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Jean-Frédéric Poisson : « Le combat de l’islam est un combat culturel et nous devons le mener avec notre culture »

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Cet entretien avec Jean-Frédéric Poisson est paru en polonais dans l’hebdomadaire Do Rzeczy du 7 janvier. Le président du Parti chrétien-démocrate analyse la fracturation de la société française contemporaine, prise en étau entre libéralisme progressiste et islam, et donne les moyens d’y remédier.

 

La France dans 30 ans, selon vous, ce sera la fille aînée de l’Église, la petite-fille de Robespierre et de Karl Marx ou la petite-nièce de Mahomet ?

 

La France restera quoi qu’il arrive la fille aînée de l’Église, car je suis persuadé que tout ce qu’il y a de fond de tradition et de culture dans notre mode de vie, dans nos rapports sociaux, est pétri de christianisme. Le peuple français ne se laissera détruire ni par le rationalisme furieux du libéralisme moderne, ni par l’islam. Par ailleurs, le néolibéralisme ne se porte pas bien. Ce projet de société est mort, ou plutôt sous respiration artificielle parce qu’un certain nombre de dirigeants autoritaires comme le nôtre le maintiennent en vie. Quant à l’islam, il est perclus de crises extrêmement profondes, qu’elles soient sociales, économiques, culturelles, intellectuelles ou religieuses.

 

On a l’habitude de penser que certains pays musulmans, comme l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, voudraient islamiser l’Europe par l’immigration. Dans votre dernier livre, L’Islam à la conquête de l’Occident, vous montrez que c’est l’ensemble des pays musulmans qui ont une stratégie pour islamiser l’Europe.

 

En effet, il y a 19 ans à Doha, au Qatar, les 57 États membres de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) ont adopté un plan d’action intitulé « Stratégie de l’action islamique culturelle à l’extérieur du monde islamique ». Ce plan consiste à fracturer les sociétés occidentales en réislamisant les communautés islamiques et en s’en servant pour étendre la charia en Europe. L’esprit de cette stratégie est fondé sur la création de communautés autarciques dont le mode de vie serait officiellement reconnu à l’égal de tous les autres modes de vie voisins, avec leurs propres centres culturels et religieux, leur propre action sociale, leur propre politique de la jeunesse, et puis aussi éventuellement leur propre financement – c’est la question de la taxe halal – et le cas échéant avec des tribunaux séparés puisqu’il y a même une invitation à créer une juridiction islamique au sein des pays occidentaux.

 

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Le tout est soutenu financièrement par les États membres de l’OCI qui prennent l’engagement dans la Stratégie de soutenir financièrement toutes les associations qui s’inscriraient dans ce plan. Et ils le font, puisque l’Arabie saoudite finance l’installation du wahhabisme en Europe et que la Turquie y finance elle aussi une conception très intégrale du Coran et de l’islam. Quant aux Qataris, les deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont écrit un livre il y a quelques mois, Qatar Papers, qui recense à peu près 140 projets réalisés par le Qatar pour islamiser l’Europe. Tout cela est en route !

 

Le prédécesseur d’Emmanuel Macron, François Hollande, parlait de partition de la France. Le ministre de l’Intérieur précédent, Gérard Collomb, évoquait des gens qui vivent face-à-face. Emmanuel Macron a mis récemment en garde contre le risque de guerre civile. Le risque d’une guerre civile est-il réel en France ?

 

Il est réel dans la mesure où la France a abandonné sa conception latine qui était que nous faisons partie de la même société pour en réaliser le même bien, quelles que fussent les origines, la culture et les conceptions politiques de chacun. C’est ce qui faisait que la France pouvait se concevoir comme une communauté, une nation. Le sentiment d’appartenance à la nation s’est délité pour deux raisons : la gauche française a beaucoup fait pour le tuer et le consumérisme a considérablement affaibli les liens sociaux. Dans une société devenue très diverse du point de vue des attachements, des modes de vie, des origines ethniques, religieuses ou administratives – la nationalité –, le repli sur soi ne se fait pas sur un projet commun mais sur des morceaux de la société. Dans cette société néolibérale, la violence s’exacerbe et conduit assez nécessairement vers des affrontements très vifs et assez durs.

 

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Je crois donc que tous les ferments d’une guerre civile sont réunis et nous sommes nombreux à partager ce sentiment. Ce n’est cependant pas inéluctable. Nous pouvons encore renoncer à ce projet multiculturaliste qui vient de la gauche et que Macron a épousé, parce que lui aussi est un homme de gauche. L’identité nationale et la souveraineté française sont un projet politique qui peut être réaffirmé pour recréer un sentiment d’appartenance. Nous ne sommes pas non plus obligés de considérer systématiquement que l’homme aussi est une marchandise, et il est encore possible de renouer avec la pensée sociale chrétienne.

 

Vous parlez de culture chrétienne et vous faites allusion à des valeurs chrétiennes en politique, mais qu’en est-il de la foi chrétienne en France ? Certains parlent d’un renouveau, notamment chez les jeunes et par le biais des mouvements catholiques. Est-ce aussi votre impression ?

 

Oui, je partage absolument ce sentiment. Je vois une génération, au-delà des jeunes chrétiens, qui est extrêmement radicale dans sa manière de voir l’avenir, dans le rejet qu’elle a de la société dans laquelle elle vit aujourd’hui et surtout de la société qu’on lui prépare. La jeune génération s’engage de manière plus massive et plus évidente que les gens de ma génération, y compris dans le catholicisme. Et je vois chez les jeunes catholiques un sentiment de continuité entre la foi et l’action politique. L’action politique est absolument indispensable et les jeunes l’ont compris. C’est plutôt une bonne nouvelle.

 

Une étude de l’Institut Montaigne montre que la jeune génération de musulmans place majoritairement la charia avant les lois de la République, beaucoup plus que la génération précédente. Faut-il aussi y voir cette radicalisation de l’ensemble de la jeunesse ou est-ce plutôt l’empreinte de l’action culturelle islamique dont vous parlez dans votre ouvrage ?

 

C’est tout cela à la fois. Ce qui est certain, c’est que l’islam porte une vision de l’Occident extrêmement sévère et que l’on pourrait résumer ainsi : l’Occident méprise ses institutions, bafoue l’autorité des parents et méprise l’autorité des enseignants sur les élèves, ne cesse de déstructurer et déstabiliser la cellule familiale, traite mieux les coupables que les victimes, fait de tout – y compris la vie humaine – une marchandise, laisse les jeunes consommer de la drogue, de l’alcool et de la pornographie, et en plus de cela il ne tient aucune des promesses de ses grands principes de droit quand les pays occidentaux agissent en dehors de leur territoire, et il fait tout pour évacuer le fait religieux de la vie sociale.

 

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Chez les jeunes musulmans, comme chez les jeunes chrétiens et chez les jeunes en général, il y a la volonté de combattre ce matérialisme qui ne rend personne heureux. Chez les jeunes musulmans, le réveil de la conscience collective se fait en constatant l’état du monde et les politiques des États occidentaux à l’égard du monde arabe et du monde musulman. Quand vous voyez tout cela et que vous êtes jeune musulman en France, vous vous révoltez. Certains le font de manière extrêmement violente, même si la révolte ne justifie pas la violence.

 

Les discussions sur le projet de loi bioéthique font par ailleurs apparaître une France « européenne » en pleine dérive progressiste. Or la gauche qui soutient cette révolution sociétale est en même temps favorable à l’immigration-islamisation qui s’accommode mal de ce progressisme. Pourquoi ces deux politiques contradictoires ?

 

Il y a une seule politique en œuvre en Occident depuis 50 ans : la volonté de faire venir massivement de la main d’œuvre étrangère à bas prix pour maintenir les salaires à un niveau bas et pouvoir faire fonctionner l’appareil productif. Le premier à avoir voulu organiser l’immigration en Occident, c’est le patronat. La gauche, en plus d’un argument économique, y a trouvé un argument culturel, c’est-à-dire un moyen de combattre par le multiculturalisme et la diversité la France de toujours. On combattait par la diversité l’idée de nation et par l’islam la suprématie de l’Église catholique. Aujourd’hui, avec les déséquilibres que cela provoque, même la gauche commence à vouloir contrôler l’immigration de masse. Mais pour Macron, il n’y a pas de problème particulier. Il renoue avec le pacte d’origine.

 

Je crois donc que tous les ferments d’une guerre civile sont réunis et nous sommes nombreux à partager ce sentiment. Ce n’est cependant pas inéluctable. L’identité nationale et la souveraineté française sont un projet politique qui peut être réaffirmé pour recréer un sentiment d’appartenance. Nous ne sommes pas non plus obligés de considérer systématiquement que l’homme aussi est une marchandise, et il est encore possible de renouer avec la pensée sociale chrétienne.

 

Le Pacte de Marrakech, c’est la manière dont l’ONU entend assurer la régulation des économies depuis son rapport de 1994, en considérant que comme il y aura une faiblesse démographique en Europe il faudra bien trouver de la main d’œuvre ailleurs en organisant les flux migratoires. Macron est persuadé que l’État peut contenir l’expression des religions. C’est la vision des libéraux en général. Une vision très cohérente qui consiste à vouloir dissoudre les nations tenues pour responsables des atrocités des deux guerres mondiales tandis que les religions seraient responsables du malheur des hommes. Voilà le message indépassable des politiques des libéraux et des socialistes depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

 

Existe-t-il une alternative à Emmanuel Macron aujourd’hui en France ? Vous avez vous-même participé à la « Convention de la droite » où il était question d’alternative au progressisme. En 2022, y aura-t-il un leader conservateur, chrétien, patriote pour promettre une autre politique et s’opposer à Emmanuel Macron ?

 

Oui, il y en aura un, mais nous ne savons pas encore qui ce sera. Nous sommes en train d’organiser un rassemblement des conservateurs l’année prochaine, qui se réunira autour d’un manifeste politique destiné à circuler et à devenir petit à petit un programme commun de la droite comme il y a eu un programme commun de la gauche en France il y a une quarantaine d’années.

 

Ce programme commun pourrait-il rassembler les partis existants comme le Rassemblement national ou Les Républicains, ou encore votre propre parti, le PCD ?

 

Au Rassemblement national, ils ne veulent pas en entendre parler parce qu’ils continuent de considérer qu’ils peuvent gagner seuls. Nous allons donc rassembler tous les autres, qui sont nombreux. Il y a un affaiblissement spectaculaire du nombre d’adhérents chez Les Républicains et un exode tout aussi spectaculaire des cadres du Rassemblement national qui sont mis dehors par la direction actuelle parce qu’ils sont trop droitiers ou trop conservateurs, ou bien qui s’en vont d’eux-mêmes parce qu’ils sont écœurés. Beaucoup d’entre eux viennent chez nous et nous passons en ce moment des accords avec des gens qui viennent de tous les partis de la droite pour les élections municipales. Ce sentiment qu’il faut absolument mettre en commun l’essentiel de ce que nous croyons et de ce que nous voulons pour nous donner une chance de gagner collectivement en 2022 est de plus en plus partagé par les électeurs des partis de droite français.

 

On va faire comme la gauche il y a quarante ans : on va commencer par le projet et on désignera le chef plus tard.

 

Est-il encore temps de contrer la conquête islamique ?

 

Oui, bien sûr. Il suffit de dire qu’on ne veut pas cette conquête, de faire appliquer les lois actuelles, de réaffirmer que le modèle français n’est pas un modèle multiculturel et que donc la viande halal n’est pas bienvenue à l’école et qu’il n’y a pas de menu de substitution quand on ne veut pas manger de porc, qu’il n’y a pas d’accueil réservé dans les piscines, qu’on ne peut pas monter des centres pseudo-culturels avec l’aide des collectivités locales et que ceux qui ont été construits comme cela seront détruits. La France doit conserver sa tradition des libertés religieuses, mais l’exercice de ces libertés doit se faire pour toutes les religions sans exception dans le cadre prévu par la loi. Le combat de l’islam est un combat culturel et nous devons mener ce combat avec notre culture. Elle est suffisamment riche et suffisamment assise et solide pour résister, mais encore faut-il que les Français le décident.

 

Propos recueillis par Olivier Bault

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