Skip to content

Marc Fromager : « Les convertis de l’islam deviennent nos frères dans le Christ »

Par

Publié le

12 janvier 2022

Partage

Constellation de plusieurs initiatives allant de l’évangélisation de rue à l’organisation de forums, la Mission Ismérie travaille en France à la conversion des musulmans au christianisme, puis à leur accompagnement spirituel et social. Son directeur Marc Fromager nous présente ce projet prometteur et plein d’espérance. Entretien.
Ismérie

Est-ce que vous pourriez nous expliquer en quelques mots l’objectif de la Mission Ismérie ?

Mission Ismérie se veut un acteur au service des convertis de l’islam. Et cet objectif est né d’un constat : la conversion de musulmans au christianisme existe aujourd’hui et se produit à grande échelle dans le monde, y compris dans le monde musulman. Certes, le phénomène est un peu plus discret en France, mais néanmoins existe : 10% des baptêmes d’adultes dans l’Église catholique sont des personnes d’origines musulmanes. Il faut souvent accompagner ces convertis parce que le fait d’avoir quitté l’islam leur crée généralement des ennuis. On constate de nombreuses menaces. Dans l’islam, c’est d’ailleurs théoriquement puni de mort.

Mission Ismérie a deux ans, mais elle regroupe un certain nombre d’initiatives qui ont chacune une dizaine d’années d’expérience, afin de leurs donner plus de visibilité et plus de moyens pour développer la mission. Il y a par exemple la « Mission Angelus », consacrée à l’évangélisation sur tous les supports, sur internet comme dans la rue. Il y a le « Forum Jésus le Messie » qui organise des journées de rencontres ; « Clarifier » avec Annie Laurent, qui depuis des années déjà produit  la « Petite feuille verte », une petite feuille d’information sur l’islam. Il y a encore Odon Lafontaine, qui travaille sur les origines historiques de l’islam.

Lire aussi : Samuel Paty, l’islam et l’école

La Mission Angélus est donc consacrée à l’évangélisation. Quels sont les différents moyens de parler du catholicisme aux musulmans ?

Ça pourrait paraître compliqué mais en réalité, les musulmans sont aujourd’hui les seuls qui s’arrêtent lorsqu’il y a une évangélisation de rue. Pourquoi ? Parce que ça les intéresse tout simplement. La question de Dieu n’est pas absente de leur vie. Les Français d’origines chrétiennes pour beaucoup ne s’intéressent pas à la question de Dieu, et donc ne s’arrêtent pas. En revanche, les musulmans s’arrêtent, ils sont surpris de voir qu’il y a encore des chrétiens, et ils écoutent. Ils ne vont pas forcément être d’accord, mais au moins il y a un contact.

Y a-t-il d’autres approches que l’évangélisation de rue ?

Le vecteur principal aujourd’hui reste internet. L’avantage d’internet, c’est que vous pouvez rester dans l’anonymat total vis-à-vis de la personne qui vous parle du Christ, mais surtout vis-à-vis de vos coreligionnaires, de votre environnement, de votre famille, etc. Alors que sur la voie publique vous n’avez pas beaucoup de temps pour approfondir, internet permet aussi d’approfondir le sujet chez soi. Enfin, avec internet, nous touchons infiniment plus de gens que les quelques dizaines de personnes qu’on peut rencontrer en une demi-journée sur la voie publique.

« Le vecteur principal de l’évangélisation aujourd’hui reste internet »

Marc Fromager

Observez-vous des différences parmi les musulmans qu’ils soient jeunes ou vieux, nés en France ou issus de l’immigration, et est-ce que vous adaptez votre approche en fonction de ces différents cas de figure ?

On pourrait effectivement, il faudrait faire des études plus approfondies. Pour l’instant, on en est au début. En présence de la personne, on peut s’adapter à ses réactions. En revanche, c’est plus difficile sur internet : on ne peut pas faire des programmes réellement différents où il faudrait cliquer sur « je suis vieux », « je suis bien intégrer dans un pays occidental » ou au contraire « je suis jeune, je ne parle pas une langue européenne ». On ne s’en sortirait pas.

Vous expliquez sur le site de Mission Ismérie qu’il y a un retard des catholiques par rapport à des protestants évangéliques. Pensez-vous qu’il y a un moyen de rattraper ce retard ?

C’est notre objectif. Il ne s’agit pas de faire la course. Simplement, on s’aperçoit que l’Église catholique est sensible à cette question, mais elle n’a pas encore à notre sens suffisamment investi la question. Avant d’aller chercher des musulmans, il faudrait déjà pouvoir répondre aux musulmans qui aujourd’hui frappent à la porte, posent des questions, s’intéressent au christianisme.

Lire aussi : Sélectron : les dix déclarations méprisantes d’Emmanuel Macron

Durant plusieurs années, vous avez travaillé sur la défense des chrétiens dans le monde. Vous dirigez désormais Mission Ismérie en France et œuvrez pour la conversion des musulmans. Qu’est-ce qui est à l’origine de ce changement de mission ?

Effectivement, j’ai travaillé pendant 21 ans pour l’Aide à l’Église en Détresse, qui est une fondation pontificale chargée de soutenir les communautés catholiques dans plus de 150 pays, en particulier dans ceux où l’Église est discriminée ou persécutée. Dans ce cadre, j’ai beaucoup voyagé, notamment dans la plupart des pays à majorité musulmane. Cette question de l’islam ne m’était donc pas étrangère. L’islam n’est pas la seule source de discrimination vis-à-vis de l’Église, mais c’est clairement une source principale.

Ce qui m’a étonné dans ces voyages, particulièrement dans la péninsule arabique, c’était de constater à chaque reprise que je rencontrais des musulmans convertis au christianisme. Il y avait deux cheminements possibles. Soit d’une part, grâce aux médias ou à internet, ils avaient été touchés par le christianisme et avaient cherché à en savoir davantage. Soit d’autre part, c’était directement des songes, des rêves, des apparitions. Quand on dit ça en France, ça parait évidemment plus surprenant du fait de notre esprit très rationnel. Et pourtant, j’en ai rencontrés plusieurs et à chaque voyage, j’entendais parler de personnes qui avaient eu une expérience mystique leur ayant permis de rencontrer le Christ ou la vierge Marie.

« Je m’occupe moins des chrétiens en tant que tels que lorsque je travaillais à l’AED, mais je m’occupe de futurs chrétiens puisque les convertis de l’islam deviennent nos frères et sœurs dans le Christ »

Marc Fromager

Après 21 années, je voulais changer et on m’a proposé de rejoindre la Mission Ismérie, centrée sur la conversion des musulmans. Et j’y ai vu une suite assez logique de ce que je faisais avant. Je m’occupe moins des chrétiens en tant que tel que lorsque je travaillais à l’AED, mais je m’occupe de futurs chrétiens puisque les convertis de l’islam deviennent nos frères et sœurs dans le Christ, et aussi en général des apôtres auprès de leurs ex-coreligionnaires parce qu’ils sont vraiment convaincus de leur choix, ce qui se confirme au vu des épreuves qu’ils traversent à cause de leur conversion.

Est-ce que la détresse spirituelle qui touche les pays occidentaux est un frein pour Mission Ismérie ?

Oui, certainement. Pour tout dire, la détresse qui touche l’Occident n’est pas seulement un frein pour nous, mais pour l’Occident tout court. À partir du moment où l’on ne croit plus et que l’on baigne dans un nihilisme de plus en plus autodestructeur, on est dans une impasse. La nature ayant horreur du vide, ce sera remplacé par autre chose. Est-ce que ce sera un totalitarisme nihiliste, ou bien une autre religion comme l’islam ? Face au néant, s’il n’y a aucune proposition religieuse, les gens iront au plus offrant, à celui qui saura occuper la place. Aujourd’hui, l’islam apparaît comme étant une religion forte, virile, sûre d’elle-même, fière, qui a des réponses assez simples et qui peut servir de repère identitaire. Il y a un pouvoir d’attraction certain dans l’islam, ce qui nous inquiète aujourd’hui en Occident.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest