



LES TENDRESSES DE ZANZIBAR
Thomas Morales,
Le Rocher, 120 p., 14€90
Alors qu’elle vient d’être emportée par la maladie, un homme récapitule les beautés de son épouse et les splendeurs d’un amour trentenaire. Le style de Morales lui permet tout, en tout cas cet exercice délicat qui pourrait verser soit dans une élégie trop stridente soit dans un catalogue rébarbatif, mais qui se tient ici sur une ligne tendue d’émotion gainée dans d’éclatantes formules. « Le hasard nous avait fait naître dans une période charnière, entre la fin de l’embellie consumériste et le début des protocoles sanitaires, où les branleurs, tape-à-l’œil par manque d’assurance, et les filles bronzées tentaient de se rapprocher sans manuel éthique. » Portrait de la femme aimée, de son impact sur l’auteur, rappel d’un amour éclatant, évocation de ses panoramas culturels ou géographiques, drame de la maladie et de la mort, toutes ces dimensions sont évoquées de manière mélangée, comme dans une confusion éblouie au long d’une route que l’auteur emprunte pour fuir en vain cela même qu’il reconstitue.…



On avait déjà rencontré le peintre pour ses magnifiques Épiphanies exposées aux Bernardins il y a deux ans. Sa technique de lavis et sa manière de peindre autour du blanc comme pour révéler la lumière brute, déjà présente, frappait le spectateur par un effet de pluie lumineuse qu’auraient déclenchée des circonstances spéciales : celles de certaines scènes bibliques, alors, auxquelles il rendait, en dépit du flou de sa touche, toute la précision vivante. Par sa figuration renouvelée dans l’éclat liquide, Boissoudy réanimait ces moments clés des évangiles, livrés à nous dans cette espèce de tremblement de l’instantané, d’éblouissement à la fois naturel et surnaturel, comme on ne l’avait jamais aperçu ailleurs.

À un autre degré du mystère
Après ces « épiphanies », autant de manifestations de la lumière divine par la lumière naturelle, Boissoudy nous offre aujourd’hui des « kairos », ces « moments favorables », puisqu’en grec, le terme désigne une opportunité décisive.…

Quand j’ai décidé de faire cette série, j’avais déjà écrit le roman sur l’orgueil, j’ai eu ensuite l’idée de tirer le fil et d’élaborer tout un cycle. Ensuite, très franchement, j’avais le choix et j’avais déjà mes six autres histoires, mais j’avais envie d’écrire maintenant cette histoire de tableau fantastique. Les autres sont des histoires chacune très différentes mais il y a un lien entre les romans, un même personnage à la Calgiostro qui apparaît à chaque fois, avec les yeux vairons et les lettres « MH » pour initiales. C’est toujours lui qui déclenche le péché. Dans L’Île de l’orgueil (le premier roman du cycle, ndlr), il était le romancier qui renonce à écrire et il intervient dès lors pour donner du sens aux romans que j’écris et ainsi réaliser, en quelque sorte, des romans in vivo. C’est donc une espèce de double. Si le premier livre relevait du thriller psychologique à la Daphné du Maurier, là, je voulais élaborer quelque chose de moins construit, une suite de portraits développant quelque chose de vénéneux, de capiteux, de plus formaliste, fin-de-siècle. J’aime cette littérature de la fin du xixe siècle, morbide et complaisante… [...]

L’Incorrect
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