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L’Empereur contre-attaque

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Publié le

7 mai 2020

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En exclusivité pour L’Incorrect, l’héritier des Romanov revient sur les relations entre le Kremlin et sa famille. Engagé auprès d’une banque alimentaire en Russie, le Grand-Duc Georges se réserve pour l’avenir et plaide pour une réconciliation entre l’ouest et l’est du continent européen. Entretien.

 

 

Votre arrière-grand-père, le grand-duc Cyril Romanov, fuit la terreur rouge en 1917 et s’installe dans le village de Saint-Briac, en Bretagne où vous êtes né en 1981. Quels sont vos souvenirs d’enfance ? Avez-vous été élevé dans le souvenir et la tradition impériale ?

 

Permettez-moi de rectifier, je ne suis pas né à Saint Briac, mais à Madrid. J’ai en effet passé une grande partie de mon enfance dans ce petit village breton auquel je suis fort attaché. Mon grand-père, le grand-duc Vladimir, a eu un rôle très important dans mon éducation. Il m’a appris l’histoire des Romanov ainsi que toutes les traditions qui sont propres à notre famille impériale. J’ai appris à ses côtés ce que doivent être mes responsabilités, qu’elles soient vis-à-vis de Dieu, de la Russie, de la mémoire de mes ancêtres et de cette fonction importante que je dois assumer aujourd’hui. Quel regard portez-vous sur le règne du dernier tsar Nicolas II ? Ce fut une époque tragique et à la fois pleine de contradictions. Néanmoins, il faut reconnaitre qu’il a réussi à accomplir beaucoup de réformes. Sa fin fut tragique et cela, à mon avis, n’aurait jamais dû avoir lieu. Bien sûr, nous ne nous opposons pas à une analyse objective de son règne. Il a commis des erreurs, mais comme il y a eu des erreurs partout, et dans un contexte où cela n’a été facile pour personne de se repérer. L’empereur et sa famille ont été canonisés et sont désormais vénérés comme des saints par des milliers de personnes. Je finirai en citant une phrase de Nicolas lui-même : « Le mal est arrivé et va maintenant régner et croître dans le monde entier. Mais ce mal ne sera pas battu par le mal, mais bel et bien par l’amour ».

 

En 1992, vous avez effectué votre premier voyage en Russie afin d’assister aux funérailles de votre grand-père, le grand-duc Vladimir. Comment avez-vous vécu les événements qui ont précipité la chute du communisme et votre retour en Russie ?

 

J’étais beaucoup trop jeune pour avoir conscience de ce que cela représentait. Mais je me souviens de l’amour et de la compassion témoignés par nos compatriotes à notre égard. Il faut comprendre qu’à l’époque ils étaient encore tous imprégnés de cette propagande communiste où on leur inculquait de l’hostilité et de la haine permanente envers la famille impériale. Et c’est incroyable de voir comment finalement ils nous ont accueillis à bras ouverts.

Je me souviens de l’amour et de la compassion témoignés par nos compatriotes à notre égard.

S’il y a eu des gens qui nous ont été hostiles, j’avoue que nous ne l’avons pas remarqué. Au cours de ces trente dernières années, tout au long de nos fréquentes visites dans les différentes régions de Russie, nous avons pu constater que les gens respectaient notre histoire et comprenaient le sens de notre mission.

 

Comment expliquez-vous la fascination des Européens pour les Romanov et la Russie ?

 

La Russie est un pays plein d’histoire et de cultures diverses. Elle a même participé en différentes occasions à forger l’histoire et la culture mondiales. Cela ne me semble pas étrange que l’on montre une fascination envers la Russie et les Romanov, une dynastie qui a régné durant 300 ans et dont le destin s’est terminé dans le sang. Même si certains politiciens étrangers considèrent la Russie comme leur ennemi, tous reconnaissent cependant l’importance de son rôle sur la scène internationale et essayent de comprendre les bases de ce qui fait son essence et son esprit. La Russie et l’Europe s’opposent sur de nombreux sujets dont l’Ukraine, la Syrie, le Caucase pour ne citer que ceux-là.

 

Vous avez travaillé à la Commission européenne pour le secteur énergétique : comment vous placez-vous vis-à-vis de ce constant combat diplomatique entre l’Union européenne et votre pays ?

 

Les relations sont aujourd’hui extrêmement compliquées. La Russie a essayé à plusieurs reprises de s’ouvrir à l’Europe, mais la situation géopolitique dans laquelle l’Union européenne se trouve de nos jours ne fait que l’éloigner de ses voisins russes. J’espère que bientôt l’Europe retrouvera sa force intérieure pour lancer une vraie politique étrangère en mettant de côté certaines influences extérieures qui lui sont nuisibles. J’espère aussi que cesseront bientôt les fronts d’opposition que nous avons avec l’Europe sur des sujets tels que l’Ukraine, la Syrie et le Caucase et que nous pourrons de nouveau rétablir des relations de normalité entre nous.

 

Lire aussi : Chine ou États-Unis, l’heure du règlement de compte ?

 

Quelle est aujourd’hui la nature de vos relations avec le président Vladimir Poutine ?

 

Nous connaissons le Président depuis nos premiers voyages en Russie. À l’époque il travaillait à la mairie de Saint-Pétersbourg, en charge des relations avec les Russes de l’étranger. Il a donc participé activement à nos premiers voyages. Quand il a été élu président, les rencontres se sont réduites mais nous nous voyons encore fréquemment. Enfin, grâce à notre chancellerie, nous maintenons toujours un contact direct et permanent avec le Kremlin et son administration, notamment pour nos déplacements lors d’événements divers.

 

Avec un tiers des Russes favorables au retour de la monarchie selon les derniers sondages, des députés qui sont sensibles à cette question, et la réhabilitation des Romanov par l’Église orthodoxe, pensez-vous que la monarchie puisse revenir un jour en Russie ?

 

En Russie beaucoup de gens ont encore l’espoir d’un retour de la monarchie. L’Église orthodoxe a canonisé l’empereur Nicolas II et sa famille, ainsi que d’autres membres de la famille impériale, mais ce processus entamé grâce aux actions de ma mère, la grande-duchesse Maria, et de ma grand-mère la grande-duchesse Léonida, a été très difficile et long. Au début, en 1999, l’épiscopat orthodoxe a consenti à réhabiliter les grands-ducs Paul, Dimitri, Nicolas et Georges qui ont été fusillés à Saint Pétersbourg, mais pas l’empereur Nicolas II et sa famille. Nous avons donc entamé une action juridique afin d’obtenir la réhabilitation du Tsar et de sa famille.

Je crois qu’une restauration monarchique en Russie ne peut-être envisageable dans le contexte présent.

Un processus qui a duré de 2005 à 2008. Nos arguments ont été convaincants. La famille du Tsar a été enfin reconnue victime de la répression politique organisée à l’époque et a pu être légitimement réhabilitée. Toute cette atmosphère a naturellement favorisé un nouvel intérêt des Russes pour la monarchie. Toutefois, je crois qu’une restauration monarchique en Russie ne peut-être envisageable dans le contexte présent. Mon objectif est, pour le moment, plutôt de développer des initiatives de charité, de préserver l’histoire et la culture russes, ainsi que le maintien des liens socio-culturels avec les pays de l’ex-empire russe.

 

On constate dans le monde, un retour de l’idée monarchique parmi les populations. Quels sont les avantages d’une monarchie au XXIe siècle selon vous ?

 

Il y a plusieurs avantages. Premièrement, la stabilité qu’elle incarne, le fait d’avoir une institution qui est au-dessus des partis et qui est là pour servir son peuple. La monarchie de nos jours, étant apolitique, reste assurément la gardienne des valeurs d’une nation, de ses traditions, de son patrimoine historique et culturel. Deuxièmement, c’est une institution qui sert à promouvoir des bonnes causes, qui peut donner de l’élan à son économie et représente son pays à l’étranger sans nécessairement avoir des arrière-pensées politiques. Il suffit de voir quelles sont les relations entre toutes les monarchies d’aujourd’hui pour le comprendre.

 

Quelles relations avez-vous avec les autres maisons royales ou impériales d’Europe ? Pourquoi cela est-il encore important de maintenir de telles relations ?

 

Nous sommes tous parents. C’est pour cela que nous nous connaissons tous et que j’entretiens des relations cordiales avec tous mes cousins. Comme je vous l’indiquais dans votre question précédente, les liens entre les familles royales sont très importants dans un contexte de diplomatie douce.

 

Vous résidez désormais à Moscou. Quelle est donc l’activité professionnelle d’un héritier de la couronne impériale russe ?

 

Je réside habituellement à Moscou, mais je continue à voyager fréquemment à l’étranger, surtout en Europe. La Russie a bien évolué ces trois dernières décennies et le changement est impressionnant. Je travaille dans le domaine des relations publiques et je coordonne toutes les activités de la Fondation que je préside. À travers ces organismes, j’essaye d’aider tous mes compatriotes.

 

Vous vous êtes récemment engagé au sein de la Charity Foundation Foodbank Rus. Quel est son but ?

 

La FoodBank Rus est la première banque alimentaire qui a été créée en Russie. Son impact social est très important car elle ramasse et redistribue des aliment et biens de première nécessité pour les gens en difficulté. La Foodbank Rus a plusieurs programmes pour aider les familles qui ne gagnent pas assez d’argent, ainsi que pour les mères de famille isolées ou les personnes âgées qui sont sans familles.

J’ai constitué la Russian Imperial Foundation afin de pouvoir aider concrètement là où c’est nécessaire.

Nous travaillons avec des grandes entreprises, chaînes de supermarchés, ainsi qu’avec des entreprises privées. Nous avons des volontaires qui font un énorme travail sur tout le territoire russe. J’ai constitué la Russian Imperial Foundation afin de pouvoir aider concrètement là où c’est nécessaire. C’est pourquoi la fondation va aussi soutenir différents projets tels qu’une aide aux enfants malades ou développer des programmes de défense de l’environnement. Nous travaillons pour que la Russian Imperial Foundation agisse à plus de 360 degrés avec flexibilité et se positionne comme un parapluie sous lequel différents piliers et projets pourront être soutenus. Je tiens d’ailleurs à remercier tous ceux qui nous aident par leur travail et leurs dons.

 

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Vous avez échappé à la mort, lors d’un terrible accident de la route à Saint Petersbourg où vous avez fait preuve d’un grand courage en aidant les autres passagers. Vous avez été par la suite vous recueillir dans une église. Pourquoi la foi orthodoxe est-elle aussi importante pour vous ?

 

J’ai été élevé dans la foi orthodoxe et le respect de l’Église. C’est à travers différents événements de la vie que l’on sent vraiment que c’est Dieu qui nous protège. Ce fut le cas, ce 14 novembre dernier, lors de cet accident qui aurait pu être mortel. J’ai eu l’impression que Dieu m’a vraiment sauvé afin que je puisse achever cette mission qu’il m’a confiée.

 

 

 

Propos recueillis par Frédéric de Natal

 

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