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Pornographie partout, maisons closes nulle part

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Publié le

13 mars 2019

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L’essentiel de la production pornographique contemporaine est aux jeux d’adultes ce que les tacos halals d’Aulnay-sous-Bois sont à la cuisine de Joël Robuchon : indigestes et mauvais pour la santé. Le village gaulois a longtemps résisté mais rend les armes.

 

La masturbation a été industrialisée, au même titre que toutes les activités humaines. Rentabilisée et rationalisée par l’intelligence artificielle, la libido humaine n’a plus de secret pour Big Brother, prêt à satisfaire les moindres désirs dans l’instant. Ainsi, chaque recherche effectuée sur internet est recensée, enregistrée et étudiée par les géants du net de la pornographie mondialisée.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Fragments de France

 

Ce ne sont d’ailleurs pas les données qui manquent lorsque 25 % des recherches effectuées sur Google sont en lien avec du « contenu adulte », soit 68 millions quotidiennement, et 1,5 milliard de vidéos et photos pornographiques téléchargées tous les mois représentant plus d’un tiers de tous les téléchargements dans le monde.

 

 

De quoi engendrer environ 13,3 milliards d’euros de revenus pour les seuls ÉtatsUnis, ou bien encore, pour vous donner le tournis, 3 075 dollars dépensés toutes les secondes. Alors que les queues des cinémas perpignanais et toulousains des années  70 étaient remplies d’Espagnols quand sortait le dernier film réservé aux adultes, plus personne ou presque n’aurait l’idée d’acheter un DVD pornographique en 2018. Tout et plus, est disponible en un clic.

 

Les frontières de retour

 

Le marché du X est un marché fait de niches, parfois ethniques. Il est le reflet honteux de notre monde. Les internautes sont littéralement scrutés, en témoigne l’étude de PornHub qui a dévoilé les recherches les plus fréquentes, fonction de l’âge de ses visiteurs, de leurs pays d’origine ou de leur sexe.

Les hommes français sont notamment friands de « mamans françaises », de « teens », de « milfs » ou de « beurettes », autant d’acronymes et d’expressions peu usitées publiquement mais connues d’une majorité de jeunes. Quant à nos voisins italiens, ils privilégient les Napolitaines et les « footjobs ».

 

Comment s’émouvoir d’une première fille dans son lit quand on peut regarder des « milfs » pliées en dix sur son smartphone ? Comment, parallèlement, s’étonner du rapport que notre société entretient avec la sexualité ?

 

Qui n’a jamais entendu des rires gras succédant à un « merci qui? » au bureau, en référence à cette grosse PME du X français qu’est le site Jacquie et Michel, phénomène de société déchaînant les passions et les critiques? Visionnées des millions de fois, les productions de Jacquie et Michel sont surtout célèbres pour leurs actrices supposément amatrices et leurs lieux de tournage, parfois publics, de même que l’ambiance potache qui se dégage de l’équipe, que d’aucuns diront « beauf » et grolandaise.

Dans un goût approchant, citons aussi aussi Pierre Woodman, ancien flic pote de Coluche reconverti dans le « cast ing X » de nymphettes slaves, ou le transalpin Rocco, aux mensurations et à l’appétit démesurés, qui, chacun dans leur genre respectif, ont su monter de juteuses entreprises. Finalement, même eux passent pour d’aimables plaisantins face à la Silicon Valley et à ses moteurs de recherche surpuissants, regroupant toutes les paraphilies et toutes les origines géographiques.

 

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Ces grossistes du porno à la tête de fortunes en milliards n’ont pas d’autre éthique que le fric. S’ils savent pertinemment que leurs vidéos sont vues par des dizaines de millions de mineurs et qu’elles enrichissent les mafias du monde entier qui prospèrent sur le trafic d’êtres humains, ils n’en ont cure. La pornographie se joue des frontières, se déployant dans les territoires dématérialisés, insensible aux États souverains: elle satisfait une demande du public.

Mais le public a-t-il toujours raison? N’est-il pas lui-même l’esclave consentant de ses pulsions et de sa concupiscence ? À l’heure où les rencontres mammifères ne sont plus jamais spontanées, la pornographie fait office de refuge malsain pour les handicapés de la séduction, et de défouloir pour les autres. Elle est aussi le lieu de nombreuses dérives.

 

L’indécente quantification du fantasme

 

En Californie, l’industrie du porno alimente régulièrement les colonnes des faits divers. Elle fut aussi responsable de la réapparition de la syphilis. Notre société étale la pornographie tout en étant puritaine, de la même manière qu’elle nie les races en racialisant la majorité des débats.

Les centaines de sites pornographiques font écho à la censure de L’Origine du Monde sur Facebook, et les millions d’« ebonys » tapés sur Hamster X et PornHub se rient des réunions en non-mixité du Parti des Indigènes de la République. La moitié des adolescents français ont surfé sur un site pornographique en 2017, selon une étude de l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation numérique.

 

Lire aussi : Permis de tuer, permis de procréer, le grand renversement

 

Et encore, il ne s’agit que de ceux qui veulent bien l’admettre ! Le premier visionnage se fait sur l’écran du téléphone portable, quelquefois au sein d’un établissement scolaire… On serait presque triste pour ces gamins qui ne connaîtront jamais le goût de la véritable transgression, le fumet de et de leurs buffets campagnards où l’on sert des canapés triangulaires tartinés aux œufs de lump.

 

Notre société étale la pornographie tout en étant puritaine, de la même manière qu’elle nie les races en racialisant la majorité des débats.

 

Dans le film de de Cédric Anger, L’Amour est une fête, Guillaume Canet, perdu dans ses pensées se demande à lui-même si finalement, le porno, c’était pas mieux avant l’interdit.

Comment s’émouvoir d’une première fille dans son lit quand on peut regarder des « milfs » pliées en dix sur son smartphone ? Comment, parallèlement, s’étonner du rapport que notre société entretient avec la sexualité ?

 

Où est le mystère

 

Regarder une jolie fille déambuler dans les rues fait de vous un infâme résidu du patriarcat quand les êtres humains sont réifiés dans des millions de vidéos de basse qualité. Nous sommes collectivement hypocrites. La pornographie et le culte de la performance sexuelle, qui en fait un sport bien plus qu’un jeu, sont les conséquences d’un monde qui refuse le plaisir et le réduit à une activité productive comme les autres, le soumet à l’impératif du résultat.

 

 

Où est le mystère ? Le bonheur de la découverte ? La dimension tragique de la « petite mort »? La luxure des maisons closes de Madame Claude a cédé la place au stupre avilissant des « clubs échangistes » et de leurs buffets campagnards où l’on sert des canapés triangulaires tartinés aux œufs de lump.

Il faudrait pratiquer la dérive situationniste, trouver le temps de se perdre et d’emprunter des chemins de traverse, refuser le sexe massifié et vulgaire.

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