Filles de gauche plutôt adroites
La compile de noël, Bleu Reine, Autoproduction – Prix libre
Une fois n’est pas coutume, à L’Incorrect, nous allons laisser notre cynisme si dandy de côté et parler d’une jolie initiative venue de la musicienne folk/ grunge Bleu Reine, qui a réuni treize talents féminins pour une compilation de Noël dont les bénéfices seront intégralement reversés à l’association « Féminité sans abri », qui aide les femmes, familles et personnes précaires. On ne va pas vous mentir : c’est une initiative de gauche, faite par des musiciennes de gauche, mais si le talent est là, on ne va pas non plus bouder son plaisir. On retrouve ainsi l’excellente Bleu Reine, évidemment, les rockeuses de Denys & ‘e Roses, la Montreuilloise Sylvia Hansel, le talent venu du froid Triinu, ou l’électro de Grenadine Vengeance pour une compilation éclectique, aussi belle que bizarre. Les compilations sont disponibles sur bleureine.bandcamp.com, et coûtent 5 € minimum, mais le prix est libre. Une sortie inattendue, annoncée seulement la veille de sa mise à disposition, mais qui sera peut-être l’occasion de faire une dernière bonne action après Noël. Alain Blanville

Ébullition
Magma, Black Flower, Sdban Ultra / L’Autre Distribution, 15€
Détournement habile des sonorités et codes des musiques du monde, Magma est une brillante démonstration de la structure de la transe dans toute sa dimension hypnotique et ineffable ! Les cinq musiciens de jazz hybride de Black Flower dévoilent un nouvel opus à l’atmosphère bouillonnante faite de nouvelles matières sonores synthétiques et organiques. Des effets modulaires appliqués en direct sur la batterie confortent encore le groupe dans son identité psychédélique et avant-gardiste. Dirigé de main de maître par le saxophoniste, flûtiste et compositeur bruxellois Nathan Daems (Echoes of Zoo, Dijf Sanders), le quintet présente un hommage éthio-jazz digne des Mulatu Astatke et autres Fela Kuti. « Les rythmes et les mélodies, véritables sources de plaisir, deviennent réels et solides en remontant à la surface, comme le magma, c’est une parfaite métaphore concernant notre processus créatif », déclarent-ils pour justifier leur titre. Abouti et inventif, l’album bénéficie également de la collaboration vocale de Meskerem Mees, du talent de producteur de Frederik Segers et de l’œuvre du génie visuel londonien Raimund Wong (Total Refreshment Centre). Autant d’éléments assurant à cet album un surgissement flamboyant en surface. Alexandra Do Nascimento

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Poésie primale
Wood & Steel, Joce Mienniel & Aram Lee, Buda Musique / Socadisc, 14,99€
La barrière de la langue et plus de 11000 km éloignent le flûtiste traditionnel sud-coréen Aram Lee du musicien français Joce Mienniel. Lorsque les deux hommes se croisent, le langage musical commun abolit pourtant les distances et il devient impossible de situer dans le temps leur création. Wood & Steel est une première mouture fougueuse, rythmique et intimiste exploitant les spécificités de souffle et de son du Daegeum coréen en bambou au timbre grave et rauque utilisé lors des chants épiques pansori et la version tempérée chromatique métallique européenne. Deux flûtes traversières jouées par des virtuoses aux formations différentes se rejoignent ainsi pour une célébration qui redonne le goût de l’improvisation et de l’élan à cette forme musicale chamanique menacée de disparition. Les arrangements et les compositions de Joce servent d’écrin à ce « Bien culturel immatériel national » déclaré en 1964 à l’Unesco. Minwang Hwang, chanteur chamane et percussionniste, a rejoint les flûtistes pour ponctuer la puissance de jeu de déclamations ciselées et d’impacts inspirés. ADN

Charme nordique II
Octantrion, Quart de Lune et Uvm Distribution, 17€
Aux confins du terrestre et du transcendant, II est le nouvel album d’Octantrion, duo d’Éléonore Billy et de Gaëdic Chambrier, qui propose de revigorer une musique ancestrale. Les deux corbeaux du dieu viking Odin, Hugin – la pensée – et Munin – la mémoire – rappellent des airs et des légendes scandinaves au sein de compositions modernes. On profite de participations judicieuses, notamment celle d’Éric Pariche, habituellement ténor classique ou leader vocal du groupe métal Superscream, qu’on retrouve ici méconnaissable dans « The Dead King », morceau qui traite du passage d’un monde à un autre. Au-delà de son envolée poétique, l’opus est le résultat d’études scrupuleuses et passionnées sur les traditions et musiques nordiques. L’emploi d’instruments désuets ou rares, comme le violon norvégien, la mandole celtique, ou la vielle suédoise parachèvent de planter un décor onirique fascinant. La magie opère. ADN

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De la rage et du groove
Tormenta, Sweet Needles, NRV Promotions, 9,99€
Les jeunes Parisiens de Sweet Needles sortent, après neuf ans d’attente, leur premier album, Tormenta. Un concentré de hard rock moderne qui puise tout de même dans des influences multiples mais digérées avec sagesse. On retrouve du stoner dénué du côté gimmick chiant de beaucoup de groupes, une excitation sautillante qui n’est pas sans évoquer les groupes de la (moins) jeune garde scandinave et américaine, Crashdïet et Biters en tête. Les Français s’offrent même le luxe de divulguer plusieurs tubes qui n’ont rien à envier à leurs plus vénérables homologues, tels Be Bop ou, Shake It ! Groove It, ou encore Another Land. Il y a de la rage, du groove : un concentré de rock and roll jouissif et explosif, qui prouve bien que, cocorico, en France, on n’a pas besoin de chercher très loin pour trouver d’excellents groupes. AB

Guimauve partout
Brightside, The Lumineers, Dualtone / DECCA, 14,99€
Le succès de The Lumineers m’a toujours semblé être l’épouvantable revanche de ces musiciens qui peuplaient les soirées autour d’un feu de camp durant notre adolescence (nous avons tous quelqu’un en tête). Ce groupe est en quelque sorte à la folk ce que Coldplay est à la pop : une excroissance pleine de bons sentiments. Pour la quatrième fois, The Lumineers nous inflige un nouvel album qui a l’avantage d’être plus court que les précédents. Si les chansons ne sont jamais catastrophiques, elles ne sont pas mémorables pour autant. Soyons honnête, deux titres (« Where We Are » et « Big Shot ») sauvent l’honneur et il n’est pas impossible qu’on se mette à siffloter leurs refrains au beau milieu d’une matinée d’hiver. Cette guimauve souvent écœurante, ou au mieux fade, plaira probablement de nouveau à ceux qui se ravissaient de leurs autres disques. De mon côté, je passe mon tour et interdis à mes amis de prendre leur guitare lors des soirées au pied de ma cheminée. Avec un peu de chance, ils pourraient devenir des vedettes internationales : on n’est jamais trop méfiant. Emmanuel Domont

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Entre élégance et débauche
Change the show, Miles Kane, BMG Rights Management, 14,99€
En matière musicale, Miles Kane est un conservateur. Depuis son premier groupe avec The Rascals en passant par The Last Shadow Puppets jusqu’à son projet en solo, il a toujours navigué dans des terrains bien connus des amateurs de pop et de rock music : ballades lennoniennes, rythmes Motown, solos à la fuzz et hymnes pub-rock. Avec ce nouvel album, Miles Kane continue donc sur sa lancée. C’est avec plein d’énergie et de sincérité que cet album a été créé, et on le sent. Probablement encore plus efficace que son précédent disque, Change The Show frappe fort et ravira tout bon rétromaniac. Miles Kane, qui a récemment été invité par Lana Del Rey pour un duo, invite cette fois la chanteuse Corinne Bailey Rae sur le titre « Nothing’s Ever Gonna Be Good Enough ». On entend aussi, ici et là, des chœurs féminins qui se veulent de plus en plus présents. Dans un esprit seventies à mi-chemin entre la débauche et l’élégance, ce crooner de Miles Kane charme une nouvelle fois. ED






