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Attention, Zemmour méchant

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Publié le

7 octobre 2021

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« Marine Le Pen dévisse, Zemmour se hisse », a titré Libé alors que l’une venait de passer sous les 20 %, l’autre de franchir les 10 %. Nul ne peut prédire l’évolution, mais, à la lepénisation des esprits, a fait place leur zemmourisation. Que se passe-t-il donc en ce début de campagne présidentielle ?
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Alain Duhamel, à qui l’on faisait valoir qu’Éric Zemmour ne faisait rien d’autre que du Marine Le Pen, a fait la moue qu’il a l’habitude de mimer lorsqu’il est en désaccord avec son interlocuteur, puis a lâché : « Si vous voulez, mais en plus intelligent et en plus cultivé alors ». On peut reprocher beaucoup de choses au journaliste qui a couvert tous les scrutins présidentiels depuis 1965, mais pas, à 80 ans passés, d’avoir perdu de son acuité, ni de sa férocité.

Lire aussi : Éditorial de Jacques de Guillebon : À Éric Zemmour

Le propos valait à la fois reconnaissance des qualités intellectuelles d’Éric Zemmour, auquel il accorde également le mérite d’élever le débat politique au niveau auquel il devrait toujours se situer, et mépris pour la présidente du Rassemblement national, qui ne parvient décidément pas à se faire reconnaître pour ses qualités propres, qui sont pourtant grandes. Comme si sa combativité, son aptitude à apprendre, et vite, sa capacité à rebondir ou sa force de travail ne suffiraient jamais à compenser son péché originel, qui n’est d’ailleurs que la faute de son père : n’avoir pas reçu, dès son plus jeune âge et avant son entrée en politique, le bagage intellectuel qui sied pour être admis dans la cour des grands, ceux que l’on écoute, quoi qu’on en pense par ailleurs, lorsqu’ils disent vouloir accéder à l’Élysée.

Mieux qu’un programme, un projet

Quand Marine Le Pen parle, Alain Duhamel ne l’écoute plus. Beaucoup de Français non plus, même si cela ne les empêchera pas, peut-être, de voter pour elle en avril prochain. Quand Éric Zemmour parle, Alain Duhamel, qui ne partage pas plus ses idées, tend l’oreille, comme l’ont fait 3,8 millions de Français le 23 septembre lors de son débat avec Jean-Luc Mélenchon sur BFM, réalisant la prouesse de faire quasiment jeu égal avec TF1, alors que, à la même heure, Valérie Pécresse, invitée d’Élysée 2022, la nouvelle émission politique de France 2 présentée par Léa Salamé, ne réunissait qu’un million de téléspectateurs !

« Il est cultivé. Il sait ce qu’il dit. Il fait de ces citations ! », disait, admiratif, l’homme de la rue le lendemain, vantant également en Jean-Luc Mélenchon un adversaire d’excellente tenue. Comme si tous deux appartenaient à ce monde ancien qu’une grande partie des Français rêve de voir se reconstituer, un monde auquel appartenait Jean-Marie Le Pen mais qui restera à jamais inaccessible à Marine Le Pen, qui n’en veut d’ailleurs pas.

Son discours correspond « à un mouvement au sein de la société française, un mouvement de droitisation, d’affirmation de préoccupations pour la sécurité, pour l’immigration, pour l’intégration, pour l’islam »

Alors que les commentateurs réclament de Zemmour un programme, les Français de droite, qui ont payé depuis des décennies pour savoir que les programmes ne sont jamais tenus et que les promesses, comme disait Charles Pasqua, « n’engagent que ceux qui les écoutent », lui savent gré qu’il présente mieux qu’un programme : un projet pour la France. Un projet fixant les enjeux fondamentaux et les grandes orientations, et non pas une liste de mesures qui n’est pas du niveau d’un chef de l’État, mais d’un sous-secrétaire d’État au Budget comme il en existait sous la IIIe République.

Demande de francité

Ce n’est certes pas le seul élément qui explique la percée fulgurante d’Éric Zemmour dans les sondages, mesuré à 10 % des intentions de vote alors qu’il ne s’est même pas officiellement déclaré, mais cela y participe. Anne Hidalgo, pour avoir cru malin de promettre le doublement du salaire des enseignants en guise de mesure phare de sa pré-campagne présidentielle, est en train de dégringoler dans les intentions de vote, au point qu’il n’est pas dit qu’elle ferait le plein des personnels de l’Éducation nationale eux-mêmes si elle allait jusqu’au bout de sa mésaventure.

À l’élévation du niveau de la parole publique à laquelle procède Éric Zemmour, qui n’est rien d’autre que le retour du politique en politique, s’ajoutent d’autres raisons qui viennent expliquer son succès du moment. À savoir, d’abord, le fait que son discours correspond « à un mouvement au sein de la société française, un mouvement de droitisation, d’affirmation de préoccupations pour la sécurité, pour l’immigration, pour l’intégration, pour l’islam », ainsi que l’a expliqué sur LCI Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l’innovation politique. Autrement dit, il tient le bon discours au bon moment.

Lire aussi : Démographie : Zemmour rencontre Orban et vante le modèle hongrois

En 2007, Philippe de Villiers avait fait de la lutte contre l’islamisation le thème majeur de sa campagne présidentielle. Pourquoi alors n’avait-il obtenu que 2,23 % des suffrages ? Sans s’attarder sur les aspects répulsifs de sa personnalité, principalement parce que c’était trop tôt. C’est peut-être injuste, mais c’est ainsi : en politique, il ne faut jamais avoir raison trop tôt. Et aussi parce que le mouvement de droitisation, naissant, avait cru se trouver un champion en la personne de Nicolas Sarkozy, qui avait tout absorbé des électorats en demande de francité et de « rupture avec Mai 68 » dans tous les domaines.

Contre les gentils

Et puis la droite UMP devenue LR a déçu. Et puis Marine Le Pen, qui pouvait apparaître comme l’autre option, également. Dominique Reynié parle de « forme d’usure du lepénisme ». Du lepénisme ou du marinisme ? La question devra être étudiée de près, tant elle n’est pas essentielle que pour l’avenir politique de Marine Le Pen… Pour ce qui est du marinisme, il est certain qu’il ne se trouve plus légion pour croire à la possibilité qu’elle accède à l’Élysée, surtout depuis les élections régionales qui ont vu même la région Paca, qui lui semblait pourtant acquise, échapper au RN, et cela alors même que la tête de liste, Thierry Mariani, n’avait rien d’effrayant pour l’électorat traditionnel de la droite. Si Mariani n’y arrive pas, si Mariani a vu se dresser contre lui un front républicain, comment Marine Le Pen y parviendrait-elle ?

L’euphémisation, la pasteurisation, l’aseptisation du discours de Marine Le Pen, dans une optique de deuxième tour, comporte désormais le risque considérable pour elle qu’elle n’atteigne pas celui-ci

Peut-être l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy et Zemmour en ont-ils parlé lorsqu’ils se sont vus dans la semaine du 20 septembre, et a priori pas pour parler chiffons… Peut-être ont-ils évoqué comment on a pu passer de la « lepénisation des esprits » à la « zemmourisation des esprits », selon la formule popularisée par Jean-Luc Mélenchon (qui estime, le bougre, qu’elle atteint jusqu’à la macronie) mais qui est en réalité bien plus ancienne, puisqu’en 2014, déjà, le docteur ès antifascisme qu’est Jean-Christophe Cambadélis appelait « tous les républicains » à se mobiliser contre cette « zemmourisation des esprits » qui était en train « d’attaquer tous les principes même de la République et de la France ».

Mariani comme Zemmour le savent : l’euphémisation, la pasteurisation, l’aseptisation du discours de Marine Le Pen, dans une optique de deuxième tour, comporte désormais le risque considérable pour elle qu’elle n’atteigne pas celui-ci, et ce n’est pas son intérêt pour le tarif des péages autoroutiers qui inversera la tendance. « Un Front national gentil, ça n’intéresse personne. » La formule est de Jean-Marie Le Pen. Elle date de 2005. 

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