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La large victoire au premier tour de Christian Jacob a douché les espoirs des prétendants Julien Aubert et Guillaume Larrivé. Ceci alors que la base réclame un virage à droite. Les municipales constitueront un premier test pour la nouvelle direction.
Ils n’auraient pas dû sous-estimer l’adversaire. C’est ce que doivent se dire, un peu tard, le député de Vaucluse, Julien Aubert, et celui de l’Yonne, Guillaume Larrivé, qui rêvaient tous deux, sinon d’être portés par une vague militante à la tête du parti Les Républicains, du moins de contraindre Christian Jacob à un second tour. Sans doute Christian Jacob aurait-il été élu, mais le rapport de force n’aurait pas été le même. Il aurait été contraint de les écouter, de les consulter, de leur donner des postes clefs dont ils auraient su user avec les arrière-pensées sans lesquelles il n’est pas de grande carrière possible.
Laurent Wauquiez avait su faire illusion le temps d’une ascension aussi grandiose que le sera sa chute, en s’appuyant sur des études d’opinion qui lui permettaient de tenir un discours en phase avec les aspirations de l’électorat à conquérir, Nicolas Sarkozy savait trouver les mots qui donnaient l’illusion à Marcel qu’il n’était certes pas de son monde mais qu’il le comprenait et allait mouiller sa chemise pour lui, Guillaume Larrivé n’est parvenu ni à l’un ni à l’autre.
Guillaume Larrivé, le plus droitier des deux, avait peu de chances de virer à la seconde place. Pas tant en raison de son positionnement que d’un physique qui a un effet repoussoir sur le militant LR de base : trop bien mis, trop sûr de lui et même, c’est un comble, trop maître de ses dossiers. À LR, comme à l’UMP auparavant, comme au RPR autrefois, on n’est certes pas « populiste », mais on se défie de ceux qui ne savent pas « faire peuple ». De ceux pour qui le cul des vaches n’est qu’un élément à prendre à compte dans le calcul des émissions des gaz à effet de serre.
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Or c’est peu dire que Larrivé ne sait pas faire peuple. À dix ans, dit la légende, il lisait Le Figaro. Depuis, il a dû passer au New York Times, qu’on l’imagine même le feuilletant d’une main tout en jouant du Gershwin de l’autre. Un extraterrestre pour le militant LR, qui, comme beaucoup de Français, en a assez de tous ces surdoués en tout qui se croient plus intelligents qu’eux parce qu’ils sont surdiplômés, parce qu’ils ont mené une carrière internationale et même plusieurs, de front, parce qu’ils ont déjà œuvré dans les plus hautes sphères du pouvoir, etc.
Contraindre Christian Jacob à un second tour aurait déjà été une victoire et le séisme aurait été tel (« Coup de tonnerre à LR », aurait titré la presse) que tout devenait possible.
Laurent Wauquiez avait su faire illusion le temps d’une ascension aussi grandiose que le sera sa chute, en s’appuyant sur des études d’opinion qui lui permettaient de tenir un discours en phase avec les aspirations de l’électorat à conquérir, Nicolas Sarkozy savait trouver les mots qui donnaient l’illusion à Marcel qu’il n’était certes pas de son monde mais qu’il le comprenait et allait mouiller sa chemise pour lui, Guillaume Larrivé n’est parvenu ni à l’un ni à l’autre. Ce n’est pas de sa faute : il n’est pas sympathique et il n’y peut rien. Il a recueilli 16,14 % des voix (moins de 10 000 suffrages) et c’est déjà bien payé.
Syndrome de la grenouille
Julien Aubert, lui, se rêvait à 35 %. Voire un peu plus, si les vents étaient porteurs, mais 35 % auraient suffi. Comme l’élection présidentielle, l’élection du président de LR se joue à un tour si un candidat remporte la majorité absolue des suffrages, mais à deux tours si ce n’est pas le cas. Il lui fallait contenir Christian Jacob en dessous de 50 % des suffrages, et, bien sûr, être deuxième. Avec un score suffisamment important pour que le grand battu, Guillaume Larrivé, se dise qu’il y avait un coup à jouer, fasse contre mauvaise fortune bon choix, s’allie avec Julien Aubert (sans illusion sur le sort qui lui serait ensuite réservé), appelle ses électeurs à se reporter sur le député de Vaucluse.
Et puis, lui aussi a péché par son point faible : lui-même. Il est atteint du syndrome de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf et ça se voit.
Contraindre Christian Jacob à un second tour aurait déjà été une victoire et le séisme aurait été tel (« Coup de tonnerre à LR », aurait titré la presse) que tout devenait possible. Vingt ans après, il pouvait rééditer le coup de 1999. Vous ne vous souvenez pas ? Cette année-là, le président du RPR est, pour la première fois, élu directement par les adhérents. Le grand favori s’appelle Jean-Paul Delevoye. Vous ne rêvez pas, il s’agit bien du même, de celui qui occupe, au sein du gouvernement d’Édouard Philippe, le poste crypto-ministériel de haut-commissaire aux retraites.
Jean-Paul Delevoye ne peut que l’emporter : il est le candidat officiel de Jacques Chirac, qui est alors à l’Élysée. Mais Michèle Alliot-Marie croit en ses chances et se lance. François Fillon aussi. Et Patrick Devedjian. Le futur premier ministre porte une ligne « gaulliste social », le maire d’Antony tente de rappeler que le balladurisme est bien vivace. Michèle Alliot-Marie, elle, se place dans la filiation de Mon Général : renouer avec le gaullisme des origines, intérêt supérieur de la nation, restauration du régalien, écoute des militants. Et ça marche ! Au soir du premier tour, Delevoye plafonne à 35 %, Alliot-Marie le talonne avec 31 %. Fillon et Devedjian se rallient à ses pantalons, et l’impensable survient : Michèle Alliot-Marie l’emporte avec plus de 62 % des voix.
Pour rééditer ce scénario, Julien Aubert n’a pas ménagé sa peine. Des déplacements en fédérations et à l’étranger – important, de savoir se donner une stature ! –, des interviews dans tous les médias, une disponibilité de tous les instants, des réseaux qui donnaient l’impression de s’étoffer au fil des semaines, une structure militante toute entière tournée vers sa personne (Oser la France), des références appuyées à Mon Général, et même un livre, Emmanuel, le faux prophète (éd. du Rocher), analyse, au demeurant fort pertinente, de ce qu’est le macronisme.
Et puis, lui aussi a péché par son point faible : lui-même. Il est atteint du syndrome de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf et ça se voit. Alors qu’il avait réuni une équipe de qualité, avec des personnalités comme le sénateur et ancien ministre Gérard Longuet ou comme le spécialiste incontesté de l’intelligence économique Bernard Carayon, ils n’ont pas été mis à contribution. Il aurait pu « vendre » aux adhérents dont il sollicitait les suffrages une équipe, ce qui aurait constitué une plus-value considérable par rapport à ses rivaux dont nul ne savait avec qui ils dirigeraient Les Républicains s’ils venaient à être élus, il s’y est refusé.
Alors qu’il défendait, en théorie, une ligne souverainiste, gaulliste et sociale, mâtinée d’un arrière-plan d’union des droites entretenu par ses relais, supposée correspondre aux demandes pressantes de cet électorat, il n’a su convaincre, ni les votants, ni, ce qui est plus grave, les abstentionnistes.
Pour Julien Aubert, comme pour tant d’autres hommes politiques, accorder un tant soit peu de visibilité à tel de ses soutiens, ce n’est pas montrer qu’on sait s’entourer et qu’un travail d’équipe est possible, c’est se déposséder d’un quart d’heure de notoriété. C’est peut-être même mettre ou remettre en piste un futur rival. C’est gâcher un temps de parole qui vous revient de droit, du droit de celui qui s’est déclaré candidat à la présidence de LR en pensant déjà à l’étape suivante, celle qui se partage encore moins, la candidature à la présidence de la République.
Vieux cheval de labour
À l’arrivée des courses, Julien Aubert a obtenu 21,28 % des suffrages. 13 162 voix sur 61 856 suffrages exprimés, 13 162 voix sur 131 154 électeurs inscrits. Désolés d’appuyer là où ça fait mal mais 90 % des adhérents de LR n’ont pas voté pour celui qui était certain de pouvoir renverser la table. Alors qu’il défendait, en théorie, une ligne souverainiste, gaulliste et sociale, mâtinée d’un arrière-plan d’union des droites entretenu par ses relais, supposée correspondre aux demandes pressantes de cet électorat, il n’a su convaincre, ni les votants, ni, ce qui est plus grave, les abstentionnistes.
Christian Jacob, qui est toujours demeuré serein et c’est l’une de ses forces, a donc été élu et a constitué son équipe. Hormis quelques erreurs de casting, comme le foldingue maire de Saint-Etienne dont nul ne comprend, ni ce qu’il fait dans l’équipe dirigeante, ni ce qu’il fait à LR, le député de Seine-et-Marne a remis ce qui reste du parti, selon la formule consacrée, « en ordre de bataille ». Les troupes sont maigres, les officiers et sous-officiers nombreux, le chantier immense, mais d’un homme au milieu d’un champ de ruines dont on n’attend rien, on ne peut pas être déçu. On peut même être surpris positivement et ç’a déjà été le cas, avec l’immédiate mise au pas de Gérard Larcher, le président du Sénat, qui se voyait poursuivre sa grotesque entreprise de refondation « de la droite et du centre », et se retrouve sous la tutelle de Jacob en personne, tout troisième personnage de l’État dans l’ordre protocolaire qu’il soit.
Avec, au poste de secrétaire général de LR, le jeune député du Lot Aurélien Pradié, spécialiste des sujets portant sur le handicap et qui promet « une droite sociale en rupture avec une droite ultra-libérale ».
Ce n’est pas à un vieux cheval de labour qu’on apprend à tracer son sillon et Christian Jacob en est un, qui présente cet autre avantage d’être pris pour un imbécile par ses adversaires comme par ses « amis » politiques, lesquels ont peut-être fini par comprendre, avec son élection et ses premières décisions, qu’ils allaient avoir affaire à plus forte partie qu’ils ne l’imaginaient. A-t-on vu que, dans le nouvel organigramme de LR, ne figurent que deux conseillers politiques « auprès du président », qui n’appartiennent pas précisément à l’aile la plus tiède du parti ? L’un est Brice Hortefeux, l’autre est Nadine Morano.
Clairement, en annonçant qu’il veut que sa formation « parle à tous les Français de tous les sujets », Christian Jacob entend reconquérir l’électorat LR parti au Rassemblement national comme celui ayant succombé au charme macroniste – et tous ceux qui ne votent plus, écœurés par les scandales successifs, de l’affaire Bygmalion à l’affaire Fillon. « Ça l’occupera », diront ceux qui croient que LR ne représente plus 8,48 % du corps électoral, le score atteint par la liste Bellamy aux élections européennes. On en reparlera après les municipales…
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Officiellement, la priorité électorale de Christian Jacob est justement ces municipales. Avec, au poste de secrétaire général de LR, le jeune député du Lot Aurélien Pradié, spécialiste des sujets portant sur le handicap et qui promet « une droite sociale en rupture avec une droite ultra-libérale ». Tiens, tiens. Les municipales, a expliqué Pradié, « seront une étape importante parce qu’elles marquent l’ancrage territorial ». Certes, et, à cet égard, on voit mal comment LR pourrait ne pas présenter de liste en plein cœur de sa circonscription, à Cahors, où sa suppléante vient, il y a quelques jours, de renoncer à conduire une liste. Ira-t-il en personne ?
En réalité, les municipales sont bien plus qu’une « étape importante ». Et cela va être la tâche de Christian Jacob de le faire comprendre aux Français, qui croient qu’ils vont juste élire leur maire, ainsi que leurs conseillers municipaux et communautaires – pour les plus informés. En mars 2020, on décidera bien si on reconduit son maire ou si on en change. Mais on fera bien plus.
Par son vote en mars prochain aux municipales, on décidera donc si on donne, six mois plus tard, les pleins pouvoirs à Emmanuel Macron ou pas.
En septembre 2020 auront en effet lieu les élections sénatoriales. Sur les 348 sièges, 178 seront renouvelés. Par un corps électoral de « grands électeurs », composé à 95 % de délégués des conseils municipaux. Aujourd’hui, le Sénat est à droite. Lors du dernier renouvellement de l’autre moitié (170 sièges), en septembre 2017, soit après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, la droite y a même renforcé ses positions, en raison de la poussée qu’elle avait enregistrée… lors des municipales de 2014 (et des départementales de 2015).
Par son vote en mars prochain aux municipales, on décidera donc si on donne, six mois plus tard, les pleins pouvoirs à Emmanuel Macron ou pas. Et là, bisbille interne ou pas, Gérard Larcher et Christian Jacob sont dans le même bateau. Et nous aussi.
Blanche Sanlehenne
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