[vc_row css= ».vc_custom_1591882254090{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »][vc_column][vc_column_text]
Le très médiatique écrivain spécialisé dans les tueurs en série s’est retrouvé à la fin de l’hiver au cœur d’une troublante polémique initiée par le collectif 4e Œil Corporation (4e OC). Si la dynamique de l’ombre de ces huit anonymes est discutable, leurs vidéos ont relevé de lourdes incohérences dans les déclarations de l’auteur sur son parcours un rien spectaculaire.
Par Alain Leroy et Rémi Lélian
L’homme invité en tant qu’expert sur tous les plateaux depuis des années serait un menteur compulsif et un affabulateur ayant fondé sa carrière sur une fiction. Pour rappel, et selon ses propres déclarations, Stéphane Bourgoin aurait été formé par le FBI après le massacre de sa compagne et sur recommandation de l’écrivain américain Robert Bloch. Dans une démarche cathartique, il aurait interviewé 77 tueurs en série, jusqu’à faire avouer les plus retors. Témoin de scènes de crime abjectes, recueillant des confidences macabres en compagnie de la profileuse Micki Pistorius, l’homme aurait même hérité des restes du terrible Gerard Schaefer, entre autres offrandes pour bons et loyaux services.
Témoin de scènes de crime abjectes, recueillant des confidences macabres en compagnie de la profileuse Micki Pistorius, l’homme aurait même hérité des restes du terrible Gerard Schaefer, entre autres offrandes pour bons et loyaux services.
L’auteur aurait pu se contenter d’avoir été précurseur sur le sujet et mener une carrière équivalente, à peine moins flamboyante, mais non. Servi par un système médiatique prompt à fabriquer des figures, il a choisi de se prendre à ce jeu, improvisant ses mensonges au rythme de l’adhésion générale et de la soif de sordide.
Un serial qui leurre
Il faut dire que les rebondissements ont été nombreux ces dernières semaines. Tout d’abord, l’intervention du cabinet juridique aux contours nébuleux Eternos pour faire supprimer toute vidéo liée à 4eOC sur de pures questions de forme, ponctuée par un live YouTube farfelu, entre autopromotion et fench bashing en roue libre – « La haine sur internet c’est typiquement français » Ah?
Lire aussi : Top Livre 2019
Dans l’intervalle, des articles d’investigation sont venus étayer le travail du collectif. Enfin, dans Paris Match du 7 mai, nous découvrons les aveux parcellaires de l’intéressé, entre sentimentalisme et minimisation – faute à moitié avouée, à un quart pardonné ? Quelques heures plus tard, pourtant, c’est un Stéphane Bourgoin en colère qui multiplie les publications, accusant ce même Match de mentir partiellement, lui aussi. Enfin, chez Jacques Pradel, sur RTL, alors qu’il s’exprime pour la première fois en direct depuis les révélations, l’auteur noie le poisson devant un animateur curieusement pressé d’expédier la polémique, et en profite pour annoncer la rédaction de son autobiographie-thérapie pour des aveux-mensonges qui n’en sont pas.
Lire aussi : Critiques littérature du mois
Depuis, seule la narration du meurtre d’Eileen, l’imaginaire compagne dont l’auteur aurait découvert le cadavre mutilé à Los Angeles en 1976, a été soumise à une véritable révision. Le déclencheur s’appellerait désormais Susan Bickrest, assassinée par Gerald Stano en 1975 en Floride. Elle n’est plus sa fiancée, mais une barmaid prostituée que l’auteur aurait fréquentée « quatre ou cinq fois » alors qu’il était apprenti réalisateur de films X. Dès lors, on comprend mieux cette surenchère d’humour noir dont l’auteur raffole, et qui cadrait si mal avec l’histoire initiale quand on imagine ce que représentent ces probables quatre ou cinq fois qui pourraient tout aussi bien devenir une ou deux fois demain, puis zéro dans une semaine et, enfin, soixante-dix-sept dans un mois.
Au bal masqué
Stéphane Bourgoin a menti et ment peut-être encore, négociant de nouvelles zones d’ombre, à peine moins sombres, comme preuve de bonne foi. Pour autant, ses soutiens restent nombreux et crient au complot. Après tout, l’auteur n’aurait fait de tort à personne, sinon aux fans eux-mêmes, abusant d’un esprit critique assommé par les projecteurs, une voix of persuasive et un bandeau racoleur. On passera sur la carrière de footballeur pro fantasmée qui fait plus sourire qu’autre chose. Dans le meilleur des cas, l’homme est un simple passionné d’horreur, ce qui dans un contexte aussi délicat, impliquant de vraies tragédies, n’est, cependant, pas une nuance à prendre à la légère, surtout devant ces images de conférences données face à des professionnels bien réels. Bref, à ce stade, le fou est total et le collectif 4e OC fait le bilan sur ce qu’il convient désormais d’appeler l’affaire Stéphane Bourgoin.
A.L
L’expert médiatique
En général, sur les plateaux de télévision, quoiqu’il apparaisse aussi sur les plateformes telles que YouTube, l’expert médiatique fait part de son expertise, de préférence en direction de gens qui ne sont pas experts en quoi que ce soit. C’est un peu sa spécificité, il est expert d’abord parce qu’il le dit, ou bien parce que des gens qui ne sont pas ses pairs l’ont déclaré tel: les journalistes, par exemple, ou des internautes soucieux d’entendre la narration spectaculaire de choses qu’ils ne comprendront sans doute jamais.
Tandis que l’expert n’existe qu’auprès des siens auxquels il se confronte, l’expert médiatique parle le langage simple des gens qui l’écoutent.
Tandis que l’expert n’existe qu’auprès des siens auxquels il se confronte, l’expert médiatique parle le langage simple des gens qui l’écoutent. On le reconnaît à cela que les vrais experts, ceux que l’on ne voit pas, ou peu, l’ignorent quand ils ne le méprisent pas tout simplement. Surtout, l’expert médiatique existe selon le temps médiatique et selon les principes d’une actualité qu’il n’éclaire pas autrement qu’au travers des clichés en vogue.
Il raconte une histoire dont la vérité importe moins que sa crédibilité et son actualité. Il s’agit d’être convaincant. Jadis on l’appelait autrement: sophiste à l’époque des Grecs, philosophe, en France, au temps des Lumières. Reste que si, rétrospectivement, ce n’est pas un compliment, c’est toujours le marqueur d’un monde où le concept même de vérité est devenu caduc.
R.L
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





