« Je vous écris afin de connaître les terrains résidentiels sont disponibles à Orania. Comme elle fait partie intégrante de l’Afrique du Sud, je suppose qu’Orania est ouverte aux personnes de toutes races ». Début décembre, Deshi Ngxanga a adressé un courrier à la municipalité de ce bastion afrikaner de 2000 habitants. Tous blancs. «Veuillez me faire part des parcelles disponibles et de leurs différents coûts. J’ai envie d’y construire ma maison et d’emménager dès que possible. J’adresse également une copie de ce courrier à mes avocats afin que nous puissions intenter une action en justice si l’on devait me refuser la résidence à Orania en raison de la couleur de ma peau », précise également l’actuel secrétaire de l’African national congress (ANC) pour la province du Cap-Nord.
Début décembre, Deshi Ngxanga a adressé un courrier à la municipalité de ce bastion afrikaner de 2000 habitants. Tous blancs.
Mettant sous pression la municipalité afrikaner, Deshi Ngxanga ne cache pas son intention de mettre fin à cette « incongruité anachronique », dernier vestige de l’ancien régime de ségrégation raciale tombé en 1994.
« Quiconque souhaite vivre dans la ville doit respecter les règles et règlements. Il y a un certain nombre de conditions strictes qui doivent être respectées ». Un Oranien (qui a souhaité rester anonyme) rappelle que pour être considéré comme éligible à l’un des terrains de la ville, les candidats doivent déjà recevoir une autorisation du conseil municipal. Mais pour Deshi Ngxanga qui en a fait une affaire personnelle, « chacun devrait être libre de choisir où il souhaite séjourner en Afrique du Sud ». « Nous nous opposerons à toute discrimination fondée sur la race », indiquant qu’il était prêt « à renvoyer l’affaire devant la Cour constitutionnelle si nécessaire, estimant d’ores et déjà que ses droits à vivre dans l’endroit qu’il a choisi sont bafoués ».
Lire aussi : La fin d’Orania, le dernier bastion blanc d’Afrique du Sud ?
Une démarche purement politique, ce qui n’aura échappé à personne, et qui intervient dans un contexte racialisant persistant depuis plusieurs mois en Afrique du Sud. « L’autodétermination n’est pas la bienvenue dans le Cap-Nord et nous nous battrons jusqu’à sa fin» n’a pas hésité à écrire sur son compte Twitter le politicien, qui s’est visiblement inspiré des déclarations de Panyasa Lefusi.
Le ministre de l’Éducation du Gauteng avait réclamé publiquement la fermeture de la ville d’Orania, il y a six mois.
Le ministre de l’Éducation du Gauteng avait réclamé publiquement la fermeture de la ville d’Orania, il y a six mois. « Cet endroit sera transformé quoi qu’il en coûte en 2021 », a déclaré Deshi Ngxanga, paraphrasant Nelson Mandela, qui avait lui-même visité l’enclave boer en 1995. Un déplacement réitéré par l’un de ses successeurs en 2010, Jacob Zuma, qui avait trouvé « le mode de vie et les idées de ces Afrikaners assez intéressants».
Lire aussi : Afrique du Sud : des étudiants inquiétés pour ne pas avoir invité de personnes noires à leur soirée
À Orania, l’affaire gêne, mais l’on se refuse à broyer du noir pour autant. Interrogé par les médias à propos de cette initiative dont il a été accusé réception, l’ancien député du Front de la Liberté (2003-2015), un des partis d’extrême droite parlementaire de l’Afrikanerdom, Carel Boshoff IV a, lui, démenti avoir reçu la moindre lettre de Deshi Ngxanga. Résident à Orania, le petit-fils du Premier ministre et théoricien de l’apartheid, Hendrik Verwoerd, a précisé qu’il « avait bien vu cela circuler sur les réseaux sociaux et que si candidature il y a réellement, celle-ci serait étudiée minutieusement comme toutes les autres», ajoutant avec ironie « que la populationne cessait de s’accroître ces derniers temps à Orania ».





