou papier selon votre préférence.

