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Chantal Delsol : la chute de l’empire occidental
En quoi l’Occident moderne est-il un empire à la manière de Rome ?

Ce qui caractérise un empire, c’est qu’il n’accepte aucune limite, ni dans l’espace ni dans le temps. Dans l’espace tout est à lui, pour aujourd’hui ou pour demain. Dans le temps, il revendique l’immortalité. Si l’on veut il y a là une forme de provincialisme qui dit : ma particularité, c’est le tout. L’Empire romain voulait le monde entier, celui de son temps qui était le monde méditerranéen ; et il avait été prédit à Romulus que Rome durerait toujours, ce que les Romains ont longtemps cru. Les Occidentaux sont dans le même état d’esprit. Ils ont conquis par la force de la conquête une bonne partie du monde, puis par la culture l’espace entier du monde (aucune terre qui ne soit pas occidentalisée par nos apports originels) ; et encore dernièrement ils se croyaient immortels, si l’on se reporte par exemple à Fukuyama (la démocratie est le régime de la fin de l’histoire). On pourrait en dire tout autant, par exemple, de l’ex-empire soviétique ou de l’empire russe, qui se voient chargés l’un et l’autre d’une mission totale spatiale et temporelle, pour des raisons différentes dans les deux cas. [...]
Finkielkraut passe à la question
Les mots sont l’outil avec lequel travaillent ces artisans de la pensée qu’on appelle les philosophes, pour appréhender le monde. Tâche difficile et périlleuse qui, quand elle est mal exécutée, ajoute du malheur au monde selon la maxime camusienne. Alain Finkielkraut semble habité par cette leçon. Plutôt qu’à l’élaboration de pompeux systèmes ou l’annonce de prophéties qui se révèleront fausses, sa geste philosophique, plus modeste, plus scrupuleuse, et par-là plus précieuse, consiste à rendre compte, avec le plus de précisions possibles, selon les infinies variétés offertes par cette langue française qu’il chérit tant et manie si bien, de la comédie humaine. Penser, il ne peut le faire sans s’appuyer sur la foule de textes et d’auteurs qu’il a rencontrés chemin faisant ; autant de compagnons de route qui lui permettent d’accéder au monde, et qu’il cite abondamment pour leur dire toute sa reconnaissance d’avoir si bien su formuler les choses. On le sait trop bien, cette manière de philosopher, Finkielkraut l’a mise au service de la culture, au sens le plus large du terme, pour la défendre avec une extrême délicatesse face à tous les assauts qui lui sont lancés. La langue au service de la langue. [...]
Féminisme : splendeur de l’interdépendance
Un nouveau courant féministe conservateur se lève dans l’Anglosphère depuis quelques années, avec des figures comme Louise Perry ou Mary Harrington. Elles partagent une critique aiguisée du libéralisme et de l’indifférenciation des sexes, dont les femmes seraient les principales perdantes, contrairement aux idées reçues. Leah Libresco Sargeant, autrice américaine derrière le Substack Other Feminisms, s’inscrit dans cette tendance avec l’essai The Dignity of Dependence, qui remet en cause l’un des mythes centraux de l’époque : l’autonomie individuelle. [...]
« Technofascisme » : autohypnose et vérités partagées
Le mot « cyberpunk » a été créé dans les années 70 par un journaliste américain pour désigner ce nouveau courant littéraire qui était en train de révolutionner la science-fiction, et dont William Gibson ou Neal Stephenson furent les précurseurs en prophétisant un futur proche dominé par les excès du virtuel, contrôlé par des méga-corporations et inféodé à un capitalisme toujours plus sauvage. Soit une vision à peu près exacte de ce que nous vivons aujourd’hui à quelques détails près, puisque les technomanciens qui contrôlent les GAFAM se sont précisément inspirés de cette littérature pour concevoir leurs grands projets. [...]
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Mgr Wilhlem von Ketteler, l’évêque des ouvriers
S'il occupe l'une des premières places parmi les précurseurs du catholicisme social, Mgr Wilhlem von Ketteler est sans doute le plus méconnu en nos contrées, la faute à sa germanité. Jérôme Fehrenbach vient heureusement de combler ce manque avec une biographie remarquable qui forme, outre une chronique précise de la vie du célèbre évêque, une passionnante fresque spirituelle, politique et sociale de l'Allemagne du xixe siècle. Issu de l’aristocratie westphalienne, Ketteler débute sa carrière dans l'administration, qu'il quitte suite à l'embastillement d'un archevêque. Après deux ans de voyage et de lectures (dont Fénelon, Lacordaire et Maistre), il opte pour la prêtrise et est ordonné à 33 ans. Élu député dans l'Assemblée de Francfort suite aux événements de 1848, il se fait connaître en prononçant l'oraison funèbre de deux députés assassinés. Très vite, son énergie, sa combativité, son tempérament de feu (son nez a été déformé lors d'un duel) lui bâtissent une solide réputation. Six ans après son ordination, le voilà fait évêque de Mayence. [...]
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Léon Harmel, modèle du bon patron catholique
Dans cette nuit des âmes que fut le xixe siècle se sont élevées quelques-unes des plus admirables étoiles à avoir brillé dans le ciel de la foi. La biographie de son descendant Émeric Saucourt-Harmel le montre bien : Léon Harmel fut à lui seul une constellation, formant une croix de mille œuvres lumineuses. Jeune, il est attiré par les choses religieuses et rêve de la prêtrise – mais les circonstances, cet autre nom de la Providence, le conduisent ailleurs : une grande histoire d’amour avec Gabrielle lui fait embrasser l’état laïc ; la fatigue de son père et le départ de ses frères le poussent à reprendre l’entreprise familiale, la filature du Val-des-Bois à Warmeriville (Marne), dont il aura la direction de 1854 jusqu’à sa mort. [...]
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Maxence Carsana : les relations hommes-femmes sur le divan
Pour quelles raisons l’entente des deux sexes s’est-elle dégradée dans la génération Z ?

Il ne faudrait pas sombrer dans le catastrophisme. La dégradation que l’on observe concerne principalement les discours sur les réseaux qui, s’ils tendent à déborder sur la vie réelle des jeunes, suscitent plus des inquiétudes que des actes. La plupart de ces jeunes se contenteront de regarder ces « conseils » relationnels en se demandant s’ils sont normaux et s’ils ont besoin de faire la même chose pour avoir une chance. Ils choisiront le repli et se contenteront de « scroller » dans leur coin. Il existe trois facteurs : une absence d’éducation sur la psychologie des deux sexes qui ne fait plus l’objet que d’un apprentissage dans les échecs à répétition ; une fragilisation de la « sociabilité organique » (le fait de pouvoir faire des rencontres sans le chercher explicitement en vivant sa vie) ; et un « paradoxe du choix » qui alimente une anxiété de performance difficile à supporter. Ces jeunes n’ont plus accès à l’indulgence et à la découverte maladroite de l’autre. Les attentes sont plus hautes bien plus tôt et la moindre erreur peut faire l’objet d’un enregistrement qui ressortira plus tard. La rencontre devient une guerre de tranchées où chacun attend que l’autre assume le risque du premier pas. [...]
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Alexandre Devecchio : la gratitude d’un « transfuge de classe »
Les récits de « transfuges de classe » sont partout. Ces écrits à la fois autobiographiques et sociologiques, dans lesquels les auteurs racontent leur ascension sociale à partir de milieux modestes, fascinent nos élites à la manière d’un nouvel orientalisme qui en dit long sur l’absence de dialogue entre les classes sociales aujourd’hui. Il y a quelque chose d’exotique pour les bourgeois ennuyés à lire sur « ces gens-là », avec lesquels ils n’ont jamais de contact, sur le mode du misérabilisme. [...]

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