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Dettinger, Benalla : le gitan-émissaire et le favori

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© DR

Complotisme délirant, vulgarité crasse, et xénophobie primaire. Pour l’homme de la rue, le doute n’est plus permis, ces traits de caractère ne peuvent que décrire Donald Trump, pas le jeune demi-dieu qui occupe l’Elysée. Emmanuel Macron n’est pas homme à se laisser aller, il a la tenue et la retenue qui sied à son rang.

Le si bienveillant Macron mépriser un homme sur la foi de ses seules origines ethnoculturelles, utiliser le ressort éculé du gitan-émissaire ? Non, ce n’est pas possible, on ne peut pas y croire. Et pourtant…

 

 

« Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan ! », qu’en termes peu choisis ces choses-là sont dites. Christophe Dettinger ne peut donc être aux yeux du président de la République qu’un semi-débile n’ayant pas accès au langage, parce que boxeur et « gitan ». Alexandra Benalla, son petit favori, n’avait-il pas lui-même été briefé par la reprise de justesse Mimi Marchand pour jouer au mieux son rôle ?

De fait, Christophe Dettinger est un « gitan », plus précisément un yéniche, petit peuple nomade est-européen aux origines multiples auxquels appartenait un inculte bien connu répondant au nom de Yul Brynner, et qui compte aujourd’hui dans ses rangs plusieurs champions français de boxe – feu Alexis Vastine, ou Julien Lorcy – mais aussi un chanteur élégant venu de Suisse, Stéphane Eicher.

 

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Oh, loin de moi l’idée de dresser un portrait idyllique des « gitans » et autres « gens du voyage », de faire des frères Hornec des Peaky Blinders contemporains, ou de me lancer dans une tirade enflammée sur le flamenco-blues de Pata Negra ou Paco de Lucia.

Oui, les multiples ethnies ou groupes sociologiques de voyageurs sont des populations plus fortement criminogènes que la moyenne, parfois rétives à s’astreindre aux règles d’une société totalement pensée par et pour les sédentaires que nous sommes depuis le Néolithique. Nul ne dira le contraire. Mais peut-on décemment nier qu’il puisse y avoir parmi eux d’honnêtes citoyens tout à fait capables d’exprimer une pensée intelligente dans un français intelligible ?

Après la diffusion de la fameuse vidéo montrant le susnommé Dettinger affronter des policiers, je suis allé consulter sa page Facebook. Les messages qui y figuraient étaient écrits sans fautes d’orthographe, y compris ceux antérieurs aux faits, ce qui prouve que la théorie d’Emmanuel Macron est mensongère ; subséquemment qu’il est mal renseigné, contrairement à la bande de pieds-nickelés qui l’entouraient avant le « film d’horreur » de la Contrescarpe, pour reprendre les termes de Vincent Crase.

 

 

Des ancêtres de Christophe Dettinger se sont peut-être battus pour la France en 14, y ont peut-être laissé la vie. De nombreux gitans sédentarisés sont patriotes, aiment leur pays qui est la France et sont de fervents catholiques qui y ajoutent un ensemble de croyances transmises oralement.

Emmanuel Macron juge qu’il est venu le temps pour lui d’une « conversion » qui pourrait l’amener à parler moins franchement. Il ne comprend pas que le problème n’est certainement pas sa franchise. Qui pourrait la lui reprocher dans une époque aussi aseptisée que la nôtre où la parole politique se réduit le plus souvent à une somme d’éléments de langage associés avec plus ou moins de bonheur ?

 

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Ce qui lui est reproché est autre : sa légèreté enfantine teintée de vulgarité et de bêtise. Une intelligence cultivée et un cerveau rapide ne suffisent pas à former l’intelligence, moins encore une intelligence politique.

Ce mépris ignorant révélateur d’un fond bourgeois de personnage de roman du XIXème français finissant trahit l’impuissance d’Emmanuel Macron à s’adresser correctement à son peuple. A-t-il un surmoi l’enfant devenu roi ? L’enfant tout puissant couvé par une mère trop aimante ? Se dit-il – hypothèse un peu osée – qu’il séduira les retraités et la droite en « parlant vrai » et en désignant le gitan-émissaire à la vindicte en vue des européennes ?

Il est aussi possible qu’il raisonne ainsi parce que cela correspond à sa personnalité, comme il a eu un temps besoin d’Alexandre Benalla pour comprendre la rue et une jeunesse qui lui est totalement étrangère. Qu’il y ait eu, au cours de la crise des Gilets Jaunes, une amplification ou une hystérie autour de phénomènes plus ou moins marginaux, est une vérité.

 

 

Reste qu’Emmanuel Macron devrait d’abord chercher à comprendre profondément ce qui a provoqué cette révolte qui n’en finit plus de durer. Il ne s’agit pas d’une manipulation mais des conséquences logiques d’un effondrement et d’un déclin français que des politiques perçues comme injustes et inefficaces ne sauraient résoudre, de même que le dédain vulgaire propre à ces hommes qui ont fait trop rapidement fortune.

Ou demain, finira-t-il évincé par son ancien garde du corps devenu nouveau Maximin Ier le Thrace, prêt à monter une liste aux européennes sur le thème de l’immigration et de la sécurité, sûr que ses origines préviendraient les attaques … de la gauche !

 

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