Le vendredi 13 décembre 1974, plus de six mille jeunes gens chevelus investissent la cathédrale de Reims. Nico, grande prêtresse gothique et égérie d’Andy Warhol, se produit en concert dans le lieu saint avec, à l’affiche, les Allemands de Tangerine Dream. L’Église interdira au groupe de renouveler l’expérience en raison des dégâts consécutifs.
Pourtant, avec le recul, cet événement fut sans doute plus canonique qu’il n’y paraît. À la fin des années soixante, à l’inverse de leurs « collègues » anglais et français, les krautrockers allemands ne veulent pas s’inspirer du rock américain et, via les claviers électroniques, ils préfèrent évoquer les aciéries de la Ruhr et les usines automobiles de Düsseldorf (la ville de Kraftwerk) que les champs de coton. C’est en 1974, avec l’album Phaedra que Tangerine Dream rencontre le succès mondial. L’association Musique Action Reims, en collaboration avec Virgin, organise le concert.
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Chef-d’œuvre de l’art gothique, la cathédrale Notre-Dame-de-Reims fut le lieu de sacre de trente-et-un rois de France et celui du baptême de Clovis. Ce soir-là, l’organisation du concert est désastreuse car rien n’est prévu au niveau logistique et sanitaire. Alors que la colère de certains paroissiens monte et exige un rite de purification de l’édifice, l’archiprêtre et abbé de la cathédrale rétorque : « Il est vrai que les jeunes ont fumé de la marijuana afin de mieux communiquer avec le son de Tangerine Dream et le spectacle en général. Il est également vrai que d’autres, pour satisfaire une obligation naturelle, ont uriné contre les colonnes de la cathédrale et enfin, il est encore vrai que pour lutter contre le froid, on voyait des couples s’embrasser. Mais il est tout aussi vrai que quelque 6 000 jeunes, restés assis par terre pendant trois heures dans l’obscurité, ont apprécié la musique et auraient pu causer des dégâts beaucoup plus graves, avec beaucoup moins de décorum ».
Bertrand Burgalat nous confirme que la jeunesse hippie avait développé alors une vraie soif d’absolu. Quarante-sept ans plus tard, à l’écoute du concert et en découvrant les témoignages des participants, on se rend compte que le concert de Tangerine Dream fut sans doute plus religieux et plus digne qu’on prétendit, surtout en comparaison de beaucoup de messes contemporaines.

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