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Ukraine : de la question des réfugiés et des migrants

L’invasion de l’Ukraine provoque un afflux de réfugiés ukrainiens en Europe. Notre continent se trouverait même aujourd’hui face à sa « plus grande crise de réfugiés depuis 1945 », selon l’expression consacrée par l’ensemble de la classe politique européenne. Serions-nous arrivés à un moment charnière de la construction européenne ?

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Prégnante depuis plusieurs décennies, la question migratoire est une pomme de discorde entre les États membres. L’Allemagne a ainsi constitué l’avant-garde d’un front immigrationniste, Angela Merkel ayant déclaré le 31 août 2015 au plus fort de l’afflux de migrants : « Nous allons y arriver ». La décision fut alors saluée par Yves Pascouau, spécialiste des politiques migratoires à l’Institut Jacques Delors, dans les colonnes de La Croix qui pointait du doigt les « mauvais élèves de l’Europe » : « Quand la Pologne dépose son recours devant la Cour de justice de l’UE, elle refuse la remise en cause de l’« homogénéité ethnique » de son territoire. C’est à ce moment-là qu’on a réalisé que les pays d’Europe centrale et orientale ne connaissaient pas le multiculturalisme. Que leur refus de l’immigration avait été d’autant plus important qu’ils sont des pays d’émigration, qui se vident de leur population ».

La Pologne est d’ailleurs depuis lors dans le collimateur des instances européennes, de la même manière que la Hongrie. Pour rappel, la Pologne a récemment été en première ligne face au chantage migratoire d’un pays co-belligérant de la guerre d’Ukraine, la Biélorussie de Loukachenko. Ce chef d’État, dernier dictateur d’Europe, menaçait notre continent en nous promettant d’y envoyer selon ses propres mots « des migrants, de la mafia et de la drogue ».

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Le chantage migratoire est une arme utilisée par les régimes ayant des contentieux avec l’Europe, à l’image de la Turquie d’Erdogan ou de l’Algérie des généraux. La guerre de Syrie avait d’ailleurs provoqué un afflux de migrants et de réfugiés, au sein desquels s’étaient greffés de multiples clandestins opportunistes attirés par l’ouverture des frontières. La majorité d’entre eux étaient d’ailleurs des hommes seuls.

La situation ukrainienne est très différente. On dénombre 2,8 millions de réfugiés de guerre lancés sur les routes en une quinzaine de jours de conflit, un chiffre vertigineux puisqu’il correspond au nombre absolu de déplacés des guerres des Balkans durant les huit ans de guerre. Il s’agit ultra-majoritairement de femmes et d’enfants, les hommes étant mobilisés pour la défense de leur pays. Autrefois critiquée, la Pologne frontalière assume en ce moment la plus grande part de cette solidarité européenne : plus d’un million de réfugiés y ont déjà transité, nombre d’entre eux étant désormais accueillis pour un temps indéfini par Varsovie.

L’élan de solidarité qui se fait sentir dans l’Europe entière n’est pas, ainsi qu’ont pu le dire certains esprits chagrins, le fruit d’un « privilège blanc » mais bien celui de la juste distinction entre véritables réfugiés de guerre et flots de migrants que nous ne pouvons plus assumer

L’élan de solidarité qui se fait sentir dans l’Europe entière n’est pas, ainsi qu’ont pu le dire certains esprits chagrins, le fruit d’un « privilège blanc » mais bien celui de la juste distinction entre véritables réfugiés de guerre et flots de migrants que nous ne pouvons plus assumer. L’exécutif danois a ainsi été très clair, affirmant que l’Ukraine était une situation exceptionnelle qui ne remettait absolument pas en question la politique générale d’immigration du pays d’Andersen – un modèle du genre en Europe.

Dès 2016, Inger Støjberg, jeune ministre de l’Immigration et de l’Intégration de centre droit, s’exposait en présentant une loi durcissant le droit d’asile, faisant fi des menaces du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU qui déclarait le projet contraire « aux standards européens et internationaux de protection des droits de l’Homme » et de nature à « alimenter la peur et la xénophobie ». Le Danemark demande aux immigrés une assimilation minimale : obligation d’apprendre la langue, respect des valeurs essentielles et des coutumes traditionnelles du pays, etc. Mette Frederiksen n’a jamais renié cette politique couronnée de succès.

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En France, Robert Ménard a récemment  plaidé coupable en manifestant sa honte devant ce qu’il avait « dit, écrit, publié à Béziers […] au moment des combats en Syrie, en Irak et l’arrivée des migrants chez nous ». Il faut répondre à cette interrogation légitime. D’abord, il y avait à cette époque un risque majeur d’infiltration par des terroristes, beaucoup d’hommes parmi les réfugiés ainsi que des clandestins opportunistes. Nous étions plongés au moment le plus critique de notre lutte contre le terrorisme islamiste – par ailleurs très loin d’être finie – et plusieurs terroristes ont profité des filières des passeurs pour s’infiltrer en Europe et y porter leur guerre.

Personne ne s’est jamais opposé à l’accueil de véritables réfugiés de guerre quand c’est possible, même s’il faut en la matière naturellement prioriser les Européens qui sont facilement intégrables et même assimilables à nos sociétés. Le devoir d’accueil et d’humanité doit être garanti et pondéré. Nos capacités d’accueil ne sont pas seulement matérielles mais aussi de l’ordre d’un équilibre civilisationnel. C’est donc possible pour des Syriens, mais de manière plus limitée que pour des Ukrainiens. On aimerait pouvoir affirmer qu’il faut accueillir tout le monde mais ça n’est pas possible au risque de nous perdre, de perdre tout ce qui fait le sens de notre pays et de notre continent. L’accueil réservé aux réfugiés ukrainiens authentiques – et non aux faux, ainsi que le fait le tristement célèbre Aurélien Taché – montre que les pays européens savent faire preuve d’une juste solidarité à l’unique condition que ce soit nécessaire et souhaitable.

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