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Paris est une ville qui lentement se transforme en capitale-musée, sanctuaire pour bobos que viennent observer des touristes. Mais le renfort de l’ancien batteur de Motörhead, qui y ouvre l’Alabama Bar, nous donne l’espoir d’une prochaine reconquête.
La vie nocturne s’amenuise, les troquets ferment après les plaintes de jeunes startupers dont le temps est trop précieux pour la gratuité de l’ivresse et la recherche obstinée des étoiles. Dans un tel contexte, on peut bien se demander ce qui a pu pousser le batteur de Motörhead, Mikkey Dee, qui officie dans les non moins légendaires Scorpions depuis le décès de Lemmy Kilmister, à ouvrir un bar rock, « L’Alabama », dans une ville où tous les estaminets dédiés à cette musique de sauvages ferment les uns après les autres.
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C’est pour répondre à cette question cruciale que les intrépides journalistes de L’Incorrect se rendent à sa rencontre, au fond de cet établissement petit mais accueillant. « Si les bars rock ferment à Paris, raison de plus pour en ouvrir un, non ? » nous lance le cogneur, de sa voix gouailleuse et enjouée. Bien entendu, autant prévenir tout de suite le lecteur, l’homme étant un musicien fort occupé, il y a peu de chance de le croiser derrière le bar à tirer des bières ou confectionner des cocktails. Mais Mikkey s’est entouré de certains des meilleurs barmen rock parisiens, dont Uli, qu’on aura vu officier au « Rock’n’Roll Circus », à « L’Orange Mécanique » ou encore au « Dr Feelgood ».
https://www.youtube.com/watch?v=pWB5JZRGl0U
UNE LÉGENDE DU ROCK’N’ROLL
Les bières servies ont été sélectionnées avec soin, de même que les alcools forts, si bien que les amateurs de whiskies, de rhum ou de gin devraient être en mesure de trouver leur compte en dégustant leur boisson préférée dans une décoration minimaliste mais élégante – ce qui tranche avec l’outrance souvent associée aux lieux dédiés au rock’n’roll – sur le fond sonore d’une playlist toujours de bon goût, et en lançant parfois un regard distrait au mur sur lequel un projecteur diffuse en permanence des vidéos de concerts. Il se dégage de l’endroit une atmosphère cosy qui lui donne l’allure d’un havre de paix pour rockeur ayant atteint le terme de la Route 66 après que celleci eut été déviée vers Paris. Pourquoi ce bar porte-t-il le nom d’un état américain ?
S’il n’est pas encore nécessaire de reprendre Paris par les armes, nous la reprendrons par le bruit et la fureur
C’est que l’Alabama renvoie au morceau de légende Sweet Home Alabama, de Lynyrd Skynyrd, qui défendait alors l’honneur d’un État accusé par Neil Young d’être rétrograde. Or, la légende est l’atmosphère naturelle de Mikkey Dee : l’homme a été durant plus de vingt ans le métronome d’acier derrière le parrain du rock’n’roll, Lemmy Kilmister, disparu en décembre 2017, et il est depuis le remplaçant de James Kottak chez les célèbres hard rockeurs teutons de Scorpions, qui poursuivent depuis 2010 leur interminable tournée d’adieux ! « Ces mecs-là ne s’arrêteront que quand ils seront morts ! s ’esclaffe Mikkey Dee. Ils peuvent parler de retraite tant qu’ils veulent, ils ne pourront jamais arrêter, à moins de ne plus pouvoir jouer, comme c’était le cas de Lemmy sur la fin. Quand on est musicien, on fait de la musique, jusqu’au bout. Quand on est écrivain, on écrit. Vous vous verriez arrêter de respirer ou de boire, ou de manger ? Pour un musicien, c’est pareil. Je ne lâcherai ma batterie que lorsque mes mains ne pourront plus porter mes baguettes », assène le cogneur, souriant mais ferme dans son propos.
POCHE DE RÉSISTANCE
Plus tard dans la soirée, Mikkey Dee remplira les verres de l’assemblée avant de monter sur le bar pour déclarer ouvertes les hostilités en lançant : « L’esprit de Lemmy soufflera ici ! » Les fabuleux fabos amateurs de musique sauvage sauront donc où aller pour boire un godet portés par le souffle mystique du saint patron du Rock’n’Roll. Paris n’est pas une ville musée, Paris est une ville à reprendre.
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Et s’il n’est pas encore nécessaire de la reprendre par les armes, nous la reprendrons par le bruit et la fureur avec tous ceux qui luttent contre la muséification de la plus belle ville du monde. C’est pourquoi sont précieux des lieux comme « L’Alabama » qui résistent à l’impérialisme gentrificateur, au pullulement des startups et des espaces de co-working, à l’esprit utilitaire, à la mode des trottinettes électriques, au fanatisme vegan et au couvre-feu de 21h. Contre les bobos, contre les boomers, nous écluserons des litres et déchaînerons les décibels.
Alain Blanville
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