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Médiatiser la France des terroirs

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Publié le

6 janvier 2021

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Il y a un an, presque jour pour jour, nous lancions dans L’Incorrect un appel à la création d’une « Fox News à la française ».
Pernaut

Que CNews l’ait entendu ou qu’une même idée ait germé dans l’esprit de ses dirigeants, le pari a été relevé. Le virage intellectuel était osé, il a été accompli brillamment, et les chiffres de l’audimat le confirment. Il manque pourtant, avant qu’un label « NF » puisse être apposé sur cette chaîne, ou sur une autre, et qu’elle acquière une place unique dans le PAF, une dimension cruciale : le terroir. Celui-là même, et celui-là seul, qui autorise la France périphérique à revêtir de nouveau la parure de la France éternelle, et à renvoyer les bobos urbains et cosmopolites à leurs modèles de développement obsolètes.

Lorsque le 25 août 1944, depuis l’hôtel de ville de Paris, le Général de Gaulle évoque « la seule France, la vraie France, la France éternelle », à quoi songe-t-il ? À la « République et ses valeurs » si chère à Emmanuel Macron ? Il songe probablement à ce qui fait l’âme de la France, et que l’on retrouve dans les vieilles et prestigieuses pierres qui étayent notre patrimoine autant que dans les arts de la table, des étoffes, du verre, du bois. Dans la petite industrie comme dans l’agriculture. Dans les champs, les massifs montagneux, les forêts, les vignobles, le long des côtes maritimes comme des fleuves, dans les marais salants comme dans les bassins ostréicoles – dans une terre façonnée par le génie des hommes. Dans une France des terroirs porteuse de l’héritage des siècles, que le monde entier regarde avec ravissement, mais qui semble si dérisoire aux élites qu’elles n’ont de cesse de la monnayer, de la rentabiliser, de l’internationaliser, c’est-à-dire de la liquider…

Qui, en effet, a incarné dans les médias cette France des coins oubliés, des vieux métiers comme des artisans d’art, davantage qu’un Jean-Pierre Pernaut ?

Populiste, la politique des terroirs ? En rien. Aristocratique ! La France des terroirs renferme la véritable élite, celle qui s’est construite au fil de siècles de labeur. Une supériorité du savoir-faire, palpable, reconnaissable, vérifiable, qu’on n’achète ni ne courtise, et qui a ciselé le visage de la France dans le granit de l’Histoire. C’est l’aristocratie civilisationnelle nationale, invisible et silencieuse, qui est tout entière logée là, dans les replis d’une France que l’on oublierait aisément si certains journalistes n’avaient eu de cesse de lui tendre un micro.

Qui, en effet, a incarné dans les médias cette France des coins oubliés, des vieux métiers comme des artisans d’art, davantage qu’un Jean-Pierre Pernaut ? Qui plus que lui l’a promue, inlassablement, jour après jour, pendant des décennies ? Lorsque Christophe Guilluy secoue la poussière intellectuelle de la classe politique jacobine en théorisant la fracture territoriale qu’Emmanuel Macron prendra en pleine figure durant la crise des Gilets jaunes, que fait-il sinon synthétiser sous forme de chiffres et de graphiques l’histoire populaire que le « 13 h de Pernaut » raconte depuis plus de trente ans ? Jean-Pierre Pernaut est probablement, avec Stéphane Bern – notre Monsieur Patrimoine – l’un des présentateurs les plus raillés par l’élite ; ils sont aussi parmi les plus essentiels à notre pays, et parmi les plus aimés des Français. Mépris des classes dirigeantes actuelles pour cette France d’en bas, celle de Madame Michu et de Monsieur Tout-le-Monde ? Oui, certainement. Mais pas seulement. Incompréhension surtout de ce qui constitue le ressort de la véritable politique française.

Lire aussi : Chronique civilisationnelle : La disparition du « génie de la France »

Le ressort de la véritable politique française, dites-vous ? Rien que ça ? Quel est-il donc, ce ressort ? Un reportage sur la pénurie de pommes en France, sur l’origine de Saint Nicolas, ou sur Chamatex, une marque de baskets françaises, comme on en trouve sur le nouveau média en ligne Neo ? Exactement ! John Maynard Keynes écrivait en 1932 (déjà) : « Le capitalisme international, et cependant individualiste, aujourd’hui en décadence, aux mains duquel nous nous sommes trouvés après la guerre, n’est pas une réussite. Il est dénué d’intelligence, de beauté, de justice, de vertu, et il ne tient pas ses promesses. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser ». Dans ce texte révolutionnaire, l’économiste de Cambridge trace la voie d’une politique post-capitaliste, où producteurs et consommateurs sont réintégrés dans une économie résolument nationale, où l’intelligence, la justice, la vertu et la beauté viennent féconder ce que nous nommons civilisation. C’est à cela, plus encore qu’aux débats intellectuels et politiques, que les chaînes d’info doivent s’intéresser.

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