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Julien Rochedy : à la recherche de l’identité perdue

Julien Rochedy s’affirme de plus en plus comme un penseur. Il aborde dans son dernier opus une question qu’il juge occultée : celle de l’identité des « Blancs ». À rebours du discours dominant qui considère la « blancheur » comme une construction vide ou coupable, il tente d’en proposer une généalogie historique et culturelle. Son ambition est vaste : comprendre ce que recouvre cette identité, pourquoi elle est devenue taboue et comment se la réapproprier, en donnant du sens à plus de trois mille ans d’histoire. Le pari est tenu.

Comment penser l’identité blanche sans tomber dans le racisme biologique ? Pour Rochedy, la négation de cette identité empêche de saisir la crise actuelle de l’Occident : sentiment de culpabilité, effacement culturel, perte de confiance en soi. Son essai cherche donc à redonner sens à une appartenance collective niée par la gauche, cette identité qu’il définit comme une empreinte : « Nous sommes toujours empreints de notre culture, de notre histoire, de notre peuple, souvent malgré nous. 

Charles Maurras : un roi pour sauver la France
À l’heure où la République vacille, il est essentiel de se replonger dans les leçons du maître de l’anti-républicanisme, Charles Maurras (1868-1952). Hasard du calendrier, les éditions de Flore viennent de republier plusieurs textes importants qui n’étaient plus trouvables. Dictateur et roi, écrit par Maurras avec son ami Frédéric Amouretti à l’été 1899, paraît pour la première fois en 1903 dans La Revue d'Action française, avant d’être repris en appendice de l’Enquête sur la monarchie (1924). En pleine affaire Dreyfus, dans les jours qui suivent les arrestations du 12 août orchestrées par le gouvernement de Défense républicaine, Maurras ramasse le gant que vient de laisser la Haute-Cour à l’opposition antirépublicaine, suite au coup d’État raté de Déroulède. Ce texte court, écrit pour hâter les conversions royalistes, doit montrer que le régime monarchique constitue la solution la plus propice au salut national : le roi sera d’abord dictateur pour rétablir la situation (cette partie du texte, très circonstancielle, a été ensuite réduite, de même que les pages relatives à la « question juive »), puis roi. [...]
Entretien avec Olivier Dard : l’Ordre Moral, Dieu premier servi
Qu'est-ce que l'« Ordre Moral » ?

L’Ordre Moral renvoie à une formule du Maréchal de Mac Mahon, nouvellement élu à la présidence de la République et qui déclare le 25 mai 1873 : « Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée […], l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre de libération de notre territoire et du rétablissement de l’ordre moral. » L’Ordre Moral stricto sensu renvoie à une séquence historique qui débute alors et s’achève au lendemain du succès républicain après la crise du 16 mai 1877. Cet épisode bref, souvent minoré dans l’historiographie et brocardé par la mémoire républicaine, méritait d’être analysé à nouveaux frais. C’est l’objet de ce livre dirigé avec Bruno Dumons et qui réunit des spécialistes d’histoire politique et religieuse. [...]
Mathieu Bock-Côté et Adrian Pabst : comment renverser les élites qui nous détruisent
Quel regard portez-vous sur la situation de la France actuelle ? Crise de régime, crise politique ou crise institutionnelle ?

Adrian Pabst : C’est tout d’abord une crise économique. Le modèle économique est en morceaux, le problème est structurel car l’État providence n’est plus du tout en mesure de continuer tel qu'il est. C’est aussi une crise politique puisqu’il n’y a plus de majorité, et c’est une crise institutionnelle puisque le fonctionnement du Parlement comme de la présidence est remis en cause. Enfin, c’est une crise de la démocratie en raison de la déconnexion des élites vis-à-vis du peuple, notamment sur l’Europe, l’immigration de masse et la mondialisation. Les institutions ne représentent plus le peuple. La crise du gouvernement représentatif est une crise de légitimité.

Mathieu Bock-Côté : C’est avant tout une crise de régime mais qui s’ancre dans le temps long et qui repose sur les conséquences du cordon sanitaire. Un « front républicain » qui ne date pas de 2024. À quoi insistons-nous depuis la fin des années 80 ? Une part de plus en plus grande du peuple français est renvoyée dans le camp des factieux et accusée du délit d’antirépublicanisme. Je me permets de rappeler qu’à la présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Éric Zemmour étaient peut-être dans l’impossibilité de se présenter pour manque de signatures alors qu’ils représentaient près de 50% de l’électorat. Et certains s’en félicitaient ! Aujourd’hui, le décor démocratique des temps ordinaires s’effondre et laisse apparaître une élite qui veut conserver le pouvoir à tout prix. On limite l’accès des insurgés à l’Assemblée nationale, et quand ils y arrivent, on les délégitimise et s’ils gagnent les élections, le régime se verrouillera. [...]
Éric Zemmour : SOS Chrétiens d’Occident
Nous avions quitté Éric Zemmour un peu sonné par les affres du combat politique. Nous le retrouvons avec un essai, relativement court et moins politique, touchant plus directement grandes questions. Et l’on se dit dès l’abord, nous qui avons grandi avec lui, qu’il n’aurait jamais dû quitter l’arène du débat d’idées, là où sa culture, sa vivacité et son esprit de synthèse s’expriment le mieux. Dans La Messe n’est pas dite, il appelle au sursaut judéo-chrétien pour défendre une civilisation que l’on sait menacée de mort. Il n’est pas tant question de foi que de l’environnement culturel dans lequel nous vivons. Si Chantal Delsol actait en 2021 la fin de la chrétienté, Zemmour veut encore faire battre une flamme d’espérance. [...]
Emmanuelle Hénin : « Le post-libéralisme, une réponse à la crise de la démocratie ? »

Qu’y a-t-il de commun entre toutes les crises auxquelles notre pays est confronté : désindustrialisation, dette insoutenable assortie d’une fiscalité galopante, immigration incontrôlable et records de criminalité, asphyxie bureaucratique de l’État aux 400 000 normes, discrédit de la justice ? Comment expliquer les paradoxes d’un État ultra-dépensier mais incapable de maintenir à flot les services publics, omniprésent mais souvent impuissant ? Un État qui donne un milliard d’euros par an aux associations luttant contre sa politique migratoire, qui n’apprend plus à lire ni à compter à nos enfants, mais considère comme une priorité de leur enseigner qu’ils sont peut-être nés dans le mauvais corps ?

Loin d’être conjoncturelle, cette crise tient aux fondements philosophiques du libéralisme, qui considère la société comme un agrégat d’individus sans liens naturels

Et si tous ces phénomènes étaient le fait d’une seule et même crise, celle du libéralisme ? Telle est l’hypothèse d’Adrian Pabst, professeur à l’université du Kent, qui publie ces jours-ci Penser l’ère post-libérale.…

Chez les Anglo-Saxons : le monde postlibéral qui vient
Le postlibéralisme incarne l’un des courants d’idées les plus dynamiques de la nouvelle droite anglo-américaine, proposant une rupture avec le libéralisme comme principe moteur du politique au profit d’une conception substantielle du bien commun. Principalement théorisée par des politologues comme Adrian Pabst, des philosophes comme Patrick Deneen ou des juristes comme Adrian Vermeule, voilà que le macroéconomiste irlandais Phillip Pilkington ancre cette doctrine dans une sphère plus concrète des politiques publiques avec The Collapse of Global Liberalism. [...]
Les essais à lire et à fuir d’octobre
À LIRE

LA PROFONDEUR DU PRÉSENT, RÉMI BRAGUE AVEC CHARLES-HENRI D'ANDIGNÉ, Hermann, 274 p., 15 €

Membre de l’Institut et professeur émérite à l’université Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la pensée médiévale et auteur d’une trentaine d’ouvrages touchant à des thèmes très divers, Rémi Brague est de la race de ces grands érudits qui ont fait la gloire de l’Europe. Le lecteur potentiel pourrait s’en trouver intimidé ; un livre d’entretien vient heureusement y remédier et offrir une porte d’entrée idéale dans son œuvre. Conduite avec intelligence par Charles-Henri d'Andigné, journaliste à Famille chrétienne, la discussion est très bien structurée : entre une ouverture sur ses jeunes années, et une conclusion consacrée à ses appétences culturelles, Brague passe en revue, dans l’ordre chronologique, les grandes étapes de la pensée occidentale, avec ce sens de l’éclairage, de la nuance et de la précision qui ont fait son renom. Il est aussi question de souvenirs, d’amitiés et de lectures ; et l’on y découvre la relation organique qu’entretient un édifice intellectuel, que l’on imagine à tort froidement bâti depuis une tour d’ivoire, avec la vie vécue de son auteur, au hasard des occasions et des rencontres. Pour ceux qui ne connaissent que l’écrivain, c’est aussi l’occasion de découvrir l’homme qu’il cache, sa culture monumentale avec une appétence particulière pour les langues, la pente nostalgique de celui qui  fut privé trop tôt de présence paternelle, le tintinophile de premier ordre et l’insatiable amateur de calembours aussi – le tout servi par une bonhomie communicative. Rémi Carlu [...]

L’Incorrect

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