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Excuses de Ruffin et Delga : la gauche terrorisée

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Publié le

9 juin 2023

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Les contritions publiques de François Ruffin et de Carole Delga rappellent, s’il le fallait encore, qu’à gauche, c’est l’aile radicale qui dirige.

Les temps sont durs à gauche, où le moindre mot de travers peut coûter cher. Jeudi 1er juin, c’est François Ruffin qui en a fait les frais, pour des propos jugés « polémiques » dans l’émission du « 8h30 de FranceInfo ».

Français Ruffin transphobe ?

Tout se passait comme prévu, lorsque soudain, le journaliste interroge l’invité sur le vote en Espagne d’une loi autorisant le changement de genre, promulguée en février dernier sous l’impulsion de Podemos, le parti espagnol analogue à LFI. Visiblement gêné par la question du journaliste, François Ruffin explique que d’après lui, le sujet est « le travail, le partage des richesses et la démocratie ». Le journaliste l’interrompt : « Pas les lois de société ? », ce à quoi François Ruffin répond que la « société est profondément fracturée en France », et qu’il lui faut de « l’apaisement, de la stabilité ». Jusqu’ici, le discours est maîtrisé. C’était sans compter sur le journaliste qui décide de relancer une fois encore : « Pas de loi qui fracture la société, cela veut dire pas de loi sur la GPA » ou « sur le genre ? ». Le malaise est palpable. Ruffin explique qu’il n’est « personnellement pas favorable à la GPA »et pense qu’elle « ne doit pas être placée au cœur de notre projet ».

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Cette petite phrase qui a échappé au député a déchaîné les passions sur la toile, d’autant plus que la date du « dérapage » tombe mal : le 1er juin lance le mois des fiertés LGBT+. Les commentaires négatifs ont vite afflué de toutes parts, à la fois des lobbies ou de plusieurs personnalités à l’intérieur de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (NUPES), jugeant de manière très critique sa prestation et demandant des excuses. Par exemple, « Le coin des LGBT » pestait sur Twitter : « François Ruffin ne veut pas d’une loi permettant de changer plus facilement sa mention de genre car il faut “de l’apaisement“ pour que son parti accède au pouvoir. » Dans la même lignée, son collègue LFI, Antoine Léaument, s’était immédiatement désolidarisé en déclarant que cette position est « un avis personnel qui n’engage pas le mouvement » insoumis. Sophia Chikirou, une proche de Jean-Luc Mélenchon, n’a pu s’empêcher d’ajouter : « Ce propos, en ce jour, est au mieux maladroit, au pire une faute politique. »

Ces pressions (on n’ose imaginer ce qui s’est dit en privé) ont fait revenir, dès le lendemain, le protagoniste sur ses propos. En effet, sur Twitter, il a fait pénitence publique : « Hier matin, dès ma sortie du plateau de FranceInfo, j’ai dit à mes colabs : “Ma réponse sur le genre, ça ne va pas. J’aurais dû rappeler des évidences.” Du pacs au mariage pour tous, la société française a progressé sur les droits des personnes LGBT +. Elle est mûre pour le faire encore, pour combler les manques, j’en suis convaincu. Sur ce sujet, comme sur pas mal d’autres, en toute humilité, je dois progresser ».

Carole Delga raciste ?

Près d’une semaine plus tard, le mercredi 7 juin, c’est au tour de Carole Delga de faire les frais de l’émission de FranceInfo. Cette fois, la « sortie de la route » idéologique est sur l’immigration et la future loi du gouvernement en la matière. Fidèle aux traditions de sa formation politique, elle récite à tue-tête les habituels refrains des responsables politiques de gauche depuis plus de 40 ans, à savoir que l’immigration est une « richesse » pour la France. Ainsi, la présidente de la région Occitanie affirme que ce sont majoritairement des immigrés qui ont permis le fonctionnement des hôpitaux et des services publics durant la crise du covid. Mais l’argumentaire manque encore un peu de chair. Alors la socialiste décide d’employer les grands moyens : les personnalités préférées des Français sont le footballeur Kylian Mbappé et le chanteur Yannick Noah. C’est bien la preuve ! Entendant cela, la journaliste s’empresse de préciser : « Ce sont des Français, attention ». Embarrassée, l’élue essaye de se rattraper comme elle peut : « Oui, mais ils sont originaires d’autres pays… »

Les gauches, de quelques nuances qu’elles soient, doivent toujours s’aligner sur l’aile radicale, sous peine d’être excommuniées. Gare au révolutionnaire qui ne serait plus assez révolutionnaire

Il n’en fallait pas tant pour que la machine médiatique s’emballe. Certains de ses acolytes l’accusent de racisme. Jean-Luc Mélenchon affirme que Carole Delga « affiche ses préjugés sur la nationalité de Français d’après leur couleur de peau », ce qui relève d’une « consternante contamination par les clichés de l’extrême droite ». Sandra Regol, députée EELV, déclare : « On lui pose une question sur la régularisation des sans-papiers et Carole Delga répond en parlant de Killian Mbappé et Yannick Noah. Ce sont des Français, nés en France. Confondre couleur de peau et nationalité, ça ne ressemblerait pas à du racisme ? »

Alors aux mêmes maux, les mêmes remèdes : Carole Delga a rapidement, par l’intermédiaire de ses réseaux sociaux, battu sa coulpe publiquement. « Je regrette de m’être mal exprimée. Je m’appelle Delga. Première, deuxième, centième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés. Face à ceux qui brandissent l’immigration comme une menace, j’ai rappelé que c’était une richesse, une contribution au génie et aux succès de notre pays. »

Quand la Révolution dévore ses enfants

Certes, ces deux contritions publiques s’expliquent par les velléités nationales des deux protagonistes : chacun souhaitant, à terme, réunir la gauche derrière sa bannière, il est compréhensible de préférer le consensus à la dissension pour ne pas se griller. Cette séquence lamentable en dit toutefois beaucoup sur ce qu’est la gauche.

Lire aussi : Immigration : Mathieu Bock-Côté contre les faussaires

Sur son fonctionnement d’abord. Si à droite, en vertu du cordon sanitaire, les responsables politiques font tout leur possible pour ne pas être assimilés aux idées de l’« extrême droite », la gauche fonctionne à l’inverse : c’est son aile radicale qui donne le la et distribue les points. Une faute de langue ou un avis divergent, et vous voilà transphobe ou raciste, complice de l’extrême droite et cible des anathèmes. Pour le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté, analysant la séquence sur CNews, « être de gauche, c’est être d’accord avec la revendication minoritaire du moment […]. C’est la gauche qui décide si on est avec elle, et si on ne se plie pas à ses revendications idéologiques, alors on sera chassé à droite ou à l’extrême droite ». En clair, les gauches, de quelques nuances qu’elles soient, doivent toujours s’aligner sur l’aile radicale, sous peine d’être excommuniées. Gare au révolutionnaire qui ne serait plus assez révolutionnaire. Pour ne pas y laisser sa tête, il faut donc se flageller et accepter de se faire idéologiquement rééduquer. « En s’excusant, François Ruffin peut être réintégré comme étant de gauche. »

Sur son fond idéologique ensuite. Défenseur sincère des classes populaires, soucieux des problèmes concrets des Français, François Ruffin avait bien raison de balayer les lubies sociétales. Cette ligne n’est toutefois plus audible dans la gauche diversitaire, qui a abandonné le peuple depuis bien longtemps pour les minorités en tous genres. « La gauche n’est plus portée par le souci du plus grand nombre, elle est dans la religion des plus fanatiques qui prétendent représenter sans en avoir demandé la permission, ces minorités. » En perdant son courage, Ruffin a perdu notre respect.

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