
Culture


Comme toujours, lorsque je travaille sur une fiction française, je regarde mon pays et l’état dans lequel il se trouve. Comment les différentes plaques tectoniques ont reconstruit le paysage des humeurs et des problématiques sociétales. En clair, je tente de lire et comprendre l’inconscient collectif de mes compatriotes et de mon pays. Et comme Malik est un personnage qui navigue dans un milieu carcéral et criminel, je me dois de savoir qui gouverne le crime aujourd’hui, en France. Pendant longtemps, ce sont les Corses qui ont régné, à travers les filières de la French Connection ou les cercles de jeux à Paris. C’est pourquoi, le caïd était Corse dans le film et l’esclave, un Arabe. Aujourd’hui, les Corses ne sont plus tellement des patrons. Ils ont été chassés de Marseille par les Arabes qui, désormais, tiennent la ville. Tant au niveau de la rue que dans le monde des affaires, celui des délinquants à col blanc. Du coup, il devenait pertinent d’installer un homme d’affaires arabe dont l’esclave serait un jeune homme noir. Mais un jeune homme noir issu d’un département français. En l’occurrence, Mayotte ! Et là, ce n’est plus le racisme que l’on pointe (comme dans le film), mais la sujétion d’un individu miséreux face à un tout-puissant. Bien-sûr le racisme de certains Arabes à l’encontre des noirs entre en ligne de compte, mais il n’est pas le principal moteur de la série sur le plan de la soumission. [...]





Dans l’affaire Grasset-Bolloré, beaucoup de choses ont été dites. Mais il me semble que tout est vu de trop près. Pétitions, fracas, déclarations tonitruantes, attaques et répliques, cravates de soie et teeshirt anarchie, antifascisme globalisant et anti-élitisme spontané, salle de café, bureaux et plateaux télé… Dézoomons un peu et accédons à un point de vue plus panoramique. D’un côté, Vincent Bolloré reproche aux auteurs pétitionnaires et à Olivier Nora de se vivre comme une caste qui voudrait échapper aux règles communes, et il a raison, mais il a tort de le leur reprocher. Les œuvres de l’esprit ne sont pas de même nature que les autres, c’est manquer de perspicacité que de ne pas s’en rendre compte. Le papier encré avec talent ne vaut pas le papier tout court. C’est même une haute tradition française que de le savoir et de le défendre. Nous ne sommes pas des Anglais. En face, Virginie Despentes, en déléguée de classe qui se sape comme elle pense, c’est-à dire comme une ado des années 80, explique que la littérature n’est pas un truc de « bourge » (bien qu’elle le soit statistiquement, d’ailleurs) tentant de déjouer par là un ressentiment populiste dont elle légitimerait le fondement.…

KISS ALL THE TIME. DISCO, OCCASIONALLY, Harry Styles, Colombia-Sony Records, CD 15,99€
Il m’était impossible de passer à côté. Après Damiano David et Yungblud (j’aurais dû évoquer Sombr, aussi) je continue mon passage en revue des pop-stars incontournables de l’époque, cette fois-ci avec sans doute la plus massive, et pas la moins intéressante. En 2022, Harry Styles sort Harry’s House. Avant ça, je l’ignore presque tout à fait ; après la sortie de ce qui est, à sa façon, un chef-d’œuvre de pop contemporaine, il devient à mes yeux, malgré tous ses défauts et ses côtés insupportables, un artiste de grande envergure. Aux yeux du monde, maintenant, il fallait confirmer. Alors qu’en est-il ? Si le niveau, et l’effet de surprise, ne sont pas aussi forts, il faut avoir l’honnêteté d’avouer que c’est loin d’être raté. L’homme était parti à Berlin (où il dansait au Berghain la nuit, nous dit-on) pour enregistrer ces douze titres, et l’on sent que la musique électronique (et plus largement la musique qui fait danser) l’a intéressé durant la conception de ce disque. Il n’est pas impossible qu’il ait aussi pensé à Bowie, qui entre 1977 et 1979, avait métamorphosé sa vie et sa carrière dans cette même ville. Pour l’un comme pour l’autre, ça n’a en tout cas pas raté. Emmanuel Domont [...]
L’Incorrect
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