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Carte noire pour Nanoucha Van Moerkerkenland : Esprits du livre
J'ai brûlé, noyé, dispersé et planté mon livre. Un roman rendu à la terre qu’il raconte, offert aux éléments. Geste fou. On pense au tableau d’Ilya Répine représentant Gogol en train d'immoler Les âmes mortes avec un œil halluciné. On pense aux textes saints voués à l’inhumation. On pense au sort réservé à l’exception agricole française dans une Europe qui pactise avec le Mercosur. Après une vingtaine de titres publiés (romans de société et ouvrages en tant que ghostwriter) Honoré (Le Cherche-Midi, 2026) était le premier à se prêter au jeu. De la mise en scène à la mise en ligne (www.espritsdulivre.fr), j’ai pris plaisir à l'écarteler, à le creuser, à l’immerger et à l’incendier. Sans trucages, avec les moyens du bord et en laissant l'IA au vestiaire, j'ai esquissé sa métamorphose. J'ai forcé ses résistances, découpé, arraché, froissé. La lame a percé ma peau avant d’entamer les pages. Mon éditeur m'avait pourtant appris qu'il n'est pas nécessaire de tuer un personnage pour que vive son idéal ; qu'il me pardonne d'avoir martyrisé un livre. Sur les photographies : des papillons de papier s'échappent de son ventre, des poissons nagent sur son dos, des flammes le dévorent, un arbre pousse du fond de ses entrailles. Et la littérature fait un pas dans le champ des arts plastiques. [...]
François Cérésa… sort la sulfateuse
Quel est le plus grand traître français ?

Le comte de Bourmont. Aristocrate, il est contre la Révolution. On le retrouve dans l’Armée de Condé pour combattre la République. À Valmy, il est avec les Prussiens. Lors du débarquement des émigrés à Quiberon en 1795, il est encore là. Plus tard, il accepte de Napoléon le grade de colonel. Bourmont est une girouette qui n’attend pas de rouiller pour se fixer. C’est un vol-au-vent. Il est avec Ney lors du retour de Napoléon de l’île d’Elbe. Comme on le sait, Ney, qui a trahi l’Empereur, s’agenouille devant lui et trahit donc Louis XVIII. Bourmont l’imite. Mais en bon faux-jeton, il avertit quand même le gouvernement royaliste… Pistonné par les généraux Gérard et de La Bédoyère, et surtout par Ney, il obtient le commandement d’une division à Waterloo. Mais là, ni une ni deux, à la veille de la bataille, il passe à l’ennemi. Il lèche les bottes des Prussiens. Comme l’a dit Talleyrand, expert en matière de traîtrise : « La trahison est une question de dates. » Bourmont a choisi la sienne. [...]
Plus douce sera la chute : plongée dans les catacombes 
« Les catacombes parisiennes, c’est un truc de touristes », me dit Jules. J’ai pourtant du mal à cacher ma déception lorsqu’il m’annonce que notre petite excursion ne se fera pas, stricto sensu, sous les rues parisiennes, mais un peu plus loin, en banlieue. Jules me balance ça sans morgue ni mépris, juste avec la conscience éclairée de ceux qui savent. Silhouette gracile mais noueuse, petite moustache de dandy, on a du mal à lui donner un âge ou une profession. D’ailleurs, il est peut-être encore étudiant. Pas évident de se faire une idée. Sur tous les points Jules reste discret, à quelques jours du rendez-vous. Les cataphiles aiment entretenir l’idée d’une vie parallèle. Ce qui se passe sous terre ne relève pas du monde réel, des grossièretés de la surface, des patauderies de l’état civil. Ici, personne ne donne son vrai nom. Parler de son travail, de sa vie à la surface, c’est presque de l’impolitesse. Il y a ce contrat tacite dans les catacombes : oubliez qui vous êtes. Laissez à l’entrée les oripeaux de votre ego clinquant. Dans les catacombes, il y a cette idée qu’on n’est pas totalement soi. Ou alors qu’on peut enfin l’être, justement, en dépit de ses fonctions officielles et la rustrerie administrative. [...]
Le Canon français : tirs de riposte
Pouvez-vous revenir sur les évènements survenus à Caen ?

Nous avons organisé à Caen notre banquet géant traditionnel, qui s’est révélé être un grand succès, avec plus de 4 300 participants. La députée insoumise Emma Fourreau a tenté de faire interdire la tenue du banquet en lançant une pétition… au prétexte que nous serions des nazis, des misogynes et des agents de l’extrême-droitisation des esprits.

Je tiens d’abord à dire qu’il s’agit d’accusations fausses et extrêmement graves, qui ont été d’ailleurs en partie montées par le journal Libération. Nous avons un service de sécurité très compétent qui ne laisserait jamais passer quoi que ce soit de politisé, et encore moins d’illégal – comme un salut nazi. Nous serions les premiers à évacuer des personnes qui se livreraient à de tels actes et d’ailleurs nous avons rédigé une charte dans laquelle nous proscrivons clairement toute démonstration politique ou militante. C’est du bon sens, a fortiori lorsque vous réunissez autant de personnes autour d’une table avec de l’alcool : c’est à nous d’éviter les discussions houleuses, voire l’effet « repas de Noël » qui finit fatalement en invectives. Au contraire, nous sommes là pour rassembler les gens et recréer du lien. Ce qui implique que chacun soit respectueux, et chacun l’est. [...]
Non, l’immigration ne paiera pas nos retraites

De l’extrême gauche à l’aile droite de la macronie, c’est devenu l’argument principal en faveur de l’immigration : elle serait le seul moyen de compenser le déséquilibre démographique des vieux pays occidentaux, afin de maintenir notre généreux modèle social à l’équilibre. En clair, il faudrait plus d’immigrés pour sauver notre système de retraite. Beaucoup a déjà été dit sur le scandale moral que recouvre cette proposition, à savoir l’idée, très néo-coloniale, selon laquelle les pays occidentaux doivent pouvoir continuer à jouir de leur niveau de vie confortable en aspirant simplement les forces vives des pays plus pauvres – et tant pis pour ces pays qui perdent leurs jeunes actifs dans l’équation, et avec eux la possibilité de se développer pour de bon.

Mais il manquait encore une déconstruction en règle de cette thèse sur le plan strictement mathématique et économique. C’est chose faite grâce à l’observatoire Hexagone, qui publie ce jeudi une étude en la matière.…

Éditorial d’Arthur de Watrigant : Printemps de façade

Il y a, dans le mois de mai, une grâce française. Non pas celle éclatante de l’été, qui se donne tout entière et finit souvent par se dissiper dans sa propre profusion, mais une grâce plus retenue. Les soirs s’allongent sans peser encore, les premiers rayons de soleil vous rehaussent l’extrémité des lèvres tandis que les rétines scintillent devant les robes encore froissées par le placard hivernal. La lumière s’attarde sur les façades sans vulgarité et les arbres redéploient leur majesté. Soudain, le pays se remet à respirer. La France n’est pas seulement un territoire, ni simplement une histoire, elle est aussi une manière d’accorder les choses. Quelque chose qui relève moins de l’organisation que de la composition. Mais cette justesse des lieux contraste avec le désordre des âmes. Comme si le pays retrouvait, le temps de quelques semaines, une forme de présence à lui-même, tandis que nous demeurions en retrait, incapables de répondre à ce qui nous était offert.…

Le mois d’avril d’un mot : empyrée
« C’est l’empyrée immense et profond qu’il me faut / La terre n’offrant rien de ce que je réclame » Victor-Hugo, un peu à l’étroit sur Terre, rêvait de l’empyrée (mot poétique pour dire ciel) dont l’infinitude serait plus à sa taille. Mais Reid Wiseman, commandant de la mission Artémis II, de retour de l’espace, ayant, lui, visité l’empyrée pour de vrai, se réjouissait, le 11 avril dernier, de retrouver le plancher des vaches : « C’est extraordinaire d’être humain, c’est extraordinaire d’être sur la planète Terre. » [...]
Patrimoine des ministres : la transparence ne sert à rien

Le spectacle est désormais bien rodé : celui d’une transparence affichée, presque ritualisée, où les patrimoines ministériels s’exposent au grand jour… et disent parfois bien plus qu’ils ne devraient.Les écarts sautent aux yeux. Près d’un ministre sur deux tutoie le million d’euros, avec un patrimoine moyen qui flirte avec les 1,5 million. À côté de ces réussites patrimoniales, quelques profils plus hésitants rappellent que l’aisance ne garantit pas toujours le sens de la gestion.

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), née dans la foulée du scandale Cahuzac en 2013, veille au grain — du moins en théorie. Elle a récemment invité quatorze ministres à se déporter sur certains dossiers sensibles, tandis que plusieurs déclarations ont dû être corrigées.

Le cas Barbut, ou l’écologie à géométrie variable

C’est sans doute le cas de Monique Barbut qui concentre le mieux les ambiguïtés du moment. Ancienne figure du WWF, incarnation d’une écologie institutionnelle sûre d’elle-même, la ministre de la Transition écologique présente un profil patrimonial pour le moins révélateur.…

L’Incorrect

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