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Boris Johnson a été élu chef du parti Conservateur et de facto Premier Ministre (le parti Conservateur étant le parti majoritaire à la Chambre des Communes jusqu’à très récemment) le 24 Juillet dernier. En à peine un mois et demi de mandat, sa position de Premier Ministre semble déjà fortement compromise. Retour sur une folle semaine à Westminster.
Mardi 3 Septembre
De retour après une pause estivale de plusieurs semaines, le Parlement britannique passe à l’offensive contre Boris Johnson. En effet, beaucoup de parlementaires (dont des députés appartenant au propre parti de Johnson et surnommés les « rebels ») ont été alarmés par la position de M. Johnson sur le Brexit. L’ex égérie du Leave (nom donné au camp favorable à une sortie de l’Union Européenne lors du référendum de 2016) n’a cessé de marteler pendant la campagne pour l’élection du nouveau chef du Parti Conservateur que le Royaume-Uni devait sortir de l’Union Européenne le 31 octobre prochain, avec ou sans accord. Une fois arrivé au pouvoir, Johnson n’a pas semblé vouloir mettre de l’eau dans son vin.
Il a fait savoir que le Royaume-Uni quitterait l’UE sans accord si l’Union Européenne n’accédait pas à sa demande de renégociation de l’accord de sortie qui avait été négocié par Theresa May. Or, l’Union Européenne n’a eu de cesse de répéter depuis la signature de cet accord que le « deal » négocié avec Theresa May ne pouvait être renégocié et que seule la relation future qu’entretiendrait le Royaume-Uni avec l’UE après sa sortie pouvait faire l’objet de négociations. En ce mardi 3 septembre 2019, il était donc clair que sauf coup de théâtre improbable, que le royaume-Uni s’acheminait vers une sortie de l’UE sans accord le 31 octobre 2019.
Une alliance transpartisane de députés pro-européens a décidé de faire voter une loi qui contraindrait Boris Johnson à demander un report de la date du Brexit si celui-ci ne parvenait pas à négocier puis à faire adopter par le Parlement un accord de sortie.
De plus, Johnson a pris la décision très controversé de « proroger » le Parlement pendant plus d’un mois c’est à dire de le suspendre. Beaucoup de députés ont vu dans cet décision une manoeuvre du Premier ministre visant à empêcher que le Parlement ne s’oppose à une sortie du Royaume-Uni sans accord. En effet, la plupart des députés sont opposés à un « no deal » (une sortie sans accord). La prorogation du Parlement devant intervenir vers le 12 septembre, les députés ont décidé d’agir dès la rentrée parlementaire, mardi dernier. Une alliance transpartisane de députés pro-européens a décidé de faire voter une loi qui contraindrait Boris Johnson à demander un report de la date du Brexit si celui-ci ne parvenait pas à négocier puis à faire adopter par le Parlement un accord de sortie de l’Union Européenne.
Pour faire voter une telle loi, les députés devaient d’abord prendre le contrôle de l’agenda législatif (en temps normal, c’est le gouvernement qui soumet les lois aux députés) afin d’ordonner qu’un vote sur cette loi ait lieu le lendemain. Oliver Letwin, un député conservateur « rebelle » a soumis une motion visant à donner au parlement le contrôle de l’agenda législatif du lendemain. Cette motion a été adoptée par le parlement avec une majorité de 27 voix, 21 députés conservateurs ayant voté en faveur de cette motion.
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La réaction ne s’est pas faite attendre du côté du gouvernement ; les 21 députés frondeurs (dont un ancien ministre de la justice, deux anciens ministres de l’économie et le petit-fils de Winston Churchill) ont été expulsés du parti conservateur, le gouvernement de Boris Johnson se retrouvant encore plus minoritaire (le Premier ministre avait perdu sa majorité un peu plus tôt dans la journée lorsque un député conservateur avait déserté au profit du parti centriste des Libéraux-Démocrates).
Mercredi 3 Septembre
Contrôlant l’agenda législatif, la Chambre des communes vote le lendemain en faveur de la loi Benn qui contraint le Premier ministre à demander un report du Brexit si aucun accord n’a été approuvé par le Parlement d’ici le 19 octobre. Boris Johnson tente alors un nouveau stratagème. Il décide de déposer une motion afin que les Parlementaires votent pour convoquer des élections législatives anticipées. Il espère ainsi pouvoir convoquer une élection juste avant le sommet européen et obtenir une majorité absolue.
Ainsi le nouveau Parlement pourra abroger la loi Benn et une sortie sans accord le 31 octobre serait à nouveau possible. Pour convoquer une élection, deux tiers des députés de la Chambre des communes doivent voter en faveur de la motion. Johnson espère rallier l’opposition à cette motion. En effet, le parti travailliste (principal parti d’opposition) ne cesse de réclamer des élections ces derniers mois dans le but d’arracher une alternance et de porter leur leader Jeremy Corbyn au pouvoir. Le vote au sujet des élections anticipées a lieu à peine deux heures après celui sur le report du Brexit.
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À sa grande surprise, Boris Johnson essuie un nouveau camouflet. La motion ne recueille que 298 voix en sa faveur alors qu’il en faut 434 pour pouvoir convoquer des élections anticipées. Les partis d’opposition ont décidé de ne voter pour la tenue d’élections que lorsqu’ils seront sûrs qu’un nouveau report du Brexit a été sécurisé, c’est à dire pas avant le 18 Octobre. « Boris » comme l’appelle la presse britannique se retrouve dans une impasse.
Jeudi 5 Septembre
Jo Johnson frère cadet du Premier Ministre, député Conservateur et Ministre de l’enseignement supérieur dans le gouvernement de son frère annonce sa demission en tant que ministre et son retrait de la vie politique invoquant, « l’intérêt national »
La descente aux enfers de Boris Johnson se poursuit lorsque le Jeudi 5 Septembre, Jo Johnson frère cadet du Premier Ministre, député Conservateur et Ministre de l’enseignement supérieur dans le gouvernement de son frère annonce sa démission en tant que ministre et son retrait de la vie politique, invoquant « l’intérêt national ». Jo Johnson, animateur de l’aile modérée du Parti et défenseur d’un second référendum sous entend ainsi que la politique de son frère au sujet du Brexit ne va pas dans le sens de l’intérêt national. Cette démission renforce la dimension shakespearienne de la longue saga du Brexit.
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Vendredi 6 Septembre
Au lendemain de cette démission fracassante , la loi Benn est adoptée par la Chambre des lords ce qui signifie que pour entrer en vigueur elle n’a plus qu’à recevoir le sceau royal (il est très improbable qu’elle ne reçoive pas ce sceau, le monarque étant obligé d’approuver la volonté du Parlement).
Samedi 7 et Dimanche 8 Septembre
Le week-end n’a pas été pauvre en péripéties non plus. Le Samedi 8 septembre, c’est Amber Rudd, ministre du travail et chef de file de la frange modérée du Parti conservateur qui claque la porte du gouvernement et quitte le Parti Conservateur. Pire, elle accable Boris Johnson en l’accusant de mentir quand il affirme qu’il cherche un accord avec l’Union Européenne. Elle reproche également au Premier ministre d’avoir expulsé du Parti conservateur des députés ayant servi le parti « loyalement » pendant des années. La presse britannique évoque d’autres possibles démissions au sein du gouvernement bien que plusieurs ministres ont fait savoir publiquement qu’ils continuaient à soutenir le Premier Ministre et qu’il n’avaient pas l’intention d’imiter Amber Rudd.
Boris Johnson a affirmé Vendredi 6 Septembre qu’il préfèrerait « crever dans un fossé » plutôt que de demander à Bruxelles un report du Brexit
La crise politique au Royaume-Uni s’est donc aggravée durant cette folle semaine et elle risque de se transformer en crise institutionnelle. En effet, Boris Johnson a affirmé vendredi 6 Septembre qu’il préférerait « crever dans un fossé » plutôt que de demander à Bruxelles un report du Brexit. Il a également écarté la possibilité de démissionner afin de laisser quelqu’un d’autre demander le report du Brexit. Son entourage a laissé entendre qu’il pourrait ignorer la loi Benn en ne demandant pas de report du Brexit. D’éminents juristes l’ont pourtant mis en garde qu’une telle attitude pourrait le mener en prison, le respect de la loi étant le pilier de la démocratie britannique. Ce ne serait pas un euphémisme de dire Alexander Boris de Pfeffel Johnson se retrouve dans une situation plutôt précaire…
Carmen Maurath
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