Alain Bashung au salon des refusés

© Universal music

À l’initiative de sa veuve, Chloé Mons, et dix ans après la sortie du dernier album original, Bashung nous est revenu d’entre les morts avec un disque pour le moins difficile à cerner. On a lu, çà et là, les réticences initiales du label, puis celles de l’arrangeuse Édith Fambuena, avant que finalement tous ne se lancent dans l’étrange aventure. Laquelle exactement ?

 

Celle consistant à exhumer, orchestrer et publier des morceaux écartés lors des sessions préparatoires de Bleu Pétrole – des maquettes vocales et des premiers jets que l’on pose pour voir s’il sera nécessaire d’aller plus avant, laissant, de fait, quelques candidats sur le carreau – certaines chansons recalées ayant même été entre-temps reprises à leurs comptes par leurs auteurs.

 

Lire aussi : LES TRAVELOS, C’ÉTAIT MIEUX AVANT

 

Évidemment, un morceau refusé n’implique pas nécessairement qu’il soit mauvais, mais cela peut signifier qu’il ne cadre pas, pour mille raisons. Supposant l’exigence de Bashung, avouons que le procédé donne le vertige, même si, selon Fambuena elle-même, l’artiste demandait à être trahi par ses musiciens.

 

Reste que ce n’est pas la même chose d’aimer être surpris suivant que l’on est en mesure d’avoir le dernier mot ou non. Et nous ne sommes pas non plus dans la configuration d’un Kafka qui, sans la trahison de Brod, aurait peut-être disparu des radars. Ainsi, l’objet n’étant pas anodin, comment recevoir ce résultat lorsque l’on sait que rien n’a été validé par l’artiste ?

 

Pour l’amateur de Bashung, la nostalgie pulvérisera d’emblée toute objectivité.

 

Pour l’amateur de Bashung, la nostalgie pulvérisera d’emblée toute objectivité. Comment ne pas être troublé d’entendre à nouveau cette voix si singulière, sur le fil ? On peut aussi tenter de recevoir les morceaux pour ce qu’ils sont, intrinsèquement, ou tenter une approche raisonnable sans contraindre l’émotion des retrouvailles.

 

Une chose semble certaine, Fambuena a accompli sa mission avec une indéniable virtuosité pour transcender la matière brute, que ce soit dans les sobres et subtils arrangements et surtout la composition d’une atmosphère cohérente, comme ce clair-obscur qui court d’un bout à l’autre du disque jusqu’à la très réussie « Nos âmes à l’abri » qui, à elle seule, pourrait justifier l’entreprise.

 

 

Car s’il y a bien des chansons anecdotiques, d’autres sortent tranquillement du lot, sans être explosives, au point que les questions éthiques s’inclinent devant certains passages. De là à savoir exactement ce qu’est ce disque, au-delà de l’opération discutable et du petit plaisir coupable, dire qu’il s’agit là « du dernier album de Bashung » resterait malhonnête.

 

.

aleroy@lincorrect.org

Pin It on Pinterest

Share This