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Peggy Sastre et Leonardo Orlando : un gars, une fille
Comment le déni des différences hommes-femmes s'est-il installé à l'université ?

On est passé, en quelques décennies, d’une simple méfiance à une vraie police de la pensée. Aujourd’hui, dans beaucoup de départements, la meilleure façon de faire carrière est de faire comme si les différences sexuelles n’avaient aucune pertinence pour comprendre le comportement humain. Ce qui est nouveau, c’est l’exportation de ce déni dans les sciences naturelles. Biologistes, neuroscientifiques, psychologues savent très bien que les sexes diffèrent en moyenne. Mais exposer ces résultats peut leur coûter un poste ou leur tranquillité. D’où une autocensure massive : on continue de produire des données, mais on enrobe les conclusions dans des précautions rhétoriques pour ne pas froisser la sensibilité du moment. Le phénomène est si intériorisé qu’il produit des scènes surréalistes. Au moment de notre censure, quelques chercheurs français « en vue » nous ont soutenus… en off. L’un d’eux a même envoyé un courrier à ses étudiants pour leur déconseiller d’évoquer l’affaire sur leurs réseaux sociaux. C’est un condensé parfait de l’époque : la vérité scientifique qui chuchote et la conformité morale qui hurle. [...]
« Le Passé à venir » de Tim Ingold : générations entrelacées
Parmi les divers conflits qui hantent notre civilisation, il n’en est peut-être pas de plus latents et moins conscients que le conflit intergénérationnel. Les jeunes accusent les « boomers » de profiter du loisir de leur retraite, et ceux-ci les accusent en retour de paresse et de décadence. Retisser ce lien social moins politisé que les autres, c’est ce à quoi s’emploie dans un récent livre un penseur étonnant et inclassable, Tim Ingold, professeur émérite d’anthropologie sociale à l’université d’Aberdeen, également auteur d’une originale Histoire des lignes. [...]
Denis Moreau : l’éternel retour des hérésies
On connaît la célèbre phrase de Chesterton sur les vertus chrétiennes devenues folles – mais personne ne rapporte jamais la suivante, pourtant tout aussi essentielle, qui explique pourquoi elles le sont devenues : « Le monde moderne est saturé de vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées l’une de l’autre et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. » [...]
Grands Prix de L’Incorrect : une nuit troublée par l’or du champagne et l’éclat du prestige

Avec une sélection finale qui redonnait espoir quant à la possibilité pour la nation française de prétendre à nouveau à l’hégémonie littéraire, le nom du vainqueur du grand prix littéraire de L’Incorrect défiait les pronostics. Mais c’est finalement le Lyonnais Fabio Viscogliosi, artiste polyvalent (on le connait aussi pour ses albums de bandes dessinées et sa musique) qui a remporté cette nouvelle distinction. Sans doute que le jury littéraire réuni par le magazine culturel corrosif cherchait lui-même à se distinguer avec un livre insolite à plus d’un titre. D’abord, parce qu’il s’agit d’un roman inventif et cocasse dans un temps où dominent les confessions acrimonieuses. Ensuite parce que son argument est pour le moins original : de jeunes chômeurs cambriolent une entreprise ayant humilié le narrateur et découvrent dans leur butin un assemblage de dessins de maîtres du XXe siècle supervisé par Marcel Duchamp, sans savoir si l’objet est authentique ni comment le revendre.…

Jean Vioulac : anatomie d’une catastrophe
Le philosophe Jean Vioulac est l’un des seuls penseurs contemporains à affronter lucidement notre époque et à tâcher de déterminer sa situation inédite, celle de la « catastrophe », de la possibilité toujours plus proche de notre auto-anéantissement. Ce nouveau livre ne déroge pas à sa méthode habituelle : un style sobre et technique, dénué de toute facilité lyrique, mais d’autant plus brûlant par la profondeur des analyses. Il se confronte en permanence aux grands philosophes qui ont pensé notre modernité : Hegel, Marx, Freud. [...]
Julien Rochedy : à la recherche de l’identité perdue

Julien Rochedy s’affirme de plus en plus comme un penseur. Il aborde dans son dernier opus une question qu’il juge occultée : celle de l’identité des « Blancs ». À rebours du discours dominant qui considère la « blancheur » comme une construction vide ou coupable, il tente d’en proposer une généalogie historique et culturelle. Son ambition est vaste : comprendre ce que recouvre cette identité, pourquoi elle est devenue taboue et comment se la réapproprier, en donnant du sens à plus de trois mille ans d’histoire. Le pari est tenu.

Comment penser l’identité blanche sans tomber dans le racisme biologique ? Pour Rochedy, la négation de cette identité empêche de saisir la crise actuelle de l’Occident : sentiment de culpabilité, effacement culturel, perte de confiance en soi. Son essai cherche donc à redonner sens à une appartenance collective niée par la gauche, cette identité qu’il définit comme une empreinte : « Nous sommes toujours empreints de notre culture, de notre histoire, de notre peuple, souvent malgré nous. 

Charles Maurras : un roi pour sauver la France
À l’heure où la République vacille, il est essentiel de se replonger dans les leçons du maître de l’anti-républicanisme, Charles Maurras (1868-1952). Hasard du calendrier, les éditions de Flore viennent de republier plusieurs textes importants qui n’étaient plus trouvables. Dictateur et roi, écrit par Maurras avec son ami Frédéric Amouretti à l’été 1899, paraît pour la première fois en 1903 dans La Revue d'Action française, avant d’être repris en appendice de l’Enquête sur la monarchie (1924). En pleine affaire Dreyfus, dans les jours qui suivent les arrestations du 12 août orchestrées par le gouvernement de Défense républicaine, Maurras ramasse le gant que vient de laisser la Haute-Cour à l’opposition antirépublicaine, suite au coup d’État raté de Déroulède. Ce texte court, écrit pour hâter les conversions royalistes, doit montrer que le régime monarchique constitue la solution la plus propice au salut national : le roi sera d’abord dictateur pour rétablir la situation (cette partie du texte, très circonstancielle, a été ensuite réduite, de même que les pages relatives à la « question juive »), puis roi. [...]
Entretien avec Olivier Dard : l’Ordre Moral, Dieu premier servi
Qu'est-ce que l'« Ordre Moral » ?

L’Ordre Moral renvoie à une formule du Maréchal de Mac Mahon, nouvellement élu à la présidence de la République et qui déclare le 25 mai 1873 : « Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée […], l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre de libération de notre territoire et du rétablissement de l’ordre moral. » L’Ordre Moral stricto sensu renvoie à une séquence historique qui débute alors et s’achève au lendemain du succès républicain après la crise du 16 mai 1877. Cet épisode bref, souvent minoré dans l’historiographie et brocardé par la mémoire républicaine, méritait d’être analysé à nouveaux frais. C’est l’objet de ce livre dirigé avec Bruno Dumons et qui réunit des spécialistes d’histoire politique et religieuse. [...]

L’Incorrect

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