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Vincent Baumann est prêtre du diocèse de Nanterre. Lui aussi a regardé la série de Sorrentino.
Comment avez-vous perçu Pie XIII ?
Pie XIII est une sorte de Fol-en-Christ version américaine, qui choque, mais qui fait réfléchir et se révèle au final plus proche d’un prophète. Au début, il est odieux mais au fur et à mesure que la série avance, il s’épaissit et la sainteté que certains percevaient chez lui, devient pour le spectateur une hypothèse possible. Ce qui est certain, c’est que Sorrentino s’est très bien entouré ou lui-même connaît très bien le sujet. Il y a assez peu d’erreurs quant au protocole ou a la liturgie.
Si Sorrentino montre le meilleur et le pire de l’Église, à aucun moment il ne semble faire le procès de l’Église.
La série a parfois été accusée d’être blasphématoire. Qu’en pensez-vous ?
Le blasphème n’existe que contre Dieu et ses moyens de salut. Rien de cela dans la série de Sorrentino. Si elle est toujours un peu limite, on n’y trouve aucune haine de Dieu. Il peut mettre en scène des serviteurs de Dieu indignes, certes, et encore… La complexité de ses personnages nous les montre, pour la majorité, tout autant dignes qu’indignes. Et on a finalement l’impression que Dieu triomphe, même si c’est d’une manière surprenante. Si Sorrentino montre le meilleur et le pire de l’Église, à aucun moment il ne semble faire le procès de l’Église. Cette série est assez fascinante car elle nous pousse à aller au-delà des idées spontanées qu’on se fait des uns et des autres.
Quelles sont ses limites ?
En écornant l’intégralité de la Curie, Sorrentino donne un peu l’impression que la Curie est une machine à broyer (et pas l’Église, dont je dis plus haut qu’il n’en fait pas le procès…) Mais il offre aussi un portrait d’homme pris entre le péché et la grâce. Il bat en brèche une fausse conviction selon laquelle le pape est dépourvu de doute. L’âme d’un pape est celle d’un chrétien, certes d’exception, mais qui peut passer par des périodes de désert. La foi n’est pas un patrimoine qu’on hérite et c’est assez rare qu’on aborde cela à l’écran.
Propos recueillis par Arthur de Watrigant
Retrouvez la suite du dossier :
The Young Pope : La sainteté à hauteur d’Homme
The New Pope : Amour, gloire et beauté
Paolo Sorrentino : Le renouveau italien
The New pope : Christophe Dickès
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