La remigration est, avant tout, une revendication… africaine ! Et l’une des plus vieilles idéologies implantées en Afrique ou dans les populations d’origine africaine installées ailleurs sur le globe. Ces afro-descendants ont d’ailleurs forgé une idéologie s’appuyant sur le concept du « retour » et la nécessité du « panafricanisme ». Cette espérance du « retour » (« back to Africa ») fut mise en pratique au début du XIXe siècle au Brésil, d’où des esclaves musulmans furent « réimplantés » au Bénin, puis dans les années 1820 quand des pasteurs américains rapatrièrent trente familles d’anciens esclaves devenus libres sur les côtes de ce qui deviendra plus tard le Libéria. La Sierra Leone voisine fut également repeuplée de cette façon, et ce dès le siècle précédent (1787), par les Britanniques cette fois-ci, à partir d’une réimplantation d’anciens esclaves traînant leurs guêtres à Londres.
Des petits Noirs au comptoir… des esclaves
La particularité du Libéria est d’avoir été une colonie noire esclavagiste. En effet, une fois arrivés sur place, l’une des premières actions des anciens esclaves noirs américains fut de mettre en esclavage les autochtones, alors même que les autorités britanniques, qui contrôlaient la côte, l’avaient aboli. Cette opposition entre « natives » et ceux qu’on nommera désormais les Américano-Libériens perdurera à travers les années et conduira même aux guerres civiles de 1989-1997 et de 1999- 2003.
L’esclavage et la colonisation ont beau être des péchés d’hommes blancs hétérosexuels lecteurs de L’Incorrect, sur ce coup-là, nous n’avions rien à faire dans le paquet de pointes.
L’esclavage et la colonisation ont beau être des péchés d’hommes blancs hétérosexuels lecteurs de L’Incorrect, sur ce coup-là, nous n’avions rien à faire dans le paquet de pointes. Au Libéria, des Noirs ont colonisé puis mis en esclavage d’autres Noirs. Et ce pendant des siècles car, comme en Mauritanie, l’esclavage a largement continué après l’abolition officielle. Les esclavagistes américano-libériens ont même réussi à créer le premier parti unique au monde ! Avant Lénine et les bolcheviques. Qui a dit que l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire ?
Au cours de ces derniers siècles, des hommes d’Église noirs furent également d’ardents propagandistes de la remigration des Afro-Américains sur leurs terres d’origine. Le plus célèbre d’entre eux fut Henry McNeal Turner (1834-1915), évêque de l’African Methodist Episcopal Church qui chercha à fonder de nombreuses colonies de réimplantation un peu partout en Afrique, notamment en Afrique du Sud. D’autres voulurent fonder des colonies au Nyassaland (actuel Malawi) ou sur la côte atlantique. Le célèbre journaliste jamaïcain Marcus Garvey fut également un ardent promoteur du « Back to Africa ». En 1918, il lança même une pétition internationale pour que les anciennes colonies allemandes en Afrique soient érigées en Etat indépendant où les Noirs américains auraient pu être « rapatriés ».
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Une Terre promise peut mener à une autre
D’autres courants de pensée africanistes, notamment originaires de Jamaïque, ont promu ce retour à la terre des ancêtres à travers la « repatriation » (le « rapatriement »), tels, dès les années 1930, les rastafaris, dont le paradis sur terre est symbolisé par l’Éthiopie. Certains Jamaïcains, Américains et Caribéens (dont des Guadeloupéens et des Guyanais) « éthiopianistes » s’installèrent ainsi sur la « Terre promise » dans les années 1950. Précisément à Addis-Abeba et à Shashämäne. Après une pause due à la situation instable en Éthiopie et à la dictature communiste, les « rapatriements » ont repris à partir de 1991 et continuent aujourd’hui.
Un dérivé, le « repat », désigne d’ailleurs chez les Africains celui qui est revenu dans la mère-patrie après un séjour en Europe et il existe également des « repats » de la deuxième génération qui reviennent en Afrique alors qu’eux-mêmes sont nés en Europe de parents immigrés.
En 1969, certains groupes ont même poussé l’aventure jusqu’en Israël où 3 000 Hébreux africains d’un groupe d’origine américaine appelé « Les 12 tribus d’Israël » ont débarqué dans le désert du Néguev en provenance des États-Unis via le Libéria pour une phase de « purification ». Ils y sont toujours. Notons que ces « Hébreux noirs » sont différents des Falachas éthiopiens qui avaient commencé à émigrer en Israël dès la création et ont été en quasi-totalité exfiltrés de l’ancienne Abyssinie par Tsahal lors des opérations Moïse (1984) et Salomon (1991).
Business is best dans le « neuf-trois »
Le terme « repatriation » (ou « returnees » pour les anglophones) est toujours d’actualité. Un dérivé, le « repat », désigne d’ailleurs chez les Africains celui qui est revenu dans la mère-patrie après un séjour en Europe et il existe également des « repats » de la deuxième génération qui reviennent en Afrique alors qu’eux-mêmes sont nés en Europe de parents immigrés. Ces « repats 2 » étant souvent des individus professionnellement qualifiés (médecins, universitaires, juristes, etc.) désirant « rendre à l’Afrique ce que l’Afrique leur a donné » selon les mots de Cham Diagne, président de Talent2Africa, une plate-forme panafricaine de recrutement en ligne. Le même, interrogé par France Info en 2017, confiait que les jeunes « repats » ne choisissent pas forcément leur pays d’origine pour des raisons patriotiques mais qu’ils choisissent l’opportunité, à savoir l’économie dynamique « dans une vision panafricaniste ».
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Malheureusement, le choc culturel est parfois au rendez-vous pour ces « repats 2 » nés et formés en France ou ailleurs en Europe lorsqu’ils découvrent la conception du travail à l’africaine où l’heure fixée n’existe pas et où les délais impartis sont un concept obscène. Un site (backtoafrica.co) permet de suivre le parcours de quelques-uns de ces repats et leur engagement dans l’économie locale.
Aujourd’hui, hors de la sphère économique, le mouvement repat se confond beaucoup, sur le terrain politique, avec l’idéologie plus large du panafricanisme dont l’Union africaine est censée être le fer de lance. Quelques figures émergent comme l’activiste africaniste Kemi Seba. Des concepts autour de la désoccidentalisation apparaissent, notamment au niveau des langues (le kiswahili prend par exemple une place de plus en plus importante comme langue véhiculaire et symbolique en Afrique de l’Est au détriment des langues européennes et de l’arabe), mais une certaine pesanteur africaine et un sous-développement endémique empêchent tout mouvement massif de population du nord vers le sud dans une grande repatriation-remigration espérée par beaucoup.





