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Immigration : Mathieu Bock-Côté contre les faussaires

Le sociologue et essayiste québécois analyse et dénonce la structuration politique et idéologique du régime diversitaire qui empêche de poser la question de l’immigration massive.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Dans une tribune pour Le Monde, 400 scientifiques disaient leur « unanimité » sur l’absence de « subversion migratoire » et appelaient à remettre de la « raison » dans le débat. Qu’avez-vous pensé de ce texte et comment expliquez-vous cette position ?

J’ai hésité entre la stupéfaction et le fou rire! Laissez-moi les citer un instant : « Les chercheurs de toutes les disciplines sont d’accord: il n’y a pas de submersion migratoire, les régularisations et les sauvetages en mer n’ont jamais provoqué d’“appel d’air” et le grand remplacement de la population française est un mythe. Sociologues, politistes, économistes, juristes, démographes, géographes, historiens et philosophes sont unanimes sur ces questions. Malgré leurs efforts pour se faire entendre, les scientifiques se désolent de voir les résultats de la recherche ignorés ou détournés dans les débats publics et les discours politiques ». Les 400 « scientifiques », qui regroupaient dans les faits quelques figures de la nomenklatura parisienne et plusieurs inconnus prétentieux de la lupen-intelligentsia universitaire sont là pour nous expliquer que l’immigration massive, qui est la grande révolution de notre temps, n’existe pas. Et tout cela, apparemment, ferait l’unanimité chez les « scientifiques ». Avez-vous compris ? Ils sont unanimes ! Plus encore, s’il y a des mouvements migratoires, ils concernent tout autant une remontée du Sud vers le Nord qu’une descente du Nord vers le Sud. Et nos « scientifiques » de réclamer une reprise en main du débat, pour le remettre en ordre à leur manière !

« Comme chaque fois qu’une idéologie est démentie par le réel, elle se radicalise dans le déni de cette réalité »


Mathieu Bock-Côté

J’en retiens une chose simple : nous sommes témoins d’une instrumentalisation grossière de la référence à la « science », qui se présente souvent davantage comme une technique rhétorique d’intimidation. Ce sont les mêmes, généralement, qui nous expliquent que la science n’a trouvé pour l’instant aucune preuve de l’existence des deux sexes, et qu’il n’y aurait devant nous que des identités de genre socialement construites. J’ai vu dans cette lettre un exemple parmi d’autres de l’effondrement intellectuel de l’enseignement supérieur et du mal fait à la science authentique par les idéologues autoproclamés scientifiques. Bien honnêtement, il faut cesser de prendre au sérieux ces gens.

Malgré les chiffres annoncés par Gérald Darmanin et Emmanuel Macron sur le lien entre immigration et délinquance, la presse de grand chemin continue de parler de « fait divers » et non de « fait de société ». Déni de réalité ou maquillage volontaire ?

Un peu des deux. Ce fait sociologique majeur est tout simplement inconcevable pour la presse progressiste. Si elle consentait à nommer la réalité, c’est tout son système de représentation du monde qui s’effondrerait. La thèse est martelée sans cesse: l’immigration est une chance pour la France, et lorsqu’elle ne s’intègre pas, c’est à cause des structures discriminatoires de la société d’accueil, qui refouleraient dans les marges la figure de « l’Autre ». Alors comme chaque fois qu’une idéologie est démentie par le réel, elle se radicalise dans le déni de cette réalité. Mais la dimension « maquillage volontaire » n’est pas absente dans la mesure où le régime falsifie encore la description du réel. Car nommer cette réalité documentée consisterait à « stigmatiser » les populations issues de l’immigration, ce qui est insensé car elles souffrent elles aussi de ces bandes ! C’est ce qu’on pourrait appeler l’institutionnalisation du mensonge. La sociologie excelle en ce domaine. Vous vous souvenez, je devine, de la théorie du supporter britannique, après les événements du Stade de France ? Cette délinquance agressive entend non seulement multiplier les razzias mais aussi humilier la population d’accueil en lui expliquant qu’elle n’est plus chez elle en son pays. Derrière le pourrissement du quotidien, c’est aussi une question de souveraineté qui se joue sans le dire.

Lire aussi: Michèle Tribalat : « La population d’origine africaine en France a augmenté de 71 % en deux générations »

Comment expliquer ce besoin d’aller à l’encontre du sens commun? Y voyez-vous un mépris de classe ?

J’y vois d’abord une faillite de l’intelligence. Nous sous-estimons, je crois, la puissance déformatrice de l’idéologie sur notre capacité à lire adéquatement les phénomènes sociaux en les déréalisant. Ce déni de réel fonctionne à la manière d’un jeu de définitions, qui crée un univers symbolique et idéologique parallèle dans lequel nous sommes obligés de nous enfermer, et dont on doit répéter les prières, si on veut faire carrière, et cela notamment dans le monde universitaire. Disons-le autrement: le régime diversitaire crée un univers médiatique dédoublé d’où le réel est prescrit, et qui cherche à l’y faire entrer risque gros. Devant le réel, les gardiens de l’orthodoxie idéologique disent : no pasaran ! Car voyez-vous, pour ces gens, nommer le réel serait fasciste. Cela dit, le mépris de classe n’est évidemment pas absent. On se représente les Français comme un peuple historiquement retardé, attaché de manière fantasmatique à une identité perdue, qui n’aurait même jamais existé !

Comment analyser la construction de ce récit médiatique appuyé par des « experts » ?

En se rappelant que l’expertocratie universitaire est une intelligentsia lyssenkiste, dont la fonction ne consiste pas à décrire la réalité mais à rafistoler à coups de concepts toujours plus audacieux un récit idéologique, celui de la diversité heureuse, qui ne se maintient que parce qu’il est de plus en coûteux socialement, médiatiquement, financièrement ou juridiquement de le contester. Ceux qui, au début des années 1980, en URSS, faisaient des efforts doctrinaux pour sauver la validité théorique d’un marxisme désavoué par le réel étaient dans la même situation mentale.

« Il suffit de décréter que ce peuple n’existe pas pour expliquer qu’il ne peut pas devenir minoritaire chez lui »


Mathieu Bock-Côté

D’ailleurs avez-vous lu le dernier livre de François Héran, Immigration le grand déni ?

Évidemment, il faut toujours lire les intellectuels de référence du régime. Sa thèse est finalement assez simple. D’abord : la submersion migratoire n’a pas lieu, aurait-elle lieu qu’on ne pourrait pas la maîtriser car elle relèverait d’un droit surplombant les souverainetés, un droit sur lequel nous n’aurions aucune emprise. Et elle n’a pas lieu car elle ne peut pas avoir lieu, car cela supposerait l’existence d’un peuple historique à submerger. Il suffit dès lors de décréter que ce peuple n’existe pas pour expliquer qu’il ne peut pas devenir minoritaire chez lui. C’est simple, non ? Il n’y a pas de changement de peuple parce qu’il n’y a pas de peuple.

Le réel va-t-il faire craquer le politiquement correct, ou celui-ci a-t-il encore de beaux jours devant lui ?

Il a de beaux jours devant lui, hélas. Le régime diversitaire est structuré politiquement et idéologiquement pour empêcher la question de l’immigration massive de se poser. Il extrême-droitise ceux qui veulent la poser, il en saucissonne la présentation médiatique, et impose une propagande pour s’assurer qu’elle ne structure pas le débat public, en cherchant à convaincre la population qu’elle est secondaire. On l’a vu dans les premiers mois de la présidentielle, quand le système médiatique a tout fait pour chasser la question identitaire du débat public, comme s’il s’agissait d’une lubie d’intellectuels névrosés et paranoïaques étrangers à la vie ordinaire des gens ordinaires. Pour l’instant, le régime diversitaire y parvient.

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