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Les critiques musicales de mai

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Publié le

30 mai 2022

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de mai.
Critiques musicales

Irrésistible

Wet Leg, Wet Leg, Domino, 14,99 €

Le duo de filles de l’ile de Wight qui fit monter la température l’été dernier avec son tube imparable « Chaise longue », sort son premier album éponyme en ce beau printemps, et Juliette Briens elle-même ne cesse de se trémousser sur ces airs d’acidité indolente qui portent ce bouclage du numéro de mai et nous fait partager, nous, à L’Incorrect le même enthousiasme pour ce groupe de rock indé aux accents Pixies, que celui qui soulève Libé et Rock’n’Folk. Désolés. Talentueuses, authentiques, presque candides dans leur talent, Wet Leg séduisent avec leur inventivité, leur fraicheur et leur espièglerie. Et c’est très bien ainsi. Romaric Sangars

Lire aussi : Les critiques musicales d’avril

Retour au sommet

Call to arms & angels , Archive, Dangervisit / PIAS, 23,99 €

Le collectif londonien qui compta parmi les pionniers les plus brillants du Trip Hop au tournant des années 2000, mais stagna ensuite au fil de productions plus fades, revient avec un douzième disque au sommet : Call to arms & angels. Sombre et extatique, le double album synthétise en dix-sept nouveaux titres le meilleur de vingt-cinq ans de carrière, sous forme d’un long voyage musical qui évite cette fois-ci, et contrairement aux disques les plus récents, le coté soporifique prétentieux de la veine néo-floydienne qui fit souvent sombrer Archive dans l’autocaricature. En effet, la traversée compte de grandes ruptures, montre un véritable relief et dispense quelques morceaux énergiques comme « Mr. Daisy » rappelant le tube « Fuck U » de Noize. Leur art des superpositions progressives imparables et des dérapages bruitistes atteint ici la perfection. « Shouting within » offre comme « Numbers » une voix féminine exquise, des vertiges et, soudain, des éclaircies dans un ciel d’orage, avec des suspensions de rythme et une oscillation régulière entre orchestration puissante et majestueuse épure. L’atmosphère et les textes sont sombres mais déploient des tensions baudelairiennes, entre désespoir et lumière, le finale donnant d’ailleurs l’impression d’une ascension peinte par Durer dans les dernières sphères du Paradis de Dante. Le chef-d’œuvre qu’on n’attendait plus. Romaric Sangars

Haïti tragique

Breaking the thermometer, Leyla McCalla, Anti / PIAS, 14,99 €

Le nouvel album de la violoncelliste Leyla McCalla met en lumière l’héritage et l’engagement de Radio Haïti pendant les années sombres du règne Duvalier. « L’album fonctionne comme une bande sonore étoffée pour l’œuvre théâtrale » : des compositions originales et des airs traditionnels haïtiens côtoient des interviews contemporaines et certaines émissions historiques de la première station à diffuser des reportages en kreyòl haïtien à une époque où les conséquences pouvaient être mortelles. Comme à l’accoutumée, les performances de la musicienne s’appuient sur une rigueur mélodique jumelée à des rythmes afro-caribéens entrainants. L’enchevêtrement des langues, anglaise et kreyòl, personnelle et politique – offre un voyage sonore immersif fascinant. Alexandra Do Nascimento

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Respiration mystique

Nearness, Lynn Adib – Marc Buronfosse, Arts Culture Europe, Sortie digitale le 6 mai

L’enregistrement de Nearness voit le jour en pleine pandémie opposant ces rencontres créatives au sentiment de se perdre de vue. Lynn Adib – voix et flûte – est une chanteuse syrienne vouée au chant byzantin de la « Chorale de la Joie » en l’Eglise Notre-Dame-de- Damas. Du Conservatoire au jazz, elle conserve liberté d’improvisation et complexité de style sur des partitions traditionnelles arabes et des chants religieux de la Syrie antique. Marc Buronfosse, génial à la direction artistique et à la contrebasse, opère tant au sein de l’orchestre symphonique de l’Ope?ra de Paris que d’une foultitude de projets éclectiques comme celui-ci. Une partie de Nearness est composée en référence au chœur orthodoxe byzantin Antifoniko Melos d’Athènes ou Lynn excelle ! Un voyage initiatique et majestueux avec des compositions personnelles chantées en syriaque et en grec. Surprenant. Alexandra Do Nascimento

Basses gonflées, cuivres aériens

The Bongo Hop, La Ñapa, Underdog Records, 13,99 €

Plus que jamais à la poursuite du groove universel parfait, La ñapa (le rab en argot colombien) du trompettiste bordelais Etienne Sevet nous convoque pour un nouveau voyage imaginaire entre Cali, Lisbonne, Lagos et le désert du sud algérien. The Bongo Hop, c’est l’art d’une tournerie implacable et l’adjonction de motifs hypnotiques, avec participations vocales judicieuses. Des inédits mais aussi de nouveaux remixes dont les enchanteurs « Ventana » et « Clouds », qui, bien plus que de simples reprises, surprennent et séduisent en révélant ce que les originaux n’évoquaient qu’en filigrane : road-trip extatique, ambiance de club moite, bitume brulant. Même si quelques sorties de route sont de la partie, La ñapa prolonge l’épopée transatlantique des deux précédents albums, avec davantage le gout de l’exploration que de la nostalgie. Alexandra Do Nascimento

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Ne soyons pas ingrats

Alpha Games, Bloc Party, BMG, 14,99 €

En 2005 sortait Silent Alarm de Bloc Party. Dans les cours des lycées, les slims habillaient les jambes des jeunes gens. L’ordinateur familial téléchargeait avec peine quarante ans de rock’n’roll. Nous rattrapions le temps perdu avec des ardeurs boulimiques. Presque vingt ans plus tard, la plupart de ces adolescents ont détourné les yeux de Bloc Party à force de déceptions accumulées album après album : je suis de ceux-là. Je n’ai pas dû écouter un disque de Bloc Party depuis le début des années 2010. Aujourd’hui, ils reviennent avec Alpha Games. Dès le premier morceau, nous retrouvons une énergie et une puissance que l’on pensait perdues pour toujours. La Telecaster claque toujours dans les amplis Fender. Et si le raffinement des mélodies n’est plus ce qu’il était, on contemple un groupe qui prend vraisemblablement plaisir à monter le son au maximum et à jouer ensemble. C’est déjà beaucoup. Ne soyons pas ingrats : avons-nous mieux fait de nos vies durant toutes ces années ? Emmanuel Domont

L’avenir de la pop à l’ancienne

Ribbon around the bomb, Blossoms, EMI, 14,99 €

Les cinq garçons du groupe Blossoms sont peut-être devenus les plus délicats faiseurs de mélodies de Grande-Bretagne. Menés par le charismatique Tom Ogden dont le visage semble dessine par un peintre préraphaélite, ils ont, depuis leur précédent album (2020), impose leur superbe supériorité. Chainon manquant entre la grâce des Smiths et les comptines pop de The Coral, Blossoms est un groupe façonné par la culture anglaise. On trouve partout des références à leurs idoles, sans que jamais ils ne perdent la singularité de leur art. Avec une assurance à la fois apaisée et sidérante, ils ont composé ce nouveau disque qui aurait pu être un classique en 1973 et qui est pourtant absolument a sa place en cette année 2022. Avec des singles dansants (« Ribbon Around The Bomb ») ou des merveilles folk (« Ode To NYC »), ils sont, avec The Lathums et Inhaler, l’avenir de la pop à l’ancienne. Comme les plus grands, ils foncent, pied au plancher, sans oublier de regarder dans le rétroviseur. Emmanuel Domont

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