Chaque année on se demande comment les emplumés de la funeste bamboche autocongralutoire des Césars va parvenir à faire pire que la précédente. Chaque année, on serre les dents devant le malaise des séquences destinées à arracher des grimaces à un public de manchots calfatés par le fric et la condescendance. Chaque année on est consternés par l’engagement en stuc des stars qui défilent, ronronnantes de ces mièvreries récitatives qu’elles prennent pour des uppercuts. Commençons par le positif : en se plaçant sous le patronage de l’acteur américain Jim Carrey, la cérémonie se dote d’un capital sympathie évident. Et tant pis si la star est défigurée par le bistouri au point qu’on a du mal à la différencier de Mickey Rourke : le trublion des années 90 dégage sur scène, pendant ses remerciements, une mélancolie poignante, rappelant ses origines françaises et le tout dans la langue de Marcel Carné, s’il vous plaît.
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Autre moment notable, l’irruption de sa voix française, l’acteur Emmanuel Curtil, rappelant si besoin était que sa profession n’a jamais été aussi menacée – alors que l’IA permet désormais de recomposer la voix d’un acteur dans toutes les langues. Celui qui a doublé Jim Carrey mais aussi Matthew Perry dans Friends, nous rappelle qu’un acteur de doublage, au même titre qu’un traducteur de roman, c’est d’abord une couche supplémentaire de création et de sensibilité. Quant au maître de cérémonie, l’acteur Benjamin Lavernhe, il s’en tire avec les honneurs, de même que l’humoriste Alison Wheeler, qui balance quelques piques bien sentis à la politisation de la cérémonie et notamment à l’affligeante prestation de Corinne Masiero en 2021.
Circulez, y a rien à voir
Pour le reste, que raconte cette cérémonie du cinéma français ? Et bien toujours à peu près rien. Présidente des Césars, la péninsulaire Camille Cottin se vautre sans vergogne dans une sorte d’anti-trumpisme primaire – donc inoffensif – et fait semblant d’imaginer un monde où le cinéma ne serait plus subventionné, nous privant donc de sujets essentiels tels que le « combat des femmes, les queers ou les migrants ». Franchement, nous, Camille, on est pour : si le CNC pouvait arrêter de filer des millions à ces pensums geignards que personne ne va voir à part les critiques de Télérama, histoire d’avoir l’impression qu’ils font de la résistance contre la Peste Brune qui frappe à nos portes avant de regagner leur duplex dans le 5ème, allons-y à fond ! Contrepoint de cette nullité politique, Benjamin Lavernhe fera une référence timide aux dossiers Epstein qui a dû faire grincer quelques dents dans le public, et Wheeler une bonne saillie sur Jack Lang devant une ministre de la Culture impassible – nommée depuis quelques heures après la démission surprise de Rachida Dati, sûrement pas enchantée à l’idée de se taper deux heures de roucoulades et de vrais-fausses provocs à deux balles.
Le Palmarès de l’ennui
Le Palmarès est à la hauteur de cette année écoulée de cinéma français : sans aucun éclat. Le téléfilm L’Attachement, qui ne partait pas favori, reçoit le prix du meilleur film – un film inoffensif mais au moins pas un énième brûlot progressiste. Vimala Pons, sans soute une des actrices les plus intéressantes de sa génération, reçoit le césar du meilleur second rôle féminin, avec un discours passif-agressif particulièrement goûtu. Pour le reste, on est en terrain connu : Pierre Lottin, excellent dans L’Étranger, décerne son prix au Iraniens – quel courage ! – et Adjani, toujours plus momifiée dans son sarcophage de cire, fait lever tous les hommes en hommage aux frangines. C’est facile et ça ne coûte rien. On soupire, mais le pire ne va pas à arriver à tarder : pendant l’hommage à Brigitte Bardot, des sifflets et des insultes fusent parmi le public. Consternation : décidément, les gauchistes, même planqués parmi les encravatés du septième art, restent des lâches et des pilleurs de tombes. Au final, malgré cette ultime note fort discordante, on sent que le cinéma français et tout son gotha retiennent leur souffle : bien conscient que leur politisation à deux balles les éloigne du public, ils ont livré un show plutôt sobre, presque réussi pourrait-on dire, comme s’ils avaient réalisé que le vent était peut-être en train de tourner, et que si les salles se vident, c’est bien qu’ils incarnent aux yeux du public l’épitomé d’une communauté hors-sol et suffisante.





