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Afrique du Sud : Devon Hofmeyr, nouvelle figure des Afrikaners

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Publié le

31 mai 2022

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C’est un pur produit de l’Afrikanerdom sud-africain. Fils d’une star sulfureuse de la chanson sud-africaine, Devon Hofmeyr est le jeune leader des Bittereinders Jeugbeweging. Nouvellement arrivée sur la scène politique locale, il y a un an, cette association entend fédérer les jeunes boers nostalgiques d’antan autour d’un seul objectif : la défense de leur identité, malmenée par l’actuel gouvernement sud-africain qui a récemment décidé de déclasser l’Afrikaans comme langue nationale.
Devon Hofmeyr

Casquette vissée sur la tête, regard bleu glacial, portant la chemise kaki-beige prisée par les fermiers boers, le bras droit orné d’un immense tatouage, Devon Hofmeyr est la nouvelle attraction des médias sud-africains. Star montante de la jeunesse afrikaner et adepte de la gonflette, comme en témoigne son impressionnant tour de biceps, il s’affiche partout où il estime que sa communauté est discriminée. Dernièrement, il s’est porté au chevet des fermiers de Kirkwood, une localité de l’Eastern Cap, victimes collatérales d’un affrontement violent entre la police et un syndicat opposé à l’emploi d’immigrés africains dans les camps d’agrumes et la police, dans un climat de guerre civile qui a tenu la presse locale en haleine durant plusieurs jours.

Chez les Hofmeyr, on a la défense du boervolk dans le sang depuis plusieurs générations. Le pédigree familial est éloquent. L’arrière-grand-père de Devon a été un commandant de l’Ossewabrandwag, un puissant groupe paramilitaire pronazi durant toute la première moitié du XXème siècle, qui a à la fois organisé des attentats contre les Britanniques et donné de nombreux dirigeants à l’Afrique du Sud. Le père de Devon, Steve Hofmeyr, est un chanteur à succès qui a défrayé la chronique pour ses nombreuses affaires extra-conjugales et ses prises de positions controversées contre le lobby LGBT, accusant le gouvernement d’orchestrer méticuleusement le « génocide de sa tribu ». En 2015, Steve Hofmeyr avait mené ses partisans à Pretoria afin de protéger la statue de Paul Kruger, le dernier président de la République Transvaal, menacée de déboulonnage. Sous l’œil des caméras de télévision, le groupe n’avait pas hésité à entamer « Die Stem », l’hymne officiel de l’ancien régime de ségrégation raciale au pouvoir entre 1948 et 1994.

Lire aussi : Afrique du Sud : comme un air d’apartheid

Les Bittereinders Jeugbeweging tirent parti de la frustration palpable chez les jeunes blancs d’Afrique du Sud qui ne se reconnaissent pas ou peu dans la nation arc-en-ciel et dont le futur est rendu plus incertain encore dans le contexte post-Covid-19. Le choix du nom est tout sauf anodin. Lorsqu’ils sont défaits en 1902, trois ans après le début de la seconde guerre anglo-boer, des Kommandos refusent de désarmer et décident de continuer la lutte « jusqu’à la fin, jusqu’au dernier » (Bitter eind). « Nous sommes plus qu’un simple mouvement, plus qu’un simple espoir. Les Bittereinders sont un mode de vie » proclame Devon Hofmeyr. Mais pour leurs détracteurs, ils ne sont que la « génération héritière sous-stéroïdes de l’AWB », du nom de ce groupe de résistance afrikaner conduit par Eugène Terreblanche, militairement opposé à la fin de l’Apartheid, aujourd’hui moribond depuis l’assassinat en 2010 de son leader. Un héritage d’ailleurs assumé par Devon Hofmeyr. « Ma génération ne s’excusera pas pour les injustices passées. Nous ne nous excuserons pas pour quelque chose dont nous ne sommes pas responsables. Nous sommes des Boers. Nous en sommes fiers » n’hésite-t-il pas à déclarer sur son compte Instagram.

La « solution est désormais politique pour la jeunesse (afrikaner) » affirme Hofmeyr. Bien qu’il prône l’action pacifique, les Bittereinders n’hésitent pas à faire le coup de poing. Comme en juillet 2021 où ils se sont opposés aux partisans de leur ennemi désigné, Julius Malema, le leader du parti politique panafricaniste EFF (Economic Freedom Fighters) qui appelle régulièrement à débarrasser l’Afrique du Sud de tout ce qui ressemble à un boer. « L’époque où l’EFF errait librement dans nos rues et intimidait des innocents est terminée » avertissent les Bittereinders. « Nous sommes des afrikaners, nous n’avons peur de rien » martèle Devon Hofmeyr. Le phantasme de la guerre civile n’est décidément jamais loin dans une Afrique du Sud bien loin de l’apaisement.

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