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Huit saisons, soixante-treize épisodes, des milliards de vues, et un million de pétitionnaires pour demander la réécriture de la dernière saison : la série inspirée des livres de George R.R. Martin aura battu tous les records. Le dernier chapitre clos et le travail de deuil amorcé, il est temps de prendre du recul et d’affronter la grande question : au fond, GOT méritait-il tout ce tintouin ? Duel sanglant à la rédaction entre Arthur de Watrigant et Gabriel Robin.
OUI. Pour ses batailles sublimes.
La chance de GOT, c’est d’avoir pu profiter du talent de Miguel Sapochnik. En deux épisodes, le réalisateur de Fringe, Banshee ou True Detective (saison 2), se hisse au niveau de la fameuse bataille du Gouffre de Helm du Seigneurs des anneaux. Avec « La Bataille des bâtards » (saison 6, épisode 9), Sapochnik plante sa caméra dans la boue et à la faveur d’un plan-séquence virtuose immerge le spectateur dans un chaos aussi sanglant qu’épique qui convoque à la fois Paolo Ucello et Azincourt. Mais c’est avec « La Bataille de Winterfell » (saison 8, épisode 3) que GOT touche au sublime. L’affrontement tant attendu avec les Marcheurs Blancs offre un sommet de mise en scène. Une guerre nocturne, une demi-douzaine de points de vue et un génocide-minute hors-champ des valeureux Dothrakis : Sapochnik privilégie le ressenti, étire les plans, les découpe au scalpel : intense et grandiose. Arthur de Watrigant
NON. Tout ça pour ça.
Deux ans d’attente fébrile pour la dernière saison de GOT autorisaient les aficionados à espérer un finale éblouissant et sans aucun temps mort. Las, plusieurs épisodes faiblards, voire geignards, sont venus ternir cette conclusion, à commencer par l’épisode inaugural lourd, lent, pachydermique. Si les scénaristes ont péniblement insisté sur la psychologie des personnages pris dans un conflit eschatologique opposant le monde des vivants à celui des morts, ils ne sont pas parvenus à les rendre touchants ni à nous faire sentir l’enjeu. Du bavardage, de gros effets mélodramatiques, pour une Arya dépucelée sans cérémonie, un Jon Snow totalement perdu et une Daenerys trop hystérique pour nous émouvoir. Une fin tout à la fois bâclée et trop longue : étonnant paradoxe. Gabriel Robin
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OUI. Pour son diagnostic de la nature humaine.
GOT déroute par la complexité de ses personnages. La dualité du bien et du mal y est inhérente à chaque être humain. C’est parce que Jaime Lannister enfile sa sœur et croit buter Bran qui les surprend qu’il nous émeut lorsqu’il sauve son nain de frère. C’est parce que Daenerys, comme une grande âme de gauche, pense qu’elle seule peut débarrasser l’humanité de son péché pour bâtir un monde meilleur, qu’elle fait rôtir sans scrupule des milliers d’innocents au feu de son dragon. Loin du manichéisme domine une zone grise où les passions exacerbées s’entrechoquent, où le mal infecte tout mais où l’honneur et la rédemption peuvent également surgir au fond de la nuit. « Des dizaines de milliers d’innocents contre un nain pas particulièrement innocent, le marché semble honnête », dira Tyrion Lannister. Sublime. Arthur de Watrigant

NON. Une mythologie escamotée.
Outre la dimension politique de GOT, l’un de ses aspects les plus intéressants était sa mythologie : Premiers Hommes, Andals, Dieu sans visage, enfants de la forêt, mur, dragons, Targaryens, Dieu rouge, etc. L’ensemble est gaspillé avec pertes et fracas. Sans aller jusqu’à penser qu’il eût fallu lever tous les mystères de la saga, il est permis d’affirmer qu’une touche plus mystique aurait conféré une dimension supérieure à une dernière saison au ras du sol. La Corneille à trois yeux, celle qui voit tout, n’a pour ainsi dire rien donné à voir aux spectateurs hormis quelques scènes de fan service pur et dur ; ce à quoi on peut également réduire l’étrange « romance » entre Jamie Lannister et Brienne de Torth, ou ce nouveau titre de Lord accordé au brave Gentry Baratheon, aussi falot qu’un navet. Gabriel Robin
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OUI. Pour sa sublimation d’une série de genre.
Si, depuis la jurisprudence des Tuches, on ne peut juger la réussite d’une œuvre à son audience, le succès planétaire d’une série de genre Heroic Fantasy qui s’assume en tant que telle repose forcément sur une recette de qualité. GOT rompt l’opposition entretenue rive gauche entre le populaire et l’artistique en assumant l’ambition d’une épopée shakespearienne à travers un format de série permettant une grande innovation narrative. Mais c’est surtout par les thématiques qu’elle aborde que la série rejoint une dimension universelle : la passion, les conflits cornéliens, la soif de pouvoir, la quête de soi, mais aussi la famille, les frontières, l’identité, l’enracinement : de quoi expédier à Sainte-Anne tous les progressistes postidentitaires. Arthur de Watrigant

NON. Un propos fin comme un mammouth.
Daenerys Targaryen devenue tyran sanguinaire ? Comme c’était prévisible… Quand les cyniques comme Varys et Tyrion préviennent les massacres, les idéalistes nous y précipitent. Une libératrice qui humiliait les hommes libres et s’appuyait sur des armées étrangères pour ses conquêtes ne pouvait que finir en petit Pol Pot chevauchant un dragon furieux. Quant à Arya… Passer de tueuse chuchotant à l’oreille du dieu sans visage à représentante commerciale de la maison Stark : quel ennui. Idem pour Jon Snow qui, après son seul acte de bravoure de la saison 8, laisse encore tout tomber pour finir au pôle nord. Le reste est à l’avenant, dans un monde médiéval à moitié détruit auquel on soumet l’idée de la démocratie représentative avant qu’il ne se choisisse un roi sans descendance. Tout finit bien à Hollywood. Gabriel Robin
Arthur de Watrigant et Gabriel Robin
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