Un parc naturel sous surveillance ? C’est le projet de Didier Réault, élu LR et président du parc des Calanques de Marseille. Face à la forte hausse du tourisme dans la région, un passe avec réservation 48 h à l’avance serait mis en place afin de juguler le nombre de visiteurs. L’enjeu serait également écologique : les Calanques sont menacées par un double phénomène de pollution de l’eau par l’aluminium et de destruction de la biodiversité par le passage incessant des touristes.
Or, les Calanques constituent un gros enjeu économique pour la région. En 2020, plus de trois millions de visiteurs s’y étaient rendus : une aubaine pour la région. Ainsi, malgré la volonté du parc de juguler les arrivants, les campagnes publicitaires se poursuivent. Si la préservation de la biodiversité et de la tranquillité dans les Calanques est nécessaire, l’instauration d’un système de réservation par QR code est-elle la meilleure solution ? On peut se permettre d’en douter.
La généralisation du QR Code dans une société permissive n’arrange par ailleurs rien à cela : l’individu semble toujours plus libre, alors que ses moindres faits et gestes deviennent l’objet d’un contrôle numérique
La nature est pour l’Homme synonyme de liberté, de fuite des villes pour se retrouver dans un espace non-artificiel, éloigné de ses congénères. La solution du parc-vitrine accessible sous réservation semble à l’opposé de cette notion d’évasion. En réalité, on quitterait la ville pour tomber sur des ersatz de contrôleurs Ratp en pleine nature. Soit précisément ce que l’on cherche à fuir.
Cette gestion a pour conséquence de n’envisager les espaces naturels que comme des paysages « instagrammables » que l’on pourra « toucher avec les yeux ». Le contact avec la nature, hors des sentiers battus, ce merveilleux sentiment de liberté risque de disparaître au profit d’un équilibre économico-écologique précaire, probablement irréaliste et propices aux dérives.
Sont donc à blâmer : les instances locales qui font la promotion d’un lieu naturel – « Enfilez vos chaussures et préparez vous à en prendre plein les yeux ! » clame le site Marseille Tourisme. Le collectif de citoyens Le Platane dénonce ainsi un phénomène de « culture de masse » et « l’ultra-médiatisation de certains lieux ».
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La généralisation du QR Code dans une société permissive n’arrange par ailleurs rien à cela : l’individu semble toujours plus libre, alors que ses moindres faits et gestes deviennent l’objet d’un contrôle numérique. Faire de la détention du QR Code une condition à chaque action humaine, c’est aussi informatiser toute relation entre l’État et ses citoyens et entre les individus eux-mêmes, c’est enlever toujours plus d’humain et de lien social.
Enfin, par cette mesure apparemment ingénieuse, aux conséquences peut-être positives sur la biodiversité et peu contraignantes pour le tourisme régional, on retrouve ainsi un nouvel élément de déracinement de l’Homme par rapport à son environnement naturel.





