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Peelaert par Bergman

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Publié le

1 mars 2019

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[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1551449956120{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Boris Bergman, auteur mythique de la pop française, fut un compagnon de route de Guy Peellaert et prit comme lui tous les risques afin de défendre « une certaine idée de la culture populaire » face à des cultureux germanopratins dont la descendance bobo essaie bien maladroitement de récupérer un concept pop auquel elle n’a jamais rien compris. Les souvenirs du parolier de l’album Passé le Rio Grande de Bashung nous éclairent sur celui qui illustra les affiches des films de Robert Altman, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Wim Wenders ou Robert Bresson.

 

Comment avez-vous découvert Guy Peellaert ?

 

Ce fut à travers le film Jeu de Massacre d’Alain Jessua où Michel Duchaussoy jouait le rôle de Peellaert. C’est un des rares films français où le personnage principal est un dessinateur de bandes dessinées. Je communiquais avec lui par fax, et un jour je lui ai envoyé un dessin me représentant en aveugle avec une canne blanche en haut d’une colline, en train de fumer un joint tout en lançant : «Guy, c’est toi ?» Guy m’a envoyé le contrechamp, avec la fumée du joint planant au-dessus de G.I’s qui répondaient : « Ça sent le Boris ».

 

On a souvent collaboré ensemble, il a réalisé la couverture d’un de mes romans et il était également très ami avec Lio (Boris Bergman a écrit les paroles de l’album Wandatta). Je lui ai écrit la préface anglaise de Rêves du XXe siècle, et il a également conçu la pochette de mon hommage à Buddy Holly.

 

Lire aussi : Alain Bashung au salon des refusés

 

On se rend compte avec The Game que Guy Peellaert changeait constamment de style graphique…

C’était son point commun avec Alain Bashung. Ils ne voulaient pas être prisonniers d’une méthode. Jodelle était dans une lignée franco-belge, alors que Pravda comme The Game étaient davantage dans une lignée américaine avec ces aplats de couleur. Puis, à un moment, toute son admiration pour Edward Hopper est ressortie. Dès The Game, on se rend compte que la statue est déjà dans la pierre, dans She and the Green hair, il y a déjà la photo que l’on retrouvera plus tard, mais il n’a pas encore superposé les éléments.

Il avait ce que j’aimais dans la new wave qui revisitait les standards rock des années cinquante en s’en moquant un peu, mais tout en cultivant une vraie tendresse.

 

 

Il semble que Peellaert entretenait une relation d’amour-haine avec les mythes américains…

Guy me disait très souvent qu’il détestait la nostalgie. En réalité, il luttait contre ce sentiment. Nous autres slaves, nous sommes nostalgiques avant d’avoir eu des souvenirs. Je pense que de manière jungienne la mémoire de nos ancêtres coule dans nos veines. Il avait ce que j’aimais dans la new wave qui revisitait les standards rock des années cinquante en s’en moquant un peu, mais tout en cultivant une vraie tendresse. Du côté du « triangle des Bermudas » (Les Inrocks, Télérama, Libé), on considère que la country est une musique à la droite du ranch de Trump. Ils oublient que ce genre musical a connu de sérieux anars à la Woody Nelson.

 

Guy me confiait souvent sa tendresse pour Dolly Parton. Un jour, on avait même suivi une minute de silence parce qu’elle s’était fait réduire la poitrine à cause de son dos. Il avait l’humour d’Ostende. N’oublions pas que cette ville portuaire un peu colonisée intellectuellement par l’Angleterre est à part en Belgique. Je pense que le futile traité par des gens qui ne le sont pas ouvre une belle dimension.

 

Lire aussi : [ VIDEO ] Boris Bergman, l’homme qui venait d’ailleurs

 

Et c’est mieux que d’avoir l’attitude de tous ces snobs qui font semblant d’aimer les films intellichiants. Je les ai tous vus dans les cinémas de la rive gauche, partir les uns après les autres avant la fin ! C’est un peu le même principe de Playboy avec ces types qui affirmaient lire la nouvelle de Salinger, alors que ce n’était qu’un alibi pour se rincer l’œil sur la playmate de la page centrale. De ses premiers travaux, en passant par Wandatta jusqu’à sa dernière exposition et ses projets (il préparait un retour de Pravda sous les traits de Kate Moss), on se rend compte à quel point il aimait la femme.

 

Lire aussi : Guy Peellaert : le maître du jeu

 

Racontez-nous l’histoire incroyable de sa carte de vœux pour Jean-Pierre Chevènement, en 2000, qui représentait des personnages historiques en curieuse posture…

Il avait deux clients assez atypiques, Jean-Pierre Chevènement et Karl Lagerfeld. Chevènement adore le travail de Guy Peellaert, et celui-ci me confiait: « Je ne sais pas ce qui lui a pris en sortant du coma, il est devenu fou ! » Avant d’ajouter affolé : « Il veut des gens à quatre pattes qui font l’amour ! » C’est quand même le seul mec de gauche qui s’est réveillé de droite. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait !

 

© Guy Peellaert – Pour l’an 2000, Guy Peellaert réalisait La République contre les bien-pensants, carte de voeux commandée par Chevènement, alors ministre de l’Intérieur.

 

 

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