Skip to content
Léon XIV vs Donald Trump : vrai Messie et faux prophète

La confrontation devait arriver, mais on ne l’imaginait pas si violente. Tout a commencé dimanche, sur la base militaire d’Andrews, dans le Maryland : « Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. C’est quelqu’un de très progressiste et peu soucieux de la lutte contre la criminalité », déclarait Donald Trump, l’accusant notamment de « faire joujou avec un pays qui souhaite se doter de l’arme nucléaire ».

Lundi, le président récidivait dans un long message posté sur son réseau social Truth, qui accusait pêle-mêle Léon XIV de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien, de s’être opposé à l’opération militaire au Venezuela et de rencontrer des sympathisants de Barack Obama. « Je ne veux pas d’un pape qui critique le président des États-Unis parce que je fais ce pour quoi j’ai été élu ». Surtout, il expliquait que Léon avait été élu pape parce que le Vatican aurait vu en cet Américain le meilleur moyen de contrôler Trump.…

Ghislain Benhessa… sort la sulfateuse
Vous démontrez que l’UE est une hydre à deux têtes. D’un côté la Commission dirigée par l’ineffable Ursula von der Leyen, et de l’autre la Cour de justice.

Ursula von der Leyen se rêve en impératrice. Sa chevelure blonde incarne l’UE. Mais les pouvoirs dont elle dispose, ainsi que la Commission, dépendent largement de la puissance de frappe des juges européens, qui assomment dans l’ombre les États. Au fond, si l’Europe avance à bride abattue, imposant son fédéralisme par petites touches irréversibles, c’est grâce à ses robes noires. Nul ne les connaît, et pourtant, depuis les années 1960, ce sont eux qui dévitalisent la souveraineté des peuples. Retranchés à Luxembourg, ils font le boulot. [...]
Marcel Gauchet : Audiovisuel public, stop ou encore ?
Depuis plusieurs mois, la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public cristallise beaucoup de tensions. Quelles en sont les raisons ? Une commission d’enquête était-elle nécessaire ?

Cette commission d’enquête a transporté sur la scène publique une bataille idéologique qui traverse la société française : la bataille de la protestation dite « populiste » contre le « progressisme » officiel. Dans cette bataille, les médias sont un enjeu central. Étant donné son objet, comment une telle commission aurait-elle pu ne pas faire des remous ? La pugnacité de son rapporteur a fait le reste. Par principe, je crois à l’utilité de ces commissions, quand elles veulent bien ne pas être paresseuses ou complaisantes. Dans un système où chaque sous-système revendique son indépendance au motif qu’il est là pour défendre la cause sacrée de la liberté contre l’autorité, il est salutaire que celle-ci rappelle son existence et son rôle indispensable de gardienne de l’intérêt général. Il y a deux questions différentes à ce propos, une question de gestion et une question d’orientation. Première question : l’audiovisuel public fait-il bon usage des moyens qui lui sont alloués ? Question importante, certainement, mais somme toute banale. Elle n’a pris un tour inflammable, en la circonstance, qu’en fonction de la seconde question, beaucoup plus épineuse : l’audiovisuel public est-il pour de bon au service du public ? La question est difficile à récuser, on en conviendra. Elle s’imposait d’autant plus dans le cas particulier qu’une partie importante de ce public potentiel juge, à tort ou à raison, ne pas être pris en compte ou pire, être explicitement maltraité au profit d’une orientation partisane. C’est un reproche grave qui méritait amplement d’être soulevé et examiné. [...]
Audiovisuel public : J’accuse…! Par Charles Alloncle
Pour quelles raisons avez-vous lancé cette commission d’enquête sur l’audiovisuel public ?

Nous l’avons lancée avec Éric Ciotti et le groupe UDR pour trois raisons principales. D’abord, les inquiétudes légitimes des Français sur l’absence de neutralité de l'audiovisuel public. Ensuite, les rapports successifs très préoccupants de la Cour des comptes et de l'Inspection générale des finances, qui contredisent la communication officielle de France Télévisions sur l’état des comptes de l’entreprise. Enfin, les soupçons de conflits d'intérêts multiples qui minent son fonctionnement depuis des années. [...]
Éditorial d’Arthur de Watrigant : La loi du milieu

Rachida Dati a perdu, Patrick Cohen jubile sur France Inter. Il n’a pas tort ce lundi 23 mars au matin. Toutes les planètes étaient alignées, des retraits de listes à la réforme du scrutin qui l’inquiétait quelques mois plus tôt, comme nous le révélions dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Legrand-Cohen. Mais voilà, la sentence est tombée, l’ex-ministre de la Culture ne siègera pas rue de Rivoli. Pour service rendu (sic), le château de Versailles lui ouvre ses portes, il y a pire comme antichambre pour attendre les procès. Emmanuel Grégoire peut souffler. L’affaire ignoble du réseau pédocriminel dans le périscolaire parisien ne l’a pas affecté. Il annonce l’avenir en grande pompe : toujours plus de HLM, et le paradis des LGBT. La cohabitation s’annonce rock’n’roll. Mais Paris n’est pas la France, et les municipales ne sont pas une élection nationale. Tirer des conclusions pour 2027 s’avère périlleux.…

Carte noire pour Matthieu Falcone : le degré de reptation
Hier, mon ami professeur professait. « Dans l’enseignement, un degré d’avancement, une bonne notation, un emploi du temps conciliant, tous ces éléments qui rendent acceptable le travail, sont proportionnels au degré de reptation dont on est capable. Plus on rampe devant le proviseur, le rectorat, les inspecteurs, plus notre carrière fait de spectaculaires bonds. C’est un exercice qui n’est pas si aisé qu’il paraisse, il demande de se tenir constamment sur le qui-vive : quel propice moment ce jour ourdira-t-il pour pouvoir donner un coup de cirage aux chaussures du respecté proviseur ? Quelle nouvelle circulaire du délicieux ministère être le premier à appliquer la lettre ? Quel collègue dénoncer ce jour pour manquement à une règle élémentaire dont il n’avait peut-être pas encore connaissance ? Toute occasion n’est pas bonne de se faire bien voir, il s’agit de savoir les choisir ! Ainsi le médiocre professeur qui a pris un remarquable avancement compte tenu de son jeune âge n’est-il pas si médiocre que l’on croit : il excelle dans l’art de la reptation ! Quand je m’ennuie, au fond du placard où l’on cherche à tarir mon existence, poursuivait-il, je m’amuse à mettre des notes – toujours sur dix. Ce professeur qui ne rate pas une manifestation de colère des enseignants pour pouvoir rapporter au proviseur la liste exacte de ceux de ses collègues qui y ont participé, est ainsi à neuf sur dix, car je suis sûr qu’il peut encore mieux faire. Il lui reste quelques écailles reluisantes au ventre qui dénoncent d’ultimes scrupules dans son ambition de reptation quotidienne. » [...]
Marguerite Stern, Marion Maréchal et Alexandre Devecchio : destins français
« Que monsieur saint Denis garde le roi de France ! » C’est ce que Victor Hugo faisait dire au jeune Aymerillot dans La Légende des Siècles. Pour le poète illustre, la basilique Saint-Denis est le contrepoint funéraire de Notre-Dame de Paris : entre ces deux flammes éternelles de l’âme chrétienne qui se font face de part et d’autre du Mont des Martyrs, c’est toute l’histoire de France qui est résumée. D’un côté le lieu du peuple vivant, de l’autre la nécropole royale, symbole d’un pouvoir intemporel.

La basilique, telle qu’elle s’est construite, telle qu’elle a survécu aux tempêtes révolutionnaires et telle qu’on peut la concevoir maintenant – soit comme une citadelle assiégée, soit comme le vaisseau insubmersible de l’identité nationale – sera le lieu d’une rencontre entre trois destins français qui ont, chacun à leur manière, bravé l’adversité pour mieux sculpter leur idée du pays. Marion Maréchal, issue d’une dynastie politique qui a marqué durablement l’histoire de la Ve République ; Marguerite Stern, ancienne activiste féministe qui a payé cher le prix de son spectaculaire changement de cap intellectuel ; et Alexandre Devecchio, symbole d’une réussite journalistique à laquelle ne le destinait probablement pas son lignage social.

Trois Français issus des années 90, trois fortes têtes qui ont porté leurs idées jusqu’au bout et parfois encaissé les échecs sans broncher. Trois personnalités qui échappent à toutes les caricatures des esprits chagrins et donc trois destins hautement politiques, si l’on comprend le politique comme le nécessaire arraisonnement de l’individu par le collectif – et non comme une série d’ajustements boutiquiers débattus sans fin. Trois personnages publics qui ont sorti un livre simultanément, comme si le moment était venu, en effet, de rentrer dans le lard des clichés. Et d’expliquer les raisons profondes de leur engagement. Pas évident, dans un monde tik-toké où le doom scrolling a remplacé la lecture, et où de grotesques influenceurs ont remplacé les éditorialistes politiques. C’est pourquoi nous avons décidé de les réunir. Pour les faire parler entre eux, sur le mode de la conversation. Pour laisser advenir quelque chose, aussi, que leurs livres ne disent pas forcément – ou se contentent de suggérer. [...]
Renaud Camus : l’aristocrate et la meute
Juin 2023. Camus et moi travaillons dans la bibliothèque ; un bureau devant nous, vingt mètres de livres à droite et à gauche, de grandes baies ouvertes sur les champs ondoyants du Gers, aux quatre points cardinaux. La gouvernante nous annonce la venue de deux journalistes du Monde. L'un des deux attire mon regard, il me semble le reconnaître du fond de ma mémoire. Oui, « Gaspard Dhellemmes », je remets ce brun à cheveux ras et regard trop ouvert (pour ce dernier détail, nous sommes de la même race) : je viens de reconnaître mon ancien camarade d'hypokhâgne. Il vient de Paris apporter au pouvoir le scalp d'un opposant politique ; je suis venu à Plieux pour défendre un écrivain. Nous avons donc traversé les mêmes passages du Phédon, écouté les mêmes cours sur le Voyage au bout de la nuit, ri, peut-être, aux mêmes anecdotes historiques, pour nous retrouver dix ans plus tard parfaitement affrontés. [...]

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest