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Chirac : la pomme tombée de l’arbre

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© DR

Il y eut la génération Mitterrand, celle des quarantenaires. Il y a aussi, plus méconnue, moins reconnue, la génération Chirac. La nôtre, celle des trentenaires. Nous avions entre huit et douze ans quand Jacques Chirac fut élu, lui et son apparente bonhommie provinciale et populaire.

 

Que restera-t-il du grand Jacques ? Le super-menteur ? L’homme du refus de la guerre en Irak ? Le bon vivant affichant une savante franchouillardise assumée et chic ? Le fossoyeur de la souveraineté de la France ? L’homme de tous les renoncements politiques ? Le plus secret nippomane et amateur d’arts premiers ? Peut-être tout ça à la fois.

 

 

« Mangez des pommes ! »… Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais alors neuf ou dix ans. Jacques Chirac lançait sa campagne. Si mes parents étaient alors plutôt politiquement indifférents en ce temps, ce n’était pas mon cas. Dieu que j’admirais le grand Jacques. Je ne comprenais évidemment rien à ce qu’il disait, ni ne connaissais son parcours politique. Il apparaissait pourtant à mes yeux d’enfant comme l’image idéalisée du chef de la nation. En comparaison le socialiste Lionel Jospin semblait bien fade, terne et strict. Un instituteur, tout au plus. Je me souviens d’ailleurs très bien d’une grosse dame mal attifée essayant de déchirer une affiche de campagne du RPR près de mon école, ce qui m’avait alors profondément choqué.

Ceux qui portent aujourd’hui des tee-shirts à son effigie dans les quartiers branchés de la capitale l’eussent probablement vomi dans les années 80, quand, habile et opportuniste, il incarnait hypocritement une droite musclée qui ne fut jamais réellement la sienne.

Avec presque 20 ans de recul, on peut dire que Jacques Chirac a été le premier Président fainéant de la Vème République, comme il y eut naguère les rois fainéants. Le choix de François Hollande, lui aussi politiquement installé dans la tranquille Corréze, pour successeur et légataire politique, témoignera assez bien de ce que fut réellement Jacques Chirac. On se remet difficilement de ses amours de jeunesse. Un slogan est dans le cœur d’un enfant, une chose puissante. Quiconque avait dix ans en 1995 ne peut plus manger une pomme sans penser à l’élection de Jacques Chirac. L’image lui est définitivement attachée. Et quoi d’autre ? Un Président relativement impopulaire du temps de son exercice puis réévalué après ? Pour les bonnes raisons ?

Il fut, au moins, un maire de Paris correct en comparaison avec celui et celle qui lui ont succédé. Car, l’homme portait beau. C’est déjà beaucoup pour les critères de 2019. Sa France était plus pacifiée, moins fragmentée, pas encore pleinement transformée.

Oh, Jacques Chirac a bien su refuser d’engager la France dans la funeste guerre d’Irak pensée et planifiée par Dick Cheney et Donald Rumsfeld. C’est à porter à son crédit. Bien peu, à la vérité, au regard d’un bilan absolument catastrophique par ailleurs. Distant et lointain, Jacques Chirac n’avait pas la position du monarque arbitre des élégances républicains, mais celle, bien moins glorieuse, du planqué qui a trahi tous ses engagements et engagé la France sur la voie qui est désormais la nôtre. Un peu (beaucoup) démagogue, Jacques Chirac n’aimait rien tant que passer pour un humaniste capable de s’encanailler devant une tête de veau et une corona.

Au fond, personne n’est nostalgique de Jacques Chirac ou ne regrette sa présidence. Nous pleurons d’abord et avant tout notre enfance et notre adolescence dans une France aujourd’hui disparue.

Il fut, au moins, un maire de Paris correct en comparaison avec celui et celle qui lui ont succédé. Car, l’homme portait beau. C’est déjà beaucoup pour les critères de 2019. Sa France était plus pacifiée, moins fragmentée, pas encore pleinement transformée. Chirac a tout de l’image d’Epinal du Français des années 70, genre de Jean-Pierre Marielle engagé en politique ou de bourgeois décontracté à la Chabrol. Ceux qui portent aujourd’hui des tee-shirts à son effigie dans les quartiers branchés de la capitale l’eussent probablement vomi dans les années 80, quand, habile et opportuniste, il incarnait hypocritement une droite musclée qui ne fut jamais réellement la sienne. Au fond, personne n’est nostalgique de Jacques Chirac ou ne regrette sa présidence. Nous pleurons d’abord et avant tout notre enfance et notre adolescence dans une France aujourd’hui disparue. L’homme fort du RPR n’a aucun bilan autre que celui qu’il a subi.

Puisse ce moment de communion nationale avoir au moins la vertu de relancer la mode des plats de bistrot, des chemises hawaïennes et des chaussettes rouges…

Les violons seront bientôt sortis pour honorer la mémoire du grand homme. Puisse ce moment de communion nationale avoir au moins la vertu de relancer la mode des plats de bistrot, des chemises hawaïennes et des chaussettes rouges…

 

Gabriel Robin

 

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