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« Love on trial » : nouille
Scandale dans un girl group japonais, on interdit l’amour et même la sexualité ! L’une des minettes kawai – ou à peu près, ne mégotons pas - est chopée avec un boyfriend, elle abdique. Une autre, l’héroïne, s'enfuit avec un mime magicien coiffé comme Yoko Tsuno. Un baiser dans une voiture, dramatisé à l’extrême, fait klaxonner les automobilistes : TÛT TÛT TÛT TÛT, c’est L'Empire des sens ! Mais voilà, les producteurs attaquent le couple pour rupture de contrat et leur avoir fait perdre plein de flouze. [...]
Sébastien Tellier se fout-il de nous ? En fait, non
Concernant Sébastien Tellier, j’ignore toujours s’il se fout de notre gueule ou si c’est à nous de nous foutre de la sienne. Être un génie naïf est une grâce rare. Légèreté et profondeur mêlées. Quelques notes de perversion enfantine. L’équilibre est précaire. Tout le monde n’est pas Charles Trenet ou le Douanier Rousseau. Loin s’en faut. Peut-être Tellier voulait-il être un Brian Wilson électronique, le Syd Barrett (co-fondateur de Pink Floyd et icône déraillante) de la French Touch. C’est sans doute viser un peu haut, planer à mille lieues. Perdu entre l’univers de Christophe et celui des Télétubbies, l’homme m’a toujours rendu perplexe. Tout cela serait plus simple s’il était un médiocre. Avec plus de dix albums à son actif, il est un compositeur et producteur reconnu. Pour son dernier disque, nommé Kiss The Beast, il revient après six années d’absence. [...]
© DR
Les critiques littéraires de mars

LES TENDRESSES DE ZANZIBAR
Thomas Morales,
Le Rocher, 120 p., 14€90 

Alors qu’elle vient d’être emportée par la maladie, un homme récapitule les beautés de son épouse et les splendeurs d’un amour trentenaire. Le style de Morales lui permet tout, en tout cas cet exercice délicat qui pourrait verser soit dans une élégie trop stridente soit dans un catalogue rébarbatif, mais qui se tient ici sur une ligne tendue d’émotion gainée dans d’éclatantes formules. « Le hasard nous avait fait naître dans une période charnière, entre la fin de l’embellie consumériste et le début des protocoles sanitaires, où les branleurs, tape-à-l’œil par manque d’assurance, et les filles bronzées tentaient de se rapprocher sans manuel éthique. » Portrait de la femme aimée, de son impact sur l’auteur, rappel d’un amour éclatant, évocation de ses panoramas culturels ou géographiques, drame de la maladie et de la mort, toutes ces dimensions sont évoquées de manière mélangée, comme dans une confusion éblouie au long d’une route que l’auteur emprunte pour fuir en vain cela même qu’il reconstitue.…

« La Danse des renards » : le contre-poison des frères Dardenne
Et si l’horrible cinéma belge sadique-social (les Dardenne, Lafosse, Wandel, etc.) avait trouvé à force son contre-poison ? Premier film de Valéry Carnoy, La Danse des renards, est ce pharmakon qui part du naturalisme pour arriver après des détours à la vérité des êtres, autre nom de leur mystère. Un jeune cador boxeur, interne en Sport-études, subit une blessure qui effrite sa motivation. [...]
« Les Rayons et les Ombres » : filmer l’Occupation, de Louis Malle à Xavier Giannoli
Faire un bon film sur la collaboration, c’est peut-être d’abord ça : comprendre ce qui a survécu du nazi en nous. Comment les démocraties modernes ont pu composer avec les nazis qui ont survécu, d’une part, mais aussi comment le nazisme a survécu dans nos cœurs. Xavier Giannoli s’empare du sujet à bras-le-corps, c’est le moins qu’on puisse dire. Imaginez un peu : une fresque de plus de trois heures sur deux figures oubliées (ou soigneusement mises sous le tapis) du collaborationnisme : le magnat de la presse Jean Luchaire et sa fille Corinne, starlette des années 30 que l’Occupation a freiné dans son élan et vouée à devenir, dans la mémoire de tous, une « pute à boches ». Tous deux ont profité des fastes et des largesses obtenues grâce à Otto Abetz, ami proche de Luchaire qui devient ambassadeur du Reich dans le Paris occupé, et se sert de leur aura pour cimenter une pseudo-amitié franco-allemande – au moment même où la rumeur des Alliés commence à donner à la France occupée un parfum de cendres. [...]
« Kairos » : Boissoudy illumine la Galerie Guillaume

On avait déjà rencontré le peintre pour ses magnifiques Épiphanies exposées aux Bernardins il y a deux ans. Sa technique de lavis et sa manière de peindre autour du blanc comme pour révéler la lumière brute, déjà présente, frappait le spectateur par un effet de pluie lumineuse qu’auraient déclenchée des circonstances spéciales : celles de certaines scènes bibliques, alors, auxquelles il rendait, en dépit du flou de sa touche, toute la précision vivante. Par sa figuration renouvelée dans l’éclat liquide, Boissoudy réanimait ces moments clés des évangiles, livrés à nous dans cette espèce de tremblement de l’instantané, d’éblouissement à la fois naturel et surnaturel, comme on ne l’avait jamais aperçu ailleurs.

© François-Xavier de Boissoudy, par Benjamin de Diesbach

À un autre degré du mystère

 Après ces « épiphanies », autant de manifestations de la lumière divine par la lumière naturelle, Boissoudy nous offre aujourd’hui des « kairos », ces « moments favorables », puisqu’en grec, le terme désigne une opportunité décisive.…

NÉO : l’éclat du côté sombre
Après l’orgueil, vous vous attaquez à la luxure, pourquoi cet ordre parmi les sept péchés capitaux ?

Quand j’ai décidé de faire cette série, j’avais déjà écrit le roman sur l’orgueil, j’ai eu ensuite l’idée de tirer le fil et d’élaborer tout un cycle. Ensuite, très franchement, j’avais le choix et j’avais déjà mes six autres histoires, mais j’avais envie d’écrire maintenant cette histoire de tableau fantastique. Les autres sont des histoires chacune très différentes mais il y a un lien entre les romans, un même personnage à la Calgiostro qui apparaît à chaque fois, avec les yeux vairons et les lettres « MH » pour initiales. C’est toujours lui qui déclenche le péché. Dans L’Île de l’orgueil (le premier roman du cycle, ndlr), il était le romancier qui renonce à écrire et il intervient dès lors pour donner du sens aux romans que j’écris et ainsi réaliser, en quelque sorte, des romans in vivo. C’est donc une espèce de double. Si le premier livre relevait du thriller psychologique à la Daphné du Maurier, là, je voulais élaborer quelque chose de moins construit, une suite de portraits développant quelque chose de vénéneux, de capiteux, de plus formaliste, fin-de-siècle. J’aime cette littérature de la fin du xixe siècle, morbide et complaisante… [...]
Rétrospective Seijun Suzuki : le maître des formes
À la fin des années 60, les grands studios japonais se tournent unanimement vers le cinéma d’exploitation pour concurrencer la télévision et notamment vers le « pinku », c’est-à-dire le cinéma érotique. Étrangement, c’est dans ce genre très codifié que s’émancipèrent plusieurs futurs maîtres, à commencer par Seijun Suzuki qui s’en servit pour expérimenter et parfaire sa vision très personnelle du cadre. La Marque du Tueur, chef-d’œuvre qu’on résume un peu trop vite à son influence capitale (Jarmusch, Tarantino) résume à lui seul toute l’ambition technique démesurée du réalisateur, qui parvient à bâtir une sorte de film abstrait monumental et lyrique à partir d’un scénario qui tient littéralement sur deux lignes. [...]

L’Incorrect

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