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Esclavage : mauvaise conscience imaginaire
Prêtre anglican, professeur émérite à l’Université d’Oxford et nouvellement nommé à la Chambre des Lords, Nigel Biggar figure aujourd’hui parmi les acteurs incontournables de la pensée politique britannique. Ses deux derniers ouvrages, What’s Wrong with Rights ? et Colonialism : A Moral Reckoning, faisaient le pari audacieux de prendre le contre-pied du droit-de-l’hommisme et du procès fait à l’empire britannique. Il récidive avec Slavery : The Tyranny of Imaginary Guilt, pour répondre aux militants qui ont fait du paiement de « réparations » aux descendants d’esclaves un totem politique, dans la foulée de Black Lives Matter. [...]
Hugo Jacomet, prophète du goût sartorial
Il y a des épiphanies dans la sphère de l’élégance, c’est ce dont témoigne Mathieu Bock-Côté, en préface de l’essai d’Hugo Jacomet, l’intellectuel québécois décidant, à la suite d’une maladie et d’une perte de poids rendant impropre toute sa garde-robe, d’entrer chez un tailleur pour la renouveler, ce qui reviendra bientôt à entrer en religion, celle du goût sartorial, grâce à Hugo Jacomet, son prophète. Jacomet également a vécu, au mi-temps de sa vie, pareille révélation et il en détaille les lumières à travers ce traité composé avec passion et sans programme, rassemblant des textes publiés sur Parisian Gentleman, le blog qui le rendit célèbre et lui permit d’évangéliser un monde plongé dans les ténèbres du conformisme débraillé. [...]
« Logocratie » de Clément Viktorovitch : blabla démocratique
La nouvelle marotte des sociologues et des plumitifs de gauche, c’est la post-vérité. Gérald Bronner, Asma Mhalla, tous se sont engouffrés dans ce fumeux concept à la suite d’Emmanuel Macron, petit lieutenant de la vérité autorisée – celle de l’Union européenne, de la gauche raisonnable, de l’égalitarisme comme seule socle métaphysique possible. Dans son nouveau forfait Logocratie, notre kapo préféré Clément Viktorovitch, l’autre « maître du logos » après Alain Soral, continue sans vergogne à s’auto-paraphraser et à vulgariser un siècle de philosophie moderne. Le plus touchant, c’est sans doute de voir à quel point ces amuseurs de plateaux télé sont incapables de penser un monde autrement qu’à l’aune d’une sacro-sainte démocratie – cette même démocratie que Platon et Aristote conspuaient précisément pour sa porosité à l’autoritarisme aveugle des foules. [...]
John Henry Newman : Foi incarnée
Il vient d’être proclamé Docteur de l’Église et co-patron de la mission éducative de l’Église avec saint Thomas d’Aquin. Le moment était donc propice à la publication d’une biographie renouvelée de John Henry Newman (1801-1890), et c’est chose faite grâce à Didier Rance, historien et diacre. Une biographie thématique plutôt que linéaire, construite comme une marionnette dont chaque chapitre serait un fil à tirer pour découvrir l’une des facettes de ce géant de la foi. [...]
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Peggy Sastre et Leonardo Orlando : un gars, une fille
Comment le déni des différences hommes-femmes s'est-il installé à l'université ?

On est passé, en quelques décennies, d’une simple méfiance à une vraie police de la pensée. Aujourd’hui, dans beaucoup de départements, la meilleure façon de faire carrière est de faire comme si les différences sexuelles n’avaient aucune pertinence pour comprendre le comportement humain. Ce qui est nouveau, c’est l’exportation de ce déni dans les sciences naturelles. Biologistes, neuroscientifiques, psychologues savent très bien que les sexes diffèrent en moyenne. Mais exposer ces résultats peut leur coûter un poste ou leur tranquillité. D’où une autocensure massive : on continue de produire des données, mais on enrobe les conclusions dans des précautions rhétoriques pour ne pas froisser la sensibilité du moment. Le phénomène est si intériorisé qu’il produit des scènes surréalistes. Au moment de notre censure, quelques chercheurs français « en vue » nous ont soutenus… en off. L’un d’eux a même envoyé un courrier à ses étudiants pour leur déconseiller d’évoquer l’affaire sur leurs réseaux sociaux. C’est un condensé parfait de l’époque : la vérité scientifique qui chuchote et la conformité morale qui hurle. [...]
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« Le Passé à venir » de Tim Ingold : générations entrelacées
Parmi les divers conflits qui hantent notre civilisation, il n’en est peut-être pas de plus latents et moins conscients que le conflit intergénérationnel. Les jeunes accusent les « boomers » de profiter du loisir de leur retraite, et ceux-ci les accusent en retour de paresse et de décadence. Retisser ce lien social moins politisé que les autres, c’est ce à quoi s’emploie dans un récent livre un penseur étonnant et inclassable, Tim Ingold, professeur émérite d’anthropologie sociale à l’université d’Aberdeen, également auteur d’une originale Histoire des lignes. [...]
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Denis Moreau : l’éternel retour des hérésies
On connaît la célèbre phrase de Chesterton sur les vertus chrétiennes devenues folles – mais personne ne rapporte jamais la suivante, pourtant tout aussi essentielle, qui explique pourquoi elles le sont devenues : « Le monde moderne est saturé de vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées l’une de l’autre et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. » [...]
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Grands Prix de L’Incorrect : une nuit troublée par l’or du champagne et l’éclat du prestige

Avec une sélection finale qui redonnait espoir quant à la possibilité pour la nation française de prétendre à nouveau à l’hégémonie littéraire, le nom du vainqueur du grand prix littéraire de L’Incorrect défiait les pronostics. Mais c’est finalement le Lyonnais Fabio Viscogliosi, artiste polyvalent (on le connait aussi pour ses albums de bandes dessinées et sa musique) qui a remporté cette nouvelle distinction. Sans doute que le jury littéraire réuni par le magazine culturel corrosif cherchait lui-même à se distinguer avec un livre insolite à plus d’un titre. D’abord, parce qu’il s’agit d’un roman inventif et cocasse dans un temps où dominent les confessions acrimonieuses. Ensuite parce que son argument est pour le moins original : de jeunes chômeurs cambriolent une entreprise ayant humilié le narrateur et découvrent dans leur butin un assemblage de dessins de maîtres du XXe siècle supervisé par Marcel Duchamp, sans savoir si l’objet est authentique ni comment le revendre.…

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