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Beigbeder contre Inter

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Publié le

7 janvier 2020

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Round 2 Un an après son départ de France Inter, Frédéric Beigebder fusille les humoristes maison dans son nouveau roman. Une satire bâclée, sympathique et clairvoyante.
En novembre 2018, Frédéric Beigbeder se faisait éjecter de France Inter après une chronique devenue culte, où il poussait sa tendance à la fumisterie jusqu’au sabotage. C’était nul et très drôle ; le simple fait qu’il sait parvenu à contrarier les tauliers de la Matinale et la direction de la station justifiait que cette démonstration de je-m’en-foutisme ait été financée avec nos impôts.

 

 

 

Cet incident finalement sympathique – à l’image du personnage – lui inspire un nouveau roman où il remet en selle son alter ego Octave Parango (après 99 francs et Au secours pardon). Telle la chronique qui lui sert de prétexte, ce roman est nul et très drôle. Nul car foutraque, facile, bâclé, plein de choses vieillies lues mille fois sous la plume de l’auteur, de dialogues idiots, de scènes de fête inutiles, de sexe triste, etc. Très drôle, parce qu’il règle ses comptes avec ses ex-collègues d’Inter : Nathan Dechardonne, alias Nicolas Demorand (« J’ai connu un congélateur Blaupunkt qui dégageait davantage d’empathie »), et surtout la bande des humoristes maison, tous médiocres, méchants et militants.

Vu que le roman se déroule au début de la crise des Gilets jaunes, il en profite pour évoquer aussi la coupure entre les deux Frances, l’élitaire et la périphérique. France Inter, rebaptisée France Publique, est le média des élites, satisfaites, arrogantes, condescendantes.

Il en tire une sorte de mini-essai sur le rôle social des humoristes dominants, assez proche du propos de Jonathan Coe dans son article sur les méfaits de la satire politique. « Le sarcasme des humoristes, écrit Beigbeder/Parango, est généralement présenté comme la réponse indispensable à l’arrogance des puissants, mais ne perdons pas de vue qu’il est aussi la vengeance des impuissants ». Vu que le roman se déroule au début de la crise des Gilets jaunes, il en profite pour évoquer aussi la coupure entre les deux Frances, l’élitaire et la périphérique. France Inter, rebaptisée France Publique, est le média des élites, satisfaites, arrogantes, condescendantes.

 

Lire aussi : Médias. Pourquoi sommes-nous si médiocres ?

 

« Pour dire les choses clairement : la nouvelle guerre civile oppose les Français qui n’écoutent pas France Publique à ceux qui écoutent France Publique. Les auditeurs de la station leader en France se sentent supérieurs aux autres citoyens. Ils parlent une langue plus élégante, sans accent méridional, ni intonations parigotes. Leurs bouches sont minces et leur élocution pointue. Ils ont des raisonnements intelligents, des références érudites, des solutions de quatre syllabes à tous les problèmes. Ils ont souvent la sécurité d’un emploi public et détestent les conducteurs de camion ». C’est envoyé, si bien qu’on pardonne à l’auteur l’intérêt très relatif du reste du livre, inégal, erratique, quoique finalement pas déplaisant.

Beigbeder n’ignore pas qu’un adulte qui court après sa jeunesse est grotesque, mais c’est plus fort que lui. Et puis quoi ! C’est quand même mieux que de se prendre au sérieux comme un humoriste de France Publique.

La séquence nostalgie de la dernière partie, où Beigebder/ Parango soupire après ses vingt ans passés dans les boîtes de nuit, est recuite et touchante ; on dirait la jérémiade d’un adolescent inconsolable et ridé, qui voudrait n’avoir pas vieilli. Beigbeder n’ignore pas qu’un adulte qui court après sa jeunesse est grotesque, mais c’est plus fort que lui. Et puis quoi ! C’est quand même mieux que de se prendre au sérieux comme un humoriste de France Publique.

 

 

Jérôme Malbert

 

 

 

L’HOMME QUI PLEURE DE RIRE Frédéric Beigbeder Grasset 320 p. – 20,90 €

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