Pour truculer, on peut dire que les auteurs truculent ! C’est un pamphlet sévèrement burné, mordant et très drôle que cosignent Papacito et Julien Rochedy. Construit en forme de dialogue épistolaire, chacun des auteurs commence par expliquer pourquoi il aurait pu devenir un affreux gauchiste woke, et les raisons concrètes qui lui ont évité cette grande peine. Leur parcours personnel, touchant parce que sincère, se complète d’une grande lucidité : c’est la réalité qui les a sauvés. C’est très drôle, rafraîchissant, acide, et sous les coups de boutoirs envoyés au politiquement correct, il y a un propos fort juste sur la société, et sur les ornières dans lesquelles nous nous sommes fourrés.
Le style de Papacito, à l’écrit, fait penser à celui d’un Frédéric Dard. Par certains aspects, furieusement libres et anti-collectivistes, il peut aussi se rapprocher de la pensée d’un Laurent Obertone. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si Papacito et Obertone (ainsi que Rochedy) se retrouvent dans le projet La Furia. Seul petit reproche stylistique : comme chez beaucoup d’auteurs de droite, l’utilisation du mot « anthropologie » semble abusive (dans un sens assez éloigné de celui du dictionnaire). À préciser, donc.
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Combat intellectuel et virilité
Sur le constat, on retrouve des choses connues. La France est dans un état misérable sur beaucoup de sujets : exode des cerveaux, immigration de masse incontrôlée, fin de l’assimilation, extension sans fin du domaine d’intervention de l’État, perte des repères historiques et spirituels. Pour faire court, la France aux mains des communistes et des communautaristes. Le tout avec une culpabilité permanente, entretenue savamment par des élites démissionnaires et par les gauchistes qui tiennent les manettes de la narration.
Bien sûr, le livre est l’une des solutions pour reprendre la main sur le discours, apporter de la controverse et des points de vue différents, s’engager dans le combat des idées. Depuis plusieurs années, les lignes intellectuelles bougent. Papacito et Rochedy partagent le même goût pour l’histoire, et pour la transmission de ce qui fait de la France et de l’Occident de magnifiques civilisations.
L’autre solution, plus individuelle, consiste à retrouver et assumer une vraie virilité, et donc une vraie liberté. Spirituelle comme physique. Les temps sont durs, et comme le dit le proverbe Si vis pacem para bellum. Ils incarnent tous deux à merveille, physiquement, dans la pensée, par leur drôlerie, cette virilité qui manque tant aux relations sociales depuis vingt ans. Tout le monde baigne dans une sorte de politiquement correct très féminin, dont le conflit est toujours tenu à l’écart. Il est temps de cela change, pour regarder les choses sans faux-semblants.
« Je fais ce que fait la race d’hommes à laquelle j’appartiens, c’est-à-dire fabriquer tant bien que mal un héroïsme artisanal de bric et de broc, faute de savoir se résigner à produire une lâcheté industrielle. »
Papacito
Le panache de Cyrano
Ces solutions ne suffiront peut-être pas. Mais comme l’explique Papacito, dans un geste digne de Cyrano, en racontant avec un vrai sens du tragique la bataille de Camerone :
« C’est dans l’incertitude de la victoire que se renforce la certitude du combat. […] Je combats tranquille et serein car toi, moi, et quelques autres braves, vivons notre Camerone. Nous sommes cernés par le progrès, nous sommes abandonnés par nos élites, l’ennemi est en surnombre, sur-armé, sur-financé, nos églises sont vides, les courageux se comptent sur les doigts de la main et les collaborateurs foisonnent. Nous sommes un seul homme contre mille gauchistes et mille autres moudjahidines. Nous sommes une charge dérisoire, baïonnette au canon, que l’ennemi tout-puissant crible de balles à volonté. Un petit carré de France sous la mitraille infinie du Great Reset mondialisé. Et pourtant, mes frères d’armes, à vous les suicidaires, je le réaffirme ici encore, je combats tranquille et serein dans cette grande défaite qu’aura été la France mourante qui m’a vu naître. Je marche avec ferveur et la tête haute vers la fin de mon monde, j’emporte avec moi le courage de mes camarades de lutte, je fais ce que fait la race d’hommes à laquelle j’appartiens, c’est-à-dire fabriquer tant bien que mal un héroïsme artisanal de bric et de broc, faute de savoir se résigner à produire une lâcheté industrielle. C’est dans cette abnégation stupide, à contre-courant de ce que les naïfs pensent être « la nouvelle marche du monde », dans cet entêtement à vouloir faire vivre ce qui meurt, que je trouve mon salut personnel. »
Reconquête ?
En clair, il existe pour les deux auteurs des choses sacrées, qui permettent de penser une société avec toute son histoire, sa noblesse, sa richesse et son patrimoine, par-delà le simple confort. Qu’est-ce qu’une chose sacrée ? Ce pourquoi on peut se sacrifier, symboliquement ou concrètement. Dans Veni, Vedi, Vici, Papacito et Rochedy, expliquent que Dieu, la France, la famille, et l’identité sont sacrées…et qu’ils valent bien une reconquête.

Éditions Hétairie, 264 p., 21 €





