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Apparat : l’élégance et la grâce

Hier soir, le groupe de Sascha Ring triomphait au Trianon devant une salle comble et en liesse, rappelant, après des mois sans spectacle, la puissance scénique de sa musique et l’excellence de la scène électronique berlinoise où s’élaborent, décidément, de sublimes synthèses.

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© Romaric Sangars pour L'Incorrect

C’était un dimanche soir mais le Trianon était complet, son stuc Belle-Époque accueillait un public branché d’âges divers, public d’initiés plutôt qu’agrégé par une mode, mais pour autant, ni froid ni cérébral, il montrait même une ferveur rare pour acclamer le groupe de l’artiste allemand, sans doute galvanisé par la beauté de l’arrière-saison et la délivrance des salles de concert. Il faut dire que le passage parisien d’Apparat avait été initialement prévu en juillet 2020 et qu’il avait déjà été reporté le 13 décembre dernier, l’attente était donc à son comble, l’excitation palpable.

La première partie, assurée par Alma Este, chauffa moins la salle qu’elle permit aux retardataires de s’installer dans une ambiance appropriée à la mélancolie des dimanches soirs. La jeune Parisienne, accompagnée d’un guitariste, interprétait ses mélopées élégiaques et minimalistes d’un air neurasthénique, immobile, vêtue comme en lendemain de cuite après une journée passée vautrée dans sa chambre, à demi absente, ce qui pouvait s’accorder en partie avec son propos musical mais s’avéra tout de même franchement chiant et témoignant d’une ignorance complète de l’enjeu d’une prestation scénique.

L’alliage parfait

Ce fut pourtant devant un public chauffé à blanc par ses propres ressources que Sascha Ring et ses quatre acolytes montèrent sur scène pour débuter un concert de deux heures au déroulement aussi sublime qu’implacable, relevant le défi d’une attente exaspérée par deux confinements successifs. Tous habillés de noir, sobres mais néanmoins virtuoses, présents, habités, les musiciens laissaient les jeux de lumière se déployer sur une scène relativement obscure. Néons multicolores griffant le fond de scène de runes mystérieuses, rangées de spots basculant en rythme, soudains éblouissements, une somptueuse chorégraphie lumineuse venait illustrer une matière sonore envoûtante aux réguliers débordements.

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Cette dimension technique n’annihilait pas pour autant le jeu des musiciens, tous excellents instrumentistes aux prestations émouvantes et parfaites. Cette question du bon alliage est au cœur de l’art d’Apparat, et ce qui vaut pour la mise-en-scène vaut pour la composition. Le jeu des trombones, violoncelle, violon, luth, guitares, basse et batterie se développait en accord avec les programmations électroniques ou les synthétiseurs qui, parfois, finissaient par tout subvertir, d’autres fois environnaient seulement une véritable énergie rock, une licence jazz, une noblesse classique. Sur scène, la musique d’Apparat, généralement qualifiée d’ « électro planante », revêt une dimension post-rock, avec ces longues plages progressives aux montées bouleversantes et la voix éthérée de Ring, un peu à la Sigur Ros, soulignant simplement les reliefs de la musique.

Deutsche qualität

Cette musique mélancolique, envoûtante, d’une élégance extrême, parvient aussi à développer une dimension épique qui ne dérape jamais dans le kitsch, et cela aussi est une grande réussite. Si les groupes américains font souvent montre d’une efficacité redoutable, la musique d’Apparat possède un genre très européen de sophistication tragique. Ayant développé l’IDM (pour Intelligent Dance Music) avant son style actuel, Sascha Ring peut être rapproché de son compatriote le génial Nils Frahm, inventeur de l’électro-piano : même virtuosité, même élégance, mêmes nouvelles synthèses entre musiques électroniques, répétitives et instruments traditionnels, qui nous convainquent que Berlin est décidément une grande capitale des musiques actuelles.

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