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Afrique du Sud : comme un air d’apartheid

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4 janvier 2022

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Refusant le principe de la nation arc-en-ciel, plusieurs villes sud-africaines telle Kleinfontein s’organisent sur le modèle de l’apartheid : rêvant d’un « volkstaat », les Afrikaners blancs y vivent entre eux.
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Souvent considérée comme le dernier « village d’Astérix », Orania n’est pas la seule enclave strictement blanche dans la nation arc-en-ciel. Dans l’ancienne République du Transvaal, la ville de Kleinfontein entend maintenir son mode de vie afrikaner et résister aux changements imposés à une minorité qui a dirigé l’Afrique du Sud entre 1948 et 1994. Depuis trois décennies, pur produit de l’afrikanerdom, Jannie Groenewald est à la tête de cette ville qui répond à une seule devise : « Ons God, Ons volk, Ons land » (notre Dieu, notre peuple, notre terre).

L’aventure a commencé en 1992. Lorsqu’une ferme, à quelques kilomètres de Pretoria est mise en vente, Jannie Groenewald comprend très rapidement qu’il doit saisir sa chance et acheter le terrain. Sa décision n’a rien d’anodine et répond à la situation politique du moment. Tout indique que le système de ségrégation raciale, dans lequel la minorité blanche a toujours évolué, va bientôt tomber. L’histoire va lui donner raison. Bercé par les récits du Grand Trek – ce périple fondateur de la nation boer qui s’est déroulé au cours du XIXème siècle –, ce fermier va convaincre plusieurs familles de s’associer avec lui afin d’acquérir les terres aux alentours de cette exploitation mise dans l’œil de son viseur. En quatre ans, c’est une véritable ville qui se monte pour devenir un volkstaat à part entière.

Lire aussi : Afrique du Sud : Frederik de Klerk, ou l’échec du rêve arc-en-ciel

« Nous étions les toutes premières personnes à vivre ici. Nous voulions être avec notre propre peuple, partager avec lui les valeurs des Afrikaners et être quelque part où on pouvait vivre en liberté » explique Irène Groenewald, son épouse. La communauté a sa propre école, sa piscine, son musée de l’histoire boer et une maison de retraite. Les résidents utilisent l’eau provenant d’un puits qui a été foré, possède une banque parfaitement légale, ramassent leurs propres déchets et achètent l’électricité directement auprès d’Eskom, équivalent sud-africain de l’EDF. La ville de Kleinfontein possède également une réserve naturelle, où les springboks, les gnous noirs et les blesbok se promènent librement. « Un merveilleux havre de paix » affirme Irène Groenewald, nostalgique. Un paradis perdu qui « exclu de facto les anglophones, les catholiques et les juifs » comme le faisait remarquer The Guardian dans un article consacré à Kleinfontein.

Ce sont désormais 1500 personnes qui vivent dans ce volkstaat semi-indépendant, même s’ils dépendent administrativement de la métropole de Tshwane (Pretoria). « Ici, nous parlons notre langue, conservons nos traditions et avons développé une relation très solide avec les autorités compétentes » précise Jannie Groenewald qui rappelle également que s’est déroulé non loin de Kleinfontein la bataille de Diamond Hill (« Slag van Donkerhoek ») en juin 1900 : 6000 Boers étaient défaits par le double de Britanniques, parmi lesquels un certain Winston Churchill. Un esprit de résistance assumé par les Afrikaners de cette enclave qui refusent de reconnaître le gouvernement des héritiers de Nelson Mandela.

Si le droit à l’auto-détermination est présent dans la constitution de 1996, jusqu’ici l’ANC au pouvoir a rejeté toutes les propositions d’établissement d’un État séparé pour les Afrikaners, craignant que cela fasse tache d’huile parmi certaines ethnies noires.

Et pour cause : du défunt président Frederik de Klerk ou du prisonnier de Robben Island, les résidents de Kleinfontein considèrent qu’ils ont trahi les Afrikaners. Le premier en libérant le héros de tout un continent ; le second en ne respectant pas les accords signés entre l’African National Congress (ANC), le National Party (NP) et le Freedom Front (FF) qui prévoyaient un référendum pour que la population blanche puisse décider d’avoir ou non son propre État. C’était même la condition préalable posée par le général Constand Viljoen (qui avait tenté un coup d’État avec l’Afrikaner Volksfront, mouvement regroupant tous les partis blancs d’extrême-droite) pour poser les armes et participer au processus électoral d’avril 1994. Si le droit à l’auto-détermination est présent dans la constitution de 1996, jusqu’ici l’ANC au pouvoir a rejeté toutes les propositions d’établissement d’un État séparé pour les Afrikaners, craignant que cela fasse tache d’huile parmi certaines ethnies noires. D’ailleurs, Jannie Groenewald confesse qu’il a voté pour le FF+ aux dernières élections municipales (novembre 2021), « le seul parti qui soutient ce type de communautés et pas seulement les Afrikaners ».

« Il ne reste plus rien de toutes les bonnes choses dont l’Afrique du Sud était fière et dans laquelle elle était la meilleure. J’aimerais que les choses changent, mais je suis très dubitatif. Je pense qu’il y a beaucoup plus de villes comme Kleinfontein qui vont s’élever dans le pays en raison de la mauvaise gestion du gouvernement » précise Danie de Beer, qui possède plusieurs propriétés à Kleinfontein. Effectivement, d’autres enclaves blanches se sont créées sur le modèle d’Orania ou de Kleinfontein, où sont affichées les bustes des héros afrikaners. Ici Hendrik Verwoerd, le chantre de l’apartheid, ou Paul Kruger, le dernier président de la République du Transvaal, contraint à l’exil à la fin de la guerre anglo-boer. Dans la province du Mpumalanga, en 1997, la ville de Balmoral s’est développé grâce au financement de David Duke, ancien dragon du Ku Klux Klan et où réside officiellement le lieutenant Wilhelm Friedrich Ratte.Pourcertains Afrikaners, le « boss » duPretoria Boere Commando est une célébrité. De la même génération que les Groenewald, il est celui qui a occupé Fort Schanskop (1993) et qui a fondé une radio de résistance afrikaner. Sa popularité était telle que lorsqu’il a été arrêté en 1996, plus de 1000 Afrikaners armés ont défilé dans Pretoria, avec à leur tête Eugène Terreblanche, tonitruant leader du mouvement de résistance afrikaner (AWB) plus tard assassiné. « La grande époque » pour les partisans d’un volkstaat loin du modèle de la nation arc-en-ciel. Dans la province du Cap Nord, la ville d’Eureka s’est construite sur le même modèle avec moins de succès.

Lire aussi : Afrique du Sud : les cancellers s’attaquent à Paul Kruger

« Nous croyons en l’unité, tout comme l’ANC – nous croyons qu’ensemble, nous pouvons faire plus » déclare  Jannie Groenewald, qui a établi des relations avec Orania. Les deux villes ont désormais leur propre club de rugby et s’affrontent devant un public exclusivement blanc. À l’entrée du volkstaat, un homme vêtu en uniforme et à l’accent typiquement afrikaner, vérifie l’identité de toutes les personnes qui souhaitent pénétrer dans la ville. À Kleinfontein, aucun noir ne peut acheter de maison et les seuls qui peuvent y entrer sont des ouvriers ou des domestiques. Ou quand l’apartheid se réorganise spontanément.

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