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Si la PMA « pour toutes » semble inévitablement s’imposer à notre société, c’est que nous sommes imprégnés d’une mentalité contraceptive qui découple la sexualité de la procréation. Car dans le fond, il n’y a pas de sens de l’histoire et rien n’est inéluctable.
Au commencement, il y a toujours des mots, un slogan, ici comme pour l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe en 2012, l’expression « pour toutes ». Qui pourrait sérieusement s’opposer à la PMA « pour toutes » ? L’universalisme des Lumières n’a-t-il pas pour horizon tous les êtres humains en recherchant « le maximum de droits pour le maximum d’individus » comme le proclamait Didier Eribon ? De même que l’égalité s’est étendue en opposant aux « racistes » les droits des noirs et en opposant aux « sexistes » les droits des femmes, il est temps de s’opposer une nouvelle fois à tous les « homophobes » qui nient le droit des femmes à procréer comme et quand elles le veulent, sous prétexte qu’elles sont lesbiennes ou seules.
« La PMA pour toutes » apparaît donc comme la quintessence de décennies de luttes démocratiques pour l’émancipation, le point d’aboutissement du combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps et du combat des gays et des lesbiennes à être reconnus comme des sujets de droits à part entière. Celui qui ose critiquer « la PMA pour toutes » semble donc lutter contre le sens obvie de l’histoire. Il est ainsi non seulement méchant mais stupide.
Celui qui ose critiquer « la PMA pour toutes » semble donc lutter contre le sens obvie de l’histoire.
La preuve n’est-elle pas apportée par la plupart des personnalités de « la droite de gouvernement », même si elle n’est pas de droite et n’a pas gouverné depuis un certain temps ? En effet, voilà des hommes et des femmes qui se sont opposés en leur temps qui à l’avortement, qui à la PMA pour les couples stériles, qui au PACS, qui à l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe mais qui une fois ladite loi votée ont très rapidement reconnu qu’il n’était plus possible (sic) de s’opposer à de telles lois « sociétales » et puis… que de toute façon ces lois n’avaient pas produit les effets redoutés, que somme toute elles étaient peut-être en fait positives.
Ces braves députés et personnalités « de droite » ne sont-ils pas des gens raisonnables, malgré leurs préjugés initiaux, ayant fini par comprendre que l’histoire a un sens et qu’il est donc vain et ridicule de vouloir lutter contre ? Il est clair qu’après un tel constat ceux qui continuent à lutter contre les nouvelles revendications de « droits » doivent y réfléchir à deux fois pour ne pas apparaître comme de futures girouettes à l’image de leurs aînés et ainsi se discréditer un peu plus et avec eux « la droite de gouvernement ». Dès lors, pourquoi attendre pour devenir « progressiste » ? Pourquoi ne pas d’emblée épouser une telle attitude d’esprit et de cœur ? N’est-ce pas cela la modernité ? N’est-il pas grand temps que la droite soit enfin « moderne » comme l’affirme sans rire Valérie Pécresse ?
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Que faire face à ce rouleau compresseur conceptuel et surtout moral ? Justement, commencer par distinguer ces deux niveaux. Il faut d’abord repérer la logique à l’œuvre dans toutes ces lois « sociétales ». C’est elle qui est source de ce sentiment d’inéluctabilité éprouvé par certains devant de telles revendications ; c’est pourquoi il faut en faire la généalogie. Mais il faut ensuite saisir que cette logique ne porte en elle aucune obligation morale à obéir à un quelconque sens de l’histoire qui lui serait immanent.
Ces braves députés et personnalités « de droite » ne sont-ils pas des gens raisonnables, malgré leurs préjugés initiaux, ayant fini par comprendre que l’histoire a un sens et qu’il est donc vain et ridicule de vouloir lutter contre ?
L’histoire a le sens que les hommes lui influent en étant le lieu de l’affrontement entre diverses conceptions de l’homme, de la société et du bien commun. Dans les années 30, nombreux étaient convaincus que le sens de l’histoire était brun ; dans les années 50 nombreux « savaient » qu’il était rouge ; qu’aujourd’hui certains le voient arc-en-ciel ne doit pas plus nous impressionner. L’histoire est contingente et c’est pour cela qu’elle est un cimetière des prétendus « sens de l’histoire ». Creusons ces deux points.
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« La PMA pour toutes » semble une revendication légitime à nombre de nos compatriotes parce que, d’impensable qu’elle était il y a quelques années, elle leur apparaît désormais comme crédible. Or pour lutter résolument contre le crédible, il faut des raisons bien assises et donc mobiliser des principes capables de fonder celles-ci. Il se trouve que les principes permettant de fonder une opposition sensée à la « PMA pour toutes » ont été abandonnés par beaucoup depuis des décennies, car notre pensée est disposée par nos habitudes de vie qui obéissent, elles aussi, à une logique implicite.
Cette révolution anthropologique a engendré en quelques années la légitimation de l’avortement, de l’homosexualité, de la PMA pour couples homme/femme stériles.
Or le fondement ultime de la « PMA pour toutes » est la mentalité contraceptive, omniprésente dans notre société. Elle consiste à penser la sexualité en pouvant la déconnecter totalement de la procréation ; la PMA en est le pendant inverse. Cette révolution anthropologique a engendré en quelques années la légitimation de l’avortement, de l’homosexualité, de la PMA pour couples homme/femme stériles. Il est donc logique d’étendre le même principe aux couples de femmes qui désirent « faire » un enfant ; idem pour les femmes seules. Pourquoi faudrait-il continuer à considérer qu’une vie sexuelle est nécessaire pour procréer puisqu’on est disposé pratiquement et mentalement à séparer les deux ?
Il est donc indéniable que la revendication actuelle obéit à un sens, dans les deux acceptions du terme, signification et direction vers un but. Est-elle pour autant inéluctable et surtout est-elle souhaitable ? De la réponse donnée à ces deux questions découle la manière de réagir ou pas à cette revendication (en attendant la GPA qui est l’étape suivante).
Le sens de l’histoire doit-il conduire à la « PMA pour toutes » ? Non car il n’y a pas de sens a priori de l’histoire sinon les hommes ne seraient que des marionnettes.
On peut toujours personnellement s’opposer à une revendication tout en validant le principe sur lequel elle repose. Mais cette opposition apparaît alors à juste titre comme arbitraire parce que relevant d’une conviction que l’on ne peut universaliser. D’où la fameuse distinction dont nombre de politiques abusent entre conviction et responsabilité : « Personnellement, je suis contre x mais en tant que responsable politique, je ne m’y oppose pas ». Cela manifeste que les mobiles de l’opposition ne sont pas suffisamment raisonnables et réfléchis. Ils ne sont pas fondés sur le discernement d’un vrai bien humain, élément du bien commun. Toute lutte contre la revendication apparaît alors comme pratiquement impossible. La démission politique et militante est donc d’abord une démission intellectuelle. Car le progressisme est une paresse de la raison.
Le sens de l’histoire doit-il conduire à la « PMA pour toutes » ? Non car il n’y a pas de sens a priori de l’histoire sinon les hommes ne seraient que des marionnettes. Certes les actions humaines sont soumises à des conditionnements mentaux, sociaux, culturels, économiques, religieux, etc. mais tous ces conditionnements sont eux-mêmes le résultat d’une sédimentation d’actes humains, de choix, de discours, se cristallisant dans des institutions politiques, scientifiques, des œuvres d’art, etc. Il y a donc des spirales qui peu à peu façonnent les mentalités et déploient leur logique comme nous venons de le voir. Mais tout cela n’est pas pour autant la réalisation d’un sens immanent de l’histoire qu’il s’agirait d’identifier pour « bien » agir. Alors que faire ?
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Témoignons à temps et à contre-temps de la grandeur et de la beauté de la sexualité humaine, signe fécond de l’amour unissant librement l’homme et la femme. Vie et amour sont intrinsèquement liés ; tel est le lieu ontologique adéquat où une nouvelle personne humaine peut venir à l’existence. Pas dans une éprouvette. Pas pour combler le désir d’une ou de deux femmes !
Témoignons à temps et à contre-temps de la grandeur et de la beauté de la sexualité humaine, signe fécond de l’amour unissant librement l’homme et la femme.
Profitons de cet énième débat « sociétal » pour tout reprendre à la racine, souligner les logiques mortifères à l’œuvre et en appeler aux exigences les plus profondes du cœur de chacun. Celles-ci peuvent être recouvertes par la chape de béton de tous les conditionnements sociaux et mentaux mais elles demeurent entières en deçà de l’aliénation progressiste.
Thibaud Collin
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