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Chirac l’Africain

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© DR

Le président du Congo (-Brazzaville), Denis Sassou Nguesso, a été l’un des premiers à confirmer sa participation aux funérailles nationales organisées en l’honneur de Jacques Chirac. Entre l’Afrique et l’ancien maire de Paris, c’est une longue histoire d’amour…

 

 

« Papa Chirac, Papa Chirac! » Les danseuses, habillées d’un pagne de wax à son effigie, s’agitent sur le tarmac de l’aéroport de Yamoussoukro. Balayant le sol avec leur mouchoir, le président Jacques Chirac descend de son Falcon 900 ce 22 juillet 1995. Derrière lui, l’octogénaire Jacques Foccart. Ancien Secrétaire général de l’Élysée aux affaires africaines et malgaches entre 1960 et 1974, l’homme de l’ombre du général de Gaulle a repris du service. Il a accompagné la décolonisation africaine et placé patiemment ses pions dans chaque pays. La république impériale s’incarnait derrière ces lunettes noires qui cachaient à peine le visage vieillissant mais tenace de la Françafrique. Chirac a fait fructifier ses vieilles amitiés. Blaise Compaoré au Burkina Faso, Omar Bongo au Gabon, Paul Biya au Cameroun, Ben Ali en Tunisie, Henri Konan Bédié en Côte d’Ivoire, Hassan II au Maroc, le maréchal Mobutu Sese Seko au Zaïre (actuel Congo Kinshasa) ou encore Gnassinbge Eyadéma au Togo, tous ont bénéficié d’un appui de la part de ce « fils de l’Afrique » comme l’avait surnommé Jacques Godfrain, son ministre de la coopération (1995-1997). Tout en vantant « la bonne marche vers la démocratie » de ces pays sous influence de la France, il fermait les yeux sur les atteintes aux droits de l’homme dont étaient victimes les partis d’oppositions.

 

Lire aussi : Chirac : la pomme tombée de l’arbre

 

« Avant l’indépendance = après l’indépendance » avait écrit, sur un tableau noir, le général belge Janssens aux troupes de la sécurité publique congolaise. Chirac, devenu président de la république française, voulait aussi « le changement dans la continuité ». Tout est dans la nuance. Un toast remarqué à Bongo, le 21 juillet 1995, avait achevé de confirmer sa volonté de maintenir les liens de la France avec l’Afrique. Nostalgique d’une certaine grandeur de la France, Jacques Chirac s’empressa de nommer par la suite comme conseiller aux Affaires étrangères pour l’Afrique, un habitué de cette Françafrique si décriée, Michel Dupuch. L’inamovible ambassadeur de la France en Côte d’Ivoire (1979-1993) devait ferrailler avec un autre personnage en vue dans ce vaste échiquier blanc et noir, un certain Dominique de Villepin, secrétaire général de l’Elysée, mais aussi un vieux de la vieille, Hervé de Charrette ministre des Affaires étrangères de 1995 à 1997. Il faut ajouter les réseaux corses de Charles Pasqua (dont Jean-Charles Marchiani et Daniel Léandri, chargé de mission au ministère de l’intérieur). La communauté française, forte de plusieurs centaines de milliers d’expatriés installés en Afrique, pouvait dormir tranquillement. Aux plus méritants soutiens de la Chiraquie, on distribuait des postes de consuls honoraires, pas moins de 4 lors de son voyage en Côte d’Ivoire en 95.

« Avec 500 hommes, on refait l’histoire de l’Afrique » avait dit de son vivant Foccart. Jacques Chirac a été un parrain de l’Afrique, véritable « pompe à-fric » du RPR. La presse s’est délectée de ses « fameuses valises » qui transitaient depuis le Gabon et le Zaïre afin d’alimenter une campagne difficile contre Édouard Balladur.

Après la mort de Felix Houphoüet-Boigny en Côte d’Ivoire, la France adoube Henri Konan-Bédié, patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africaine (PDCI-RDA). Il rencontre très vite l’opposition du chef du Front populaire ivoirien (FPI), Laurent Gabgbo mais aussi de Alassane Ouattara, ancien premier ministre et leader du Rassemblement des républicains (RDR). Le coup d’état en 1999 du général Guëi, « venu balayer la maison », éjecte Bédié et met le feu aux rivalités internes que se livrent les africanistes du premier ministre Lionel Jospin (Jean-Marie Le Guen, Jean-Chritophe Cambadélis) et les « Chirac Boys ». A la Noël 1999, Chirac est le chef des armées mais Jospin refuse de faire intervenir le 43ème Bima en dépit des demandes répétées de Dupuch et des accords de coopération qui lient les deux pays. Chirac appelle Bédié et lui offre sa protection mais rien de plus. C’est un désastre pour les intérêts de la France en Afrique. Foccart était mort en 1997, ses héritiers n’étaient pas à la hauteur. En imposant des rebelles au gouvernement, de Villepin déclenche de vastes « chasses aux blancs » dans tout le pays. Le joyau des relations françafricaines perd alors de son éclat. Surnommé le « 101ème département de la France », plus de 10 000 français sont évacués du pays par l’armée et les bâtiments représentant la France, incendiés. Le magnifique Lycée Blaise Pascal, qui accueillait plus de 600 élèves français n’est plus qu’un tas de cendres.

 

Lire aussi : Charles Millon : « Jacques Chirac était un homme enraciné »

 

La transition du pouvoir au Togo est plus simple entre le défunt Eyadema père et son fils. Le tout est validé par un plébiscite douteux en 2005. « Avec 500 hommes, on refait l’histoire de l’Afrique » avait dit de son vivant Foccart. Jacques Chirac a été un parrain de l’Afrique, véritable « pompe à-fric » du RPR. La presse s’est délectée de ses « fameuses valises » qui transitaient depuis le Gabon et le Zaïre afin d’alimenter une campagne difficile contre Édouard Balladur. Le Premier ministre avait agacé les chefs d’État Africains avec sa dévaluation du franc CFA. Pour eux, le président ne pouvait être que « l’ami Jacques Chirac ». Peu après son départ en 2007, cet amoureux des arts premiers avait déclaré en guise de testament politique : « On oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique. Pas uniquement. Mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique. Il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité. De bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu’on leur a pris. D’autant que c’est nécessaire, si on veut éviter les pires convulsions ou difficultés, avec les conséquences politiques que ça comporte dans un proche avenir ».

 

Frédéric de Natal

 

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